Impasse politique et réformes au point mort en Grèce

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par Ingrid Melander et George Georgiopoulos

ATHENES (Reuters) - Les incertitudes politiques prolongées plongent la Grèce dans un état de paralysie profonde alors même que les échéances de remboursement se rapprochent et que les caisses de l'Etat s'assèchent.

L'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI) souhaitent voir Athènes mettre en oeuvre de nouvelles coupes budgétaires et des réformes structurelles avant de verser une nouvelle tranche du plan de sauvetage de 130 milliards d'euros conclu en mars.

Mais l'incertitude politique à laquelle le pays est confronté depuis les élections législatives du 6 mai, qui n'ont pas permis de faire émerger une majorité stable, rend impossible toute prise de décision politique avant la formation d'une nouvelle équipe.

"La seule chose que nous ayons à faire, c'est d'attendre", admet un responsable du gouvernement grec qui a tenu à garder l'anonymat.

Le président du Conseil d'Etat, Panagiotis Pikrammenos, a prêté serment mercredi en tant que chef du gouvernement intérimaire qui sera chargé de préparer les nouvelles élections législatives prévues le 17 juin.

Aucun décret ne sera publié d'ici là, a-t-on appris auprès d'un responsable grec.

Selon un autre responsable grec proche des négociations engagées avec les créanciers internationaux, les ministres du gouvernement sortant n'ont pas été autorisés à négocier avec les créanciers depuis les élections du 6 mai.

Les tractations qui ont suivi le scrutin entre les différents chefs de file des partis politiques dans l'espoir de trouver un compromis sur la formation d'un gouvernement ont permis d'illustrer les divergences entre les partis favorables au plan de sauvetage et ceux hostiles à l'austérité exigée en échange par l'UE et le FMI.

RATTRAPER LE TEMPS PERDU

La Coalition de la gauche radicale (Syriza), fermement opposée à l'austérité, fait figure de favorite pour les prochaines élections, un scénario qui suscite l'inquiétude en Europe.

Le parti assure être en mesure de renégocier le plan de sauvetage sans quitter la zone euro mais plusieurs dirigeants européens ont d'ores et déjà prévenu qu'une transgression des accords conclus avec la Grèce la conduirait à la faillite et à une sortie de la zone euro.

Mais même en cas de conservation en l'état du plan de sauvetage par le prochain gouvernement, il n'est pas certain que ce dernier puisse rattraper le temps perdu.

Un plan de privatisation, qui a déjà été reporté à maintes reprises, a été suspendu, un plan de coupes budgétaires de plusieurs milliards d'euros est loin d'être terminé et un plan de recapitalisation des banques est au point mort.

Face à l'hypothèse de plus en plus évoquée d'un retrait de la zone euro et de la dévaluation rapide d'une nouvelle drachme,

les Grecs ont procédé à des retraits massifs depuis le début de la semaine.

La nouvelle série de coupes budgétaires qui doit être votée d'ici à la fin juin par le Parlement grec, condition sine qua non au versement d'une tranche de 11,5 milliards d'euros, devrait par ailleurs être suspendue pour éviter de s'aliéner des électeurs avant le scrutin, selon des responsables impliqués dans les pourparlers.

PRIVATISATIONS SUSPENDUES

Quant aux privatisations, génératrices de nouvelles recettes pour l'Etat, elles ont été suspendues. L'agence grecque des privatisations a ainsi annoncé mardi la suspension de toute décision de privatisation jusqu'à la formation d'un gouvernement.

Les responsables européens et du FMI, exaspérés par les retards à répétition de la mise en oeuvre des réformes en Grèce, ont d'ores et déjà prévenu qu'ils ne verseraient pas les aides conclues en mars si Athènes ne respectait pas ses engagements.

Si la Grèce peut compter sur un certain degré de compréhension de la part de ses partenaires européens et du FMI face à la période de turbulences politiques qu'elle traverse, elle devra toutefois leur montrer sa volonté de s'engager rapidement dans la voie des réformes.

"La balle est dans le camp de la Grèce. Nous allons attendre la formation du nouveau gouvernement et nous poursuivrons les négociations", a indiqué un responsable de la "troïka" (Commission européenne, Banque centrale européenne et FMI) qui a requis l'anonymat.

Marine Pennetier pour le service français

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  • M7136507 le jeudi 17 mai 2012 à 18:38

    Nous sommes coincés...tu prêtes gratuitement ou je me suicide ..