Impasse diplomatique autour de l'asile d'Assange

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IMPASSE DIPLOMATIQUE SUR L'ASILE DE JULIAN ASSANGE
IMPASSE DIPLOMATIQUE SUR L'ASILE DE JULIAN ASSANGE

par Eduardo Garcia et Alessandra Prentice

QUITO/LONDRES (Reuters) - La situation de Julian Assange, réfugié depuis la mi-juin à l'ambassade d'Equateur à Londres, s'est transformé en bras de fer diplomatique, mercredi, la Grande-Bretagne ayant menacé d'investir la mission équatorienne si le fondateur du site WikiLeaks n'est pas remis aux autorités.

Assange, qui a vu rejeter par la Cour suprême britannique son dernier recours contre une extradition vers la Suède pour des accusations d'agressions sexuelles, a fait une demande d'asile politique auprès du gouvernement de Quito.

Le durcissement du ton employé par Londres mercredi a provoqué une vive réaction de la part des autorités équatoriennes qui parlent de "menace claire et écrite".

"Nous souhaitons être très clairