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Newsmanagers le 20/02/2012 à 10:15

" Un gérant qui fait de l'arbitrage sectoriel pour battre un indice prend un risque énorme"


(NEWSManagers.com) - Entretien avec Christophe Besson, directeur des gestions chez CM-CIC AM

CM-CIC AM est une société de gestion qui fait peu parler d'elle. Et pourtant, elle développe un mode de gestion actions très personnel, notamment pour une filiale d'un établissement à réseau. Avec de bons résultats à la clé, Christophe Besson, le directeur des gestions, regrette qu'en dépit de sa simplicité, sa transparence et du travail qu'elle exige, celle-ci souffre d'un manque d' identification auprès des investisseurs. Le responsable revient pour Newsmanagers sur les grands principes de cette gestion, sur son organisation et ce que l'on peut en attendre...

Newsmanagers : Combien gérez-vous et comment les capitaux sont-ils répartis ?
Christophe Besson : Nos encours représentent environ 51,2 milliards d'euros dont 33 milliards sont placés en OPCVM de trésorerie, avec une présence importante d'investisseurs institutionnels. A cela s'ajoutent cinq milliards investis dans des fonds actions, près de quatre milliards dans des fonds obligataires purs et neuf milliards dans des fonds diversifiés et à formules.

NM. : Le poids des fonds obligataires semble relativement faible pour un groupe tel que le vôtre...

C.B. : CM-CIC AM n'ayant pas la responsabilité de la gestion des encours de la société d'assurances du groupe, une part importante des actifs obligataires qu'affichent nos concurrents ne figurent pas dans nos chiffres. Compte tenu de cette spécificité, CM-CIC Asset Management occupe une part de marché en France d'environ 5% dont 8 % pour la trésorerie, 2.1 % pour les actions et 3,6 % pour les obligations. La part des 8 % pour le monétaire est remarquable mais nous regrettons de ne pas être plus identifiés comme un acteur important dans l'univers de la gestion long terme. C'est d'autant plus dommageable que nous avons des atouts à faire valoir. Durant ces années de crise, nous avons très bien géré. Nous n'avons pas eu à déplorer de problèmes sur nos fonds, pas de suspension de cotation, nous n'avons pas souffert de la crise des dérivées en 2008, ni pâti d'un problème de qualité de signature. Cela étant, il est clair que nous devons accroître nos parts de marché en particulier côté actions.

NM. : Les résultats de votre gestion au sein des mandats amLeague auxquels vous participez sont effectivement bons sur les dix-huit premiers mois (*)...

C.B. : Oui, même si j'admets que notre gestion actions est particulière pour une société comme la nôtre dans la mesure où elle est basée sur du " stock picking" pur.

NM. : Expliquez-vous...
C.B. : Pour faire de la performance, beaucoup de sociétés de gestion privilégient soit l'allocation, soit l'arbitrage sectoriel. Moyennant quoi, ils ont connu des déconvenues importantes, notamment dans les marchés actuels. Pour notre part, nous ne travaillons que sur les titres. Nos arbitrages concernent uniquement les valeurs car un gérant qui fait de l'arbitrage sectoriel pour battre un indice comme dans le cas du mandat amLeague prend un risque énorme. A commencer par celui qui consiste à réduire à néant son stock picking...

NM. :Faire du stock picking implique une certaine liberté pour le gérant. Est-ce vraiment le cas dans une société de gestion comme la vôtre, filiale d'un établissement réseau ?

C.B. : Je confirme. Les analystes-gérants de mon équipe disposent d'une grande liberté. Dans un secteur comme l'agroalimentaire par exemple, qui compte trente-cinq valeurs sur notre univers de grandes valeurs européennes, l'analyste-gérant qui en est responsable peut ne retenir que trois valeurs. L'important est qu'il soit cohérent. A charge pour moi de le soumettre à un examen critique si nécessaire, mais, à ce jeu, si chaque analyste-gérant fait mieux dans son secteur que son indice de référence, nous finirons en faisant mieux globalement ! Cette liberté de gestion a pour le gérant deux contreparties : tout d'abord une bonne maîtrise du niveau de risque associé à ses choix de valeurs, et ensuite une réelle expérience et une connaissance approfondie des valeurs qu'il suit. Voilà pourquoi je dis que les analystes-gérants dans mon équipe sont libres, mais avec une liberté conditionnée par leur professionnalisme.

