Intronisée à Doha, l'opposition syrienne veut l'aide américaine

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LE SIÈGE DE LA SYRIE DÉVOLU À L'OPPOSITION AU SOMMET DE LA LIGUE ARABE À DOHA
LE SIÈGE DE LA SYRIE DÉVOLU À L'OPPOSITION AU SOMMET DE LA LIGUE ARABE À DOHA

par Sami Aboudi et Yara Bayoumi

DOHA (Reuters) - Occupant pour la première fois le siège dévolu par la Ligue arabe à la Syrie, la Coalition nationale syrienne (CNS), principale structure d'opposition au président Bachar al Assad, a réclamé mardi que le nord de la Syrie, passé sous le contrôle des insurgés, soit protégé par les Etats-Unis.

Des batteries de missiles sol-air Patriot ont été déployées par l'Otan à la fin de l'année dernière en Turquie, qui borde la frontière nord de la Syrie, pour la protéger d'éventuelles attaques de l'armée syrienne.

S'exprimant au sommet de la Ligue arabe, Moaz al Khatib, président démissionnaire de la Coalition nationale syrienne, a déclaré avoir demandé à Washington d'"étendre au nord de la Syrie le parapluie des missiles Patriot".

Moaz al Khatib a précisé avoir transmis sa requête au nouveau secrétaire d'Etat américain, John Kerry. "Il m'a promis d'étudier cette question", a-t-il ajouté.

"Nous attendons toujours une décision de l'Otan pour protéger des gens, pas pour combattre mais pour protéger des vies", a-t-il poursuivi.

La réponse de l'Otan n'a pas tardé: à Bruxelles, un responsable de l'Alliance atlantique a déclaré qu'elle n'avait pas l'intention d'intervenir militairement en Syrie.

Accéder à la requête de Khatib équivaudrait à entrer en guerre contre Damas, commentait un peu plus tôt Michael Stephens, chercheur basé à Doha du Royal United Services Institute, un centre d'études britannique.

"UNE RÉUNION HISTORIQUE"

Pour la première fois et malgré le trouble créé dimanche par l'annonce de la démission de Moaz al Khatib, l'opposition syrienne occupe le siège dévolu par la Ligue arabe à la Syrie, dont la participation a été suspendue en novembre 2011 pour dénoncer l'usage de la violence contre la population civile.

La CNS avait déjà été reconnue comme "seule représentante légitime" du peuple syrien.

"C'était une réunion historique. On a pu ressentir la nature grandiose de cette réunion", s'est félicité Yasser Tabbara, porte-parole de l'opposition syrienne. "C'est un premier pas vers une légitimité juridique pleine et entière."

L'intronisation de la CNS au sein de la Ligue a été acceptée par les chefs d'Etat arabes sur proposition de l'émir du Qatar, qui se faisait lui-même l'écho d'une demande des ministres arabes des Affaires étrangères.

L'émir, cheikh Hamad bin Khalifa al Thani, a dans la foulée appelé le Conseil de sécurité des Nations unies à mettre fin au "bain de sang" en Syrie et à déférer devant la justice internationale ceux qui en sont responsables.

Moaz al Khatib est également revenu sur les raisons de sa démission, qui a mis en lumière les divisions entre libéraux et islamistes et exilés et opposants de l'intérieur au sein de la CNS, formée en novembre au Qatar pour remplacer le Conseil national syrien, lui-même dominé par les Frères musulmans.

Peu disert jusqu'à présent sur les raisons de son départ, l'ancien imam de la grande mosquée des Omeyyades de Damas, dont une offre de solution négociée à Assad a récemment été désavouée par la CNS, a assuré que la raison principale de son geste résidait dans l'inaction des puissances mondiales.

"La raison principale, c'est pour protester contre la position des grandes puissances mondiales qui ne cherchent qu'à concrétiser leurs souhaits, leurs aspirations ou les moyens se résoudre la crise, sans ressentir la douleur que le peuple ressent chaque jour", a-t-il déclaré à la chaîne Al Djazira.

DIVERGENCES MINIMES

Il a toutefois concédé à la chaîne de télévision qatarie que la désignation d'un gouvernement provisoire, dont la direction a été confiée la semaine dernière à l'islamiste Ghassan Hitto, avait provoqué des tensions à la CNS.

Mais il a minimisé les divergences d'opinion entre les différents courants de la Coalition. "Ce qui se passe au sein de la Coalition est une chose normale qui se produit dans les plus anciens parlements dans le monde", a-t-il dit.

"Il existe des différences d'opinion et j'avais une opinion autre que celle de vouloir former un gouvernement provisoire, mais nous nous sommes ralliés à l'opinion générale malgré les divergences", a-t-il ajouté.

Un officiel de la Ligue arabe a déclaré de son côté sans plus de précision que la démission du chef de la CNS "n'avait pas été acceptée", sans que l'on sache si la présence et le discours de Khatib à Doha peuvent annoncer un revirement de sa part.

Sur le terrain, les forces loyales au président Assad ont repris mardi le quartier de Bab Amro, à Homs, rapporte l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), proche de l'opposition.

Après deux semaines de tirs de roquettes et de bombardements aériens intensifs, l'armée syrienne a réussi à chasser les rebelles qui avaient repris le contrôle de leur ancien bastion au début du mois, un an après sa chute.

Située à 140 km au nord de Damas, à un carrefour routier stratégique entre la capitale et la côte méditerranéenne, la ville de Homs a longtemps été l'épicentre du soulèvement contre le régime. Début mars, les rebelles avaient lancé une offensive surprise pour reprendre le quartier "martyr" de Bab Amro.

Avec Mirna Sleiman à Doha, Omar Fahmy au Caire et Erika Solomon à Beyrouth, Tangi Salaün et Henri-Pierre André pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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