Infirmiers et aide-soignants dénoncent les cadences infernales

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Des infirmiers, aides-soignants et personnels hospitaliers manifestent à Paris, le 8 novembre 2016, pour dénoncer leurs conditions de travail ( AFP / JACQUES DEMARTHON )
Des infirmiers, aides-soignants et personnels hospitaliers manifestent à Paris, le 8 novembre 2016, pour dénoncer leurs conditions de travail ( AFP / JACQUES DEMARTHON )

Plusieurs milliers d'infirmiers et d'aides-soignants ont défilé mardi partout en France à l'appel d'un mouvement unitaire, inédit depuis 1988, afin de dénoncer les cadences infernales, le manque de temps passé auprès de malades et demander une meilleure reconnaissance de leur travail.

Les fédérations FO, CGT, SUD et CFTC de la fonction publique hospitalière, mais aussi, une vingtaine d'organisations infirmières salariées, libérales ou étudiantes, avaient choisi la même date pour tirer la sonnette d'alarme. Une première depuis 28 ans.

Le taux de mobilisation de l'ensemble des personnels hospitaliers appelés à la grève a été de 9,6% sur la journée (y compris les personnels assignés) et de 14,6% chez les infirmiers, selon le ministère des Affaires sociales.

Des infirmiers, aides-soignants et personnels hospitaliers manifestent à Strasbourg, le 8 novembre 2016, pour dé
Des infirmiers, aides-soignants et personnels hospitaliers manifestent à Strasbourg, le 8 novembre 2016, pour dénoncer leurs conditions de travail ( AFP / FREDERICK FLORIN )

A Paris, le cortège scindé entre intersyndicale et organisations professionnelles a réuni 3.500 manifestants, selon la préfecture de police.

L'intersyndicale, reçue par la Direction générale de l'offre de soins (DGOS), ne s'est vu proposer "qu'un groupe de travail sur la qualité de vie au travail", a regretté Denis Basset (FO). Elle se réunira mercredi pour envisager de nouvelles mobilisations, comme une "grève générale et une manifestation nationale à Paris", selon lui.

"Infirmiers méprisés, patients en danger", ont scandé les manifestants vêtus de blouses blanches ou bleues, masques sur le visage et calot sur la tête. "Les sous-effectifs, c'est pas automatique", pouvait-on lire sur une pancarte, tandis qu'une longue banderole en tête de cortège titrait: "#Soigne et tais-toi".

Des infirmiers, aides-soignants et personnels hospitaliers manifestent à Paris, le 8 novembre 2016, pour dénonc
Des infirmiers, aides-soignants et personnels hospitaliers manifestent à Paris, le 8 novembre 2016, pour dénoncer leurs conditions de travail ( AFP / JACQUES DEMARTHON )

A Lyon, 1.300 à 2.000 soignants ont battu le pavé, selon les sources, 1.100 à Nantes (selon la police), entre 500 et 650 à Strasbourg, comme à Tours (600) et Orléans (500 selon les organisateurs).

Ils étaient environ 250 à Rennes au slogan de "Ni amendable, ni négociable, retrait de la loi Touraine". Quelques centaines également à Marseille, Caen, Montpellier, Tarbes, Lille, Besançon et Bourges, Nice et Nancy,

Des infirmiers, aides-soignants et personnels hospitaliers manifestent à Strasbourg, le 8 novembre 2016, pour dé
Des infirmiers, aides-soignants et personnels hospitaliers manifestent à Strasbourg, le 8 novembre 2016, pour dénoncer leurs conditions de travail ( AFP / FREDERICK FLORIN )

"Les conditions de travail se dégradent, la charge s'alourdit, nous n'avons pas de reconnaissance salariale et de plus en plus de tâches nous sont déléguées", résumait Coline Mayjonad, 23 ans, infirmière à Paris.

- 'Pas une entreprise qui fabrique des boulons' -

Les réformes des quinze dernières années, comme l'instauration de la tarification à l'activité pour financer les hôpitaux "à l'acte", ont déstabilisé les personnels, principale variable d'ajustement en période de restrictions budgétaires.

"On n'est pas dans une entreprise qui fabrique des boulons, on est sur de l'humain", déplorait Chantal Berthélémy, infirmière à l'hôpital d'Epernay (Marne).

"Quand les infirmiers qui soignent les gens commencent à se suicider, il faut vraiment se poser des questions", disait Lila, infirmière anesthésiste de 52 ans, en référence aux suicides de plusieurs soignants, dont au moins cinq infirmiers cet été.