NM. :Cette liberté accordée à vos gérants se traduit-elle par des tracking errors élevées ?

C.B. : Non, car nous conservons l'architecture sectorielle de l'indice. Cela dit, dans notre gamme, certains de nos fonds ont des " tracking errors" étroites et d'autres non. Cela va de 2 ou 3, et jusqu'à 6 ou 7. Et bien sûr nos fonds de style par exemple Growth ou Value n'ont pas ce type de contraintes. Quoi qu'il en soit, une " tracking error" évolue et peut être momentanément inférieure à 2 ou supérieure à 4 ou 5. Si vous annoncez une tracking error de 3, vous devriez faire en théorie l'indice plus ou moins trois. Mais quand on arbitre au sein des secteurs, c'est différent. Et justement, nous arbitrons en permanence... C'est pourquoi dans le mandat amLeague sur la zone euro par exemple, la tracking error est de 1,75 par rapport à l'indice qui progresse sur dix-huit mois de 0,29 % alors que la performance de notre portefeuille est sur la même période de 4,47 %.

NM. : En relatif, que donne votre gestion ?

C.B. : Notre gestion actions lorsqu'elle se réfère à un indice vise clairement à placer nos fonds en haut du deuxième quartile de leur catégorie de la manière la plus constante possible. Ce qui nous intéresse, c'est de faire de la performance reproductible.
Si nous sommes bien placés dans les classements amLeague dont vous parliez, nous le devons aussi à cette période très mouvementée car notre méthode de gestion est stabilisante. Mais, je le répète, en cas de rally comme c'est le cas actuellement, nous ne serons pas les premiers. Nous nous sommes d'ailleurs inscrits dans les championnats d'amLeague car notre méthode est simple, transparente, collégiale et représente beaucoup d'investissement individuel des analystes-gérants. Mais nous souffrons encore d'un manque d'identification auprès des investisseurs.

NM. :Parlez-nous de l'organisation de vos équipes ?

C.B. : J'ai crée il y a neuf mois une équipe " valeurs moyennes" Europe qui travaille à côté de notre équipe " grandes valeurs" qui suivait précédemment toute la cote. De quatre personnes, l'ensemble est désormais composé de huit professionnels. Avec une spécificité : compte tenu de la profondeur du marché " petites et moyennes capitalisations" , la construction n'est pas sectorielle pour cette classe d'actifs. Pour autant, cette organisation crée de véritables synergies en élargissant la profondeur de la recherche et en favorisant en interne des échanges d'idées et d'avis.
Dans le cadre des petites et moyennes capitalisations comme pour les grandes capitalisations, il est essentiel que le gérant voyage, se rende dans les entreprises. Pour le décharger des contraintes de gestion liées aux souscriptions/rachats, nous avons aussi mis en place un process implémenté par la table de négociation qui l'amène à rééquilibrer le portefeuille systématiquement à due proportion des mouvements.

NM. :Quelle est votre offre en matière de petites et moyennes capitalisations ?

C.B. : Il y a globalement deux fonds : CM-CIC Sud Est et CM-CIC Mid France. Le premier investit sur des petites et des grandes valeurs françaises avec un biais managérial et entrepreneurial. Le second s'intéresse aux valeurs futurs leaders et valeurs d'avenir dont l'orientation zone euro est marquée (40 % hors France actuellement). Sans oublier un fonds spécifique sur les très petites valeurs.

NM. :Avez-vous des projets à plus ou moins brève échéance ?

C.B. : Nous avons désormais un projet important qui porte sur l'international. Actuellement, l'offre de la gestion internationale chez CM-CIC AM revêt la forme de fonds de fonds, et utilise toute la gamme des compétences requises dans ce domaine pointu, avec des approches statistiques très abouties et des visites fréquentes aux gérants internationaux. Tout cela fonctionne bien et nous souhaitons développer de manière plus intense la connaissance des marchés locaux en nous appuyant et en développant les compétences acquises sur les émergents par exemple au niveau de l'allocation pays. Le service de gestion internationale actions est déjà riche d'un fonds " or et matières premières" et un fonds émergents devrait suivre. Nous réfléchissons aussi au lancement de fonds thématiques globaux. Nous avons des compétences en interne pour cela mais il est vraisemblable que nous devrons compléter nos équipes.

 

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