Interview de Dominique Henri, PDG d'Heurtey Petrochem.

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(CercleFinance.com) - Les temps sont plus difficiles pour Heurtey Petrochem, touché par la dégradation de l'environnement pétrolier mondial. Le groupe a annoncé de nouvelles mesures de restructuration et fait état de perspectives assez peu encourageantes. Pour autant, ses comptes annuels ont révélé une bonne résistance à tous égards. Son PDG Dominique Henri s'est confié à notre rédaction.

Cercle Finance: Malgré un environnement macroéconomique compliqué, Heurtey Petrochem a fait montre d'une bonne résistance l'an passé sur le plan de ses résultats financiers. Quelles sont les raisons principales de sa bonne tenue ?

Dominique Henri: En premier lieu, nous intervenons sur des projets de long terme et notre carnet de commandes s'écoule généralement sur une durée de 12 à 24 mois. Ainsi, notre chiffre d'affaires 2015 est réalisé à partir de prises de commandes faites principalement en 2013 et 2014.

Cela étant dit, nous sommes très satisfaits d'avoir maintenu en 2015 un taux de marge brute d'environ 14%, ce qui illustre la bonne exécution de nos projets en cours.

C.F.: Vous avez évoqué des difficultés concernant l'exécution de 3 de vos contrats au Venezuela. En quoi consistent-elles et que représentent-elles en termes de manque à gagner ?

D.H.: Nous avons en effet 3 principaux contrats en cours au Venezuela pour près de 200 millions d'euros et dont environ 100 millions restent à écouler. Vu les difficultés de financement rencontrées par le client, ces contrats sont actuellement suspendus.

Compte tenu de cette situation et dans une optique prudentielle, nous avons procédé à l'annulation de marges comptabilisées antérieurement au fur et à mesure de l'avancement technique des projets et à la comptabilisation de provisions pour des travaux d'études non payés à ce jour. Ces mesures ont eu un impact 'one off' d'environ 3 millions d'euros sur notre résultat opérationnel courant (ROC) et d'environ 2 millions sur notre résultat net consolidé.

Je tiens à préciser que notre politique au Venezuela a toujours été d'être en exposition cash négative, c'est-à-dire de n'engager de dépenses externes auprès de fournisseurs et sous-traitants que dans la limite des montants perçus.

Enfin, il me paraît important de souligner que nous ne sommes pas en litige avec notre client et que le jour où le Venezuela aura une situation financière plus stable, nous serons en mesure de reprendre une activité avec ce pays qui concentre les deuxièmes réserves d'hydrocarbures du monde.

C.F.: Avez-vous des projections en matière d'évolution des cours du baril cette année ? Pensez-vous qu'il puisse repartir au-dessus des 35 voire 40 dollars d'ici mi-2016 ?

D.H.: La baisse des cours du pétrole a été provoquée par un surplus d'offre de pétrole sur le marché. En ce qui concerne l'évolution du prix du pétrole, plutôt que de faire une prévision personnelle, je vous invite à vous référer à l'analyse de l'Agence Internationale de l'Energie qui considère que le marché pétrolier pourrait se rééquilibrer en 2017.

C.F.: Quels sont actuellement vos marchés les plus dynamiques ?

D.H.: Nous voyons un potentiel de marché important au Moyen-Orient, où des projets de grande taille sont annoncés au Koweït et aux Émirats Arabes Unis. La levée de l'embargo en Iran nous ouvre également un potentiel de marché significatif, aussi bien pour la branche 'Fours' que pour la branche 'Gaz'.

Nous nous attendons également à un fort dynamisme du marché indien, où une vague d'investissements est annoncée dans le raffinage pour à la fois augmenter les capacités et adapter l'outil aux nouvelles normes environnementales.

Enfin, nous prévoyons le maintien d'un marché actif aux Etats-Unis.

C.F.: A contrario, quels sont ceux où vous avez le plus de mal à vous imposer ?

D.H.: La Russie, qui a représenté dans le passé un marché significatif pour le groupe, est aujourd'hui fortement ralentie à la fois sous l'effet de la baisse du prix du pétrole et des sanctions internationales.

Le marché est également très ralenti en Amérique du Sud en raison de la situation économique et politique de certains pays comme le Brésil ou le Venezuela.

C.F.: Votre capitalisation boursière a fondu de près de moitié en l'espace d'un an, ce malgré des résultats d'ensemble qui attestent d'une certaine résilience. A quels facteurs attribuez-vous ce phénomène ?

D.H.: Cette réaction boursière nous semble très exagérée. Nous attribuons ce phénomène à la désaffectation actuelle pour le secteur d'une part et à notre taille d'autre part.

Nous sommes valorisés aujourd'hui près de 30% de moins que nos fonds propres. Notre cours de bourse est inférieur à celui qu'il était en 2008, au moment où nous avons fait l'acquisition de notre filiale américaine, alors que notre chiffre d'affaires de l'époque était de 130 millions d'euros.

C.F.: Pour finir sur une note plus optimiste, quels sont à votre sens les principaux atouts d'Heurtey Petrochem pour affronter cette conjoncture délicate ?

D.H.: Nous pouvons nous appuyer sur des atouts solides. Notre expertise est reconnue sur nos différents segments de marché et notre réputation, nos références et nos technologies constituent des éléments de différenciation importants face à nos concurrents.

Notre réseau international, très significatif au regard de notre taille puisque nous sommes implantés dans 10 pays, nous donne les moyens de réaliser des projets dans toutes les principales zones géographiques.

Nous pouvons par ailleurs nous appuyer sur une situation financière solide, puisque nous avons 94 millions d'euros de capitaux propres, 55 millions de trésorerie, dont 34 millions de trésorerie nette, et seulement 14,7 millions de dettes financières moyen et long terme.

Enfin, notre plan de restructuration nous permettra d'être plus compétitif et donc mieux positionnés pour saisir les opportunités de marché.


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