Des infirmiers, aides-soignants et personnels hospitaliers manifestent à Strasbourg, le 8 novembre 2016, pour dé
Des infirmiers, aides-soignants et personnels hospitaliers manifestent à Strasbourg, le 8 novembre 2016, pour dénoncer leurs conditions de travail ( AFP / FREDERICK FLORIN )

A l'Assemblée nationale, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a redit qu'elle présenterait prochainement un plan pour améliorer les conditions de travail et insisté sur les "revalorisations salariales allant jusqu’à 3.900 euros par an" pour les infirmières ces cinq dernières années. Le Premier ministre, Manuel Valls, a rappelé que 31.000 postes dans la fonction publique hospitalière avaient été créés depuis 2012.

Face aux demandes de créations de postes par l'opposition dans la police, l'hôpital ou l'éducation, il a interpellé les candidats à la primaire de la droite: "Comment on fait avec 300.000, 500.000, 700.000 fonctionnaires de moins?", a-t-il dit en référence à leurs programmes.

Dans la matinée, Alain Juppé avait apporté son soutien aux grévistes, jugeant dans un tweet que "l'État doit agir pour améliorer les conditions de travail".

L'intersyndicale réclame l'"abandon" du plan d'économies de "3,5 milliards d'euros" sur trois ans d'ici à 2017, des groupements hospitaliers de territoire (GHT) qui font craindre des restructurations ou encore "l'arrêt des fermetures de lits".

"La santé, ce n'est pas un coût, ce n'est pas une dépense. La santé, c'est un investissement", a déclaré depuis Bordeaux le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez.

De leur côté, les organisations infirmières insistent sur la valorisation des salaires pour les 600.000 professionnels et leur prise en compte dans les discussions sur le système de santé.

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  • dupon666 il y a 4 semaines

    @pathor..il ne me semble pas que les hopitaux fassent partie des fonctions dites regaliennes...

  • V.BENACE il y a 4 semaines

    Pour pouvoir financer un système de santé de qualité, ouvert également aux plus démunis, il convient d'augmenter la production de richesses et d'augmenter la valeur ajoutée produite en France. C'est plus simple à dire qu'à faire. les programmes de certains candidats de droite vont dans le bon sens (Fillon et peut-être Juppé).

  • frk987 il y a 4 semaines

    Puis il ajoute en rigolant il y avait une chance sur 10.000 mais le protocole nous oblige à prescrire ces examens et pendant ce temps là, un malade urgent n'a pas pu passer d'IRM et le personnel est débordé. Voilà notre système de santé.

  • frk987 il y a 4 semaines

    Anecdote : on me détecte une maladie peu fréquente mais bénigne, il faut passer un IRM qu'on me dit...6 mois d'attente, je vois le radiologue qui me dit faut compléter par un scanner...1 mois d'attente. Puis je revois le médecin du CHU 1 an plus tard, au fait vous avez regardé les résultats de l'IRM et du scanner : réponse digne d'UBU : si c'était ce que l'on pouvait soupçonner vous seriez déjà mort....SANS COMMENTAIRE.

  • frk987 il y a un mois

    Si l'on persiste à refuser le financement de notre système hallucinant de santé par une hausse de la TVA, tout devient illusoire. Ou bien alors, cotisez au juste prix dans les mutuelles privées. Les protocoles médicaux actuels tout basés sur des analyses, des scanners, des IRM a atteint son degré de stupidité, pour déceler un cas sur 10.000 on va faire passer un IRM à 10.000 personnes.....etc.......

  • frk987 il y a un mois

    Le système médical français est en train de s'écrouler, ça va du médecin de campagne, en passant par le personnel hospitalier et les pharmaciens, on vire dans le tiers monde en qualité de soins. Allez trouver une infirmière en zone frontalière avec la Suisse.....

  • surfer10 il y a un mois

    On comprend pourquoi ils sont débordés. Le "droit à la santé" s'est transformé en paradis pour hypocondriaques !

  • Pathor il y a un mois

    Les gouvernements gauche droite qui se succèdent depuis des décennies ont négligés les fonctions régaliennes , armée, hôpitaux, police, pour embaucher massivement des fonctionnaires dans les ministères, les agences d'état, les collectivités territoriales. Ex:800 personnes à l’Élysée, Mairie de Paris en 2014:73000 fonctionnaires, 75 chauffeurs, 36 adjoints à 500k€.....alors plus de sous pour les hôpitaux !!