Votre partenaire pour investir

« La politique économique du gouvernement est-elle crédible ? » - Le débat de semaine avec le Cercle des économistes (Jean-Hervé Lorenzi)

Boursorama le
36
Jean-Marc Ayrault veut mobiliser autour d'un « nouveau modèle français » alliant l'acceptation de la mondialisation et la sauvegarde de notre système social. Ce programme peut-il s'affranchir de la situation économique mondiale ? Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, livre son point de vue.

La crédibilité sera le maitre mot des débats économiques des prochains mois. Aujourd'hui, l'interrogation porte sur les différentes composantes de la politique économique, budgétaire, emplois et réformes structurelles. Il faut donc déterminer les critères de leur crédibilité : va-t-on vraiment réduire la dette en cinq ans ? A-t-on une politique de la jeunesse suffisante ? Mettons-nous en place les éléments d'une croissance potentielle plus forte pour les années à venir ? Sur ces trois critères, il existe un vrai problème de crédibilité que le gouvernement peut lever, pour peu qu'il explicite clairement sa stratégie sur ces trois points. Sur le premier critère le gouvernement s'est fixé pour objectif de ramener le déficit public à 3% en 2013.

Le problème n'est évidemment pas celui des 3% pour 2013. Peu importe que la conjoncture modifie quelque-peu ce résultat puisque l'intention reste claire et que le pas franchi de 4.5 à 3.5 % de déficit public probable reste très important. En fait, l'incertitude demeure sur la capacité par la suite à réduire les dépenses.

Pour les baisser de 60 milliards en 5 ans, il faut totalement réorganiser le fonctionnement même des administrations. Il s'agit, pour toutes, de les responsabiliser sur des objectifs clairement identifiés, d'évaluer systématiquement l'efficacité de toute dépense, en un mot de faire une révolution budgétaire.

Ceci n'est clairement pas à l'ordre du jour. Concernant les critères de la jeunesse et d'une nouvelle trajectoire macro-économique, la France dispose de deux atouts, celui d'une démographie solide et celui d'une épargne abondante.

Le deuxième élément de crédibilité repose donc sur une vraie politique de la jeunesse qui se détermine par rapport aux trois points qui aujourd'hui pénalisent fondamentalement l'équilibre intergénérationnel. Le premier aspect est évidemment celui des transferts publics et privés qui peuvent avoir lieu entre les différentes générations. La France est le pays qui de très loin favorise les plus de 60 ans par rapport aux moins de 25 ans. C'est donc une question de fiscalité des successions et de la prise en charge du financement de la production sociale. Ensuite, il y a bien évidemment le problème de l'insertion des jeunes sur le marché de l'emploi. Là se posent des problèmes des types de contrats qui leur sont proposés, des types de formations dispensées et de la réintégration des 150 000 jeunes non qualifiés. Enfin, bien évidemment, le problème des retraites et la résolution des difficultés inhérentes à une société vieillissante, joue de manière directe sur l'intégration des jeunes. Aujourd'hui, on ne peut pas dire qu'il y ait un plan global sur ces points.

Enfin, la crédibilité passe par la volonté affirmée de favoriser l'investissement notamment dans les grands secteurs d'avenir : numérique, biotechnologies, environnement. Et là, le gouvernement doit clairement indiquer ses choix en matière de fiscalité en privilégiant l'épargne de long terme et en favorisant l'utilisation de cette épargne de long terme vers de l'investissement productif.

Sur ces trois éléments de crédibilité, le gouvernement aujourd'hui n'a pas suffisamment affirmé une politique économique claire et à long terme.

Jean-Hervé Lorenzi



Pour poser vos questions à Jean-Hervé Lorenzi, cliquez ici. Il vous répondra mercredi 16 janvier à 11h.


Jean-Hervé Lorenzi est Professeur d'économie à l'Université Paris Dauphine et Titulaire de la Chaire Transition Démographique, Transition Economique. Président du Cercle des économistes, il est également conseiller du Directoire de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild. Il est Administrateur indépendant du Conseil de surveillance d'Euler Hermès, du C.A du Crédit foncier et de BNP Paribas Cardif. Il est Membre du Comité Editorial de la Revue Risque et préside l'Observatoire des délais de paiements.

Le Cercle des économistes. a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.