Impôts, réglementation, panne de croissance : de plus en plus d'entreprises tentées d'aller voir ailleurs

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Le rapport cabinet EY pointe la difficulté pour le France à fixer les activités de siège ou de commandement. Pression fiscale, instabilité réglementaire, croissance en berne, se conjuguent avec la globalisation pour favoriser une mobilité totale.

«Paris se vide !», se désole un influent banquier. Caricatural? Forcément. Mais on aurait tort de ne voir dans ce propos qu'une énième manifestation de «french bashing». Dans les entreprises, et surtout dans les plus grandes, le dilemme de l'exil est une réalité. «Toute société globale installée en France s'interroge sur son avenir dans ce pays», expliquait en juin dernier, sur BFMbusiness, Denis Kessler, le PDG de la Scor, une entreprise de réassurance dont la feuille d'impôt a bondi de 65 millions d'euros en deux ans.

Certes, il y a loin de la parole aux actes. Et peu d'entreprises franchissent le rubicond. Le CAC 40 a cependant vécu un électrochoc au printemps dernier quand Lafarge a annoncé qu'il allait devenir suisse. Un «déménagement» qui intervient certes dans le cadre d'une fusion, avec le suisse Holcim, mais qui témoigne aussi d'une certaine désinhibition vis-à-vis de la localisation des sièges. En juin, c'est un patron qui a officiellement pris le large: le directeur général de Sanofi, Chris Viehbacher, s'est installé à Boston. Quelques années plus tôt, c'est le patron de Schneider, Jean-Pascal Tricoire, qui avait choisi Hongkong.

Mais la réalité de l'exil des entreprises françaises est plus souvent plus discrète, sinon plus pernicieuse. Elle recouvre, bien sûr, des mécanismes d'optimisation fiscale parfaitement légaux. Mais elle se manifeste aussi par l'installation, à l'étranger, de grandes directions de nos multinationales. Fonctions financières (Kering), gestion de trésorerie (Total), centres de R & D, divisions opérationnelles... sont de plus en plus, en tout ou partie, basés hors de l'Hexagone. La pression fiscale, l'instabilité réglementaire et la panne de croissance en France se conjuguent avec la globalisation pour favoriser une mobilité totale. «La plupart des groupes sont en train de délocaliser un certain nombre de leurs fonctions dans les pays limitrophes ou au grand international», a expliqué aux parlementaires le président des Chambres de commerce à l'international, Arnaud Vaissié.

«La France continue à décevoir sur sa capacité à fixer les activités de siège ou de commandement», relève le cabinet EY dans son dernier rapport sur l'attractivité de la France. «Cette désaffection renvoie, certes, à l'attractivité fiscale de nos concurrents mais également à la perte de rôle de la France comme destination incontournable des fonctions stratégiques. C'est de la "substance" de la France dont il est question, de sa capacité à attirer les talents et à conserver les centres de décision aux effets démultiplicateurs», ajoutait ce rapport.

Pour un PDG de multinationale, réunir son comité de direction signifie le plus souvent décrocher son téléphone pour un «conf call» ou entrer en vidéo-conférence. Les états-majors, disséminés aux quatre coins du monde, ne se réunissent plus physiquement que quelques fois par an, pour des séminaires qui peuvent être organisés à Paris, New York ou Shanghaï en fonction de leur thème de travail.

Devant la commission d'enquête parlementaire, le secrétaire général du groupe Total a résumé le sujet tel qu'il se pose à une multinationale: «Il y a une véritable compétition internationale pour l'accès à la ressource humaine, s'agissant en particulier des cadres de haut niveau.» Difficile dans ces conditions de convaincre un étranger de s'installer à Paris. Ou un Français d'y rester: bon nombre de cadres tricolores ne reviennent plus au pays que le temps que durera leur statut fiscal avantageux d'impatrié, c'est-à-dire cinq ans. Mais pour leurs actions de performances et autres plans de retraite, ils ont tendance à penser que l'herbe est plus verte ailleurs.

En France, le sujet reste tabou. Ceux qui l'ont quittée se justifient par des arguments positifs, plutôt que fiscaux: se rapprocher de ses marchés, d'un centre de recherche, de sa famille... Mais la grande majorité des cas d'exil reste tue et se déroule sous les radars de la communication: des entrepreneurs ou des héritiers dont la fortune est faite, des dirigeants de sociétés familiales, non cotées, ou filiales de holding d'investissement... Des déménagements discrets dont les seuls témoins sont les agents immobiliers de prestige ou encore les voisins qui, dans certains beaux quartiers de Paris ou des Hauts-de-Seine, ont pris l'habitude de repérer les camions de déménagement immatriculés en Belgique. Le quotidien L'Écho ya d'ailleurs récemment estimé à une sur dix le nombre de fortunes françaises qui avaient cédé en tout ou partie aux charmes du plat pays...

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  • lovah le vendredi 10 oct 2014 à 11:02

    Bien sur, ailleurs l'herbe est plus verte et le ciel plus bleu.

  • knbskin le jeudi 9 oct 2014 à 23:52

    Eh oui ! Les allocs attirent les illettrés du monde entier, et les impôts (qui payent entre autres les allocs ...) font fuir les "riches" et les talents ... Il ne reste plus que les illettrés, les politiques et les fonctionnaires. Ma foi, la dette les paiera. La question est de savoir jusqu'à quand ? :D

  • frk987 le jeudi 9 oct 2014 à 22:35

    On laisse la place au tiers monde.....

  • gnapi le jeudi 9 oct 2014 à 22:04

    Bah j'croyais qu'on était pro-business. C'est comme pour les indeminités chomage surement : "une option sur la table qui n'a pas été validée" comme dirait Normal 1er