"Investissements étrangers en France, comment relancer la machine ?" - Tchat avec Christian Saint-Etienne du Cercle des économistes

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François Hollande est aux Etats-Unis pour trois jours. Ce voyage à forte connotation économique sera suivi, la semaine prochaine, d'un Conseil de l'attractivité. Selon Christian Saint-Etienne, il est urgent pour la France de redonner confiance aux investisseurs.

Les chiffres de l'investissement étranger en France en 2013 sont mauvais. Cet investissement a baissé de 77% quand il augmentait de 37% vers l'Union européenne. Même si ces chiffres sont sujets à révision, pour faire simple, ces investissements étaient 5 fois plus importants en France qu'en Allemagne il ya dix ans. Aujourd'hui, c'est l'inverse !

Comment en sommes-nous arrivés là ? La France se délite depuis 15 ans*. L'année 1999 est le dernier point haut de notre économie en production industrielle et poids dans les exportations mondiales. Depuis 15 ans, la part de la valeur ajoutée industrielle dans le PIB a baissé d'un tiers et la part de nos exportations dans les exportations mondiales de 44%. Nous vivons un véritable « mai 40 » économique. Car nous avons commis trois erreurs il y a quinze ans : 1/ supposer que nous étions entrés dans un monde post industriel post travail, d'où les 35 h, quand nous entrions dans la troisième révolution industrielle, 2/ ne pas comprendre, qu'en entrant dans l'euro, nous devions maintenir notre compétitivité au niveau de celle de l'Allemagne ou périr, 3/ en laissant la dépense publique diverger du niveau moyen de dépense publique (en pourcentage du PIB) de la zone euro.

Notre économie est aujourd'hui exsangue, notre dépense publique très supérieure à celle des autres pays de la zone euro, et notre appareil de production affaibli et vieilli. Le premier indice d'inquiétude des dirigeants, face à cette situation, a été de relancer notre capacité de recherche et d'innovation au milieu des années 2000 : pôles de compétitivité en 2005, pôles de recherche et d'enseignement supérieur en 2006, réforme des universités en 2007, Crédit d'impôt recherche réformé en 2008, grand emprunt en 2009. Mais pendant ce temps, de 1999 à 2012, notre compétitivité s'érode, notre appareil industriel se délite, notre dépense publique explose. En 2012-2013, le deuxième indice d'inquiétude, qui se traduit par le rapport Gallois de novembre 2012 et l'annonce du CICE le même mois, est concomitant d'une violente aggravation de la fiscalité, d'un retour partiel de l'âge de départ à la retraite à 60 ans et d'un discours anti entreprise d'une violence inouïe.

Comment s'étonner alors que les investissements directs étrangers en France s'effondrent au début des années 2010 ? Même les entreprises françaises n'investissent plus en France ! Le troisième indice de l'inquiétude est venu avec l'annonce du « pacte de responsabilité » en janvier 2014. Ce pacte n'est pas un « virage » du nouveau président, mais d'abord un constat d'échec que la politique du « tout dépense publique » et que le discours anti entreprise ont mis la France à genoux. Mais à cette occasion, François Hollande dit clairement ce que l'on a peu entendu en France depuis 15 ans : « seules les entreprises créent l'emploi » et « le taux de marge des entreprises françaises est dangereusement bas ».

C'est en redonnant goût aux entrepreneurs français d'investir en France par une politique favorable aux entreprises que l'on attirera à nouveau les investissements étrangers en France.

Christian Saint-Etienne



* comme je l'ai montré dans mon dernier livre : « L'iconomie pour sortir de la crise » (Editions Odile Jacob, septembre 2013).

Christian Saint-Etienne, professeur titulaire de la Chaire d'Economie industrielle au CNAM, vous répondra lundi 10 février à 17h. A vos questions !

Christian Saint-Etienne est professeur titulaire de la Chaire Jean-Baptiste Say d'économie industrielle au Conservatoire national des Arts et Métiers, président de l'Institut France stratégie. Docteur d'Etat es Sciences économiques il a été économiste au FMI et à l'OCDE.
Ses principaux domaines d'expertise sont : Politique monétaire et financière ; finances publiques et fiscalité ; stratégie et compétitivité des Etats et des entreprises.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.