Impôts, revenus, propriétés? le bottin suédois qui révèle tout

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En Suède, monter des palmarès des célébrités, des patrons d'entreprises, des hommes politiques, des ministres les mieux payés ou de lister les cent Suédois les plus riches du quartier, de la région se fait dans la journée.

Ces jours-ci, la sortie d'un livre, ou plus exactement d'un bottin est impatiemment attendu en Suède. Ce best-seller n'est pas le dernier polar de Camilla Läckberg mais Taxeringskalendern (27 euros). Ce bottin très particulier donne pour chaque grande région (Stockholm, Scanie...) le détail des revenus et le capital imposable (ventes d'actions, ventes de sociétés, taux d'intérêts) de chaque citoyen. Pour compléter ces informations, il est de bon ton de s'offrir le bottin complémentaire baptisé Jordbrukskalendern (37 euros) où figurent par ordre alphabétique et par commune, les propriétaires terriens avec la valeur et la taille de leurs terrains, de leurs champs et de leurs forêts. Là aussi, il suffit de connaître le nom et le prénom d'une personne pour tout savoir ou presque de sa situation financière. Seul bémol: les chiffres ont deux ans de retard mais cela permet néanmoins de connaître la tranche de revenus dans laquelle se situe la personne. Officiellement, personne ne se vante d'avoir commandé Taxerinskalendern. On n'est pas censé vouloir savoir ce que gagne ses voisins. Mais, comme le prouve la présence du bottin sur la table basse du salon dans de nombreuses maisons: tout le monde veut savoir.

Au quotidien, cette transparence est très utilisée. Avant un entretien, un DRH va consulter cette base de données pour savoir ce que gagne la personne qu'il veut recruter. Le candidat, va lui aussi se renseigner pour voir ce que gagnent ses futurs collègues et ce que gagnait la personne dont il va prendre le poste. Pour les journalistes, cette base de données est une mine d'or. Le bottin est sorti des tiroirs dès que l'actualité est faible. En Suède, monter des palmarès des célébrités, des patrons d'entreprises, des hommes politiques, des ministres les mieux payés ou de lister les cent Suédois les plus riches du quartier, de la région se fait dans la journée. Il suffit de chercher dans Taxeringskalendern ou sur Ratsit, un site spécialisé où l'on peut acheter une information pour environ 2 euros! En revanche, nul souci avec les cambrioleurs: ces derniers savent déjà très bien quelles villas sont intéressantes ou non.

Des grilles de salaires équilibrées

En France, ce système paraît incroyable. Mais en Suède, il est tout à fait normal. Dans ce pays luthérien, l'argent n'est pas tabou. Dès l'âge de dix ans, les enfants sont payés pour rendre de menus services comme tondre la pelouse. Une manière pour les parents de leur enseigner la valeur de l'argent. Au travail, on parle sans gêne de son salaire. Cela permet d'avoir des grilles de salaires équilibrées car un chef aura beaucoup plus de mal qu'en France à être injuste. De la même façon, les valeurs des maisons et des appartements sont publiques. Il suffit de prendre l'adresse puis de téléphoner aux impôts. Cela permet aux vendeurs et aux acquéreurs de connaître le juste prix. Et donc de mieux négocier avec leurs banques. Le site Booli affiche par exemple des cartes avec le prix de chaque maison, ferme ou appartement.

Le pays vit depuis longtemps dans une culture de transparence. C'est le fameux «offentlighetprincipen» inscrit dans la Constitution et qui est l'une des bases de la démocratie en Suède. Ce n'est pas par hasard si au royaume des rennes, les maisons n'ont pas de volets. N'importe quel citoyen a accès à l'information à moins que celle-ci ne soit protégée par le secret d'État. Cette transparence va très loin. Vous pouvez par exemple connaître le passé judiciaire d'une personne en connaissant les numéros de ses dossiers judiciaires. Au final, seuls les secrets d'État et les dossiers médicaux sont protégés par le secret absolu. Dans une entreprise, vous n'avez pas le droit par exemple de dire qu'une personne est en congé maladie. Cela dit, la transparence a ses limites. Elle n'a jamais empêché Ingvar Kamprad, propriétaire d'IKEA et bien d'autres Suédois à cacher leur argent dans les paradis fiscaux. Mais, cela se voit puisque leur feuille d'impôts est bien trop faible pour être tout à fait honnête.

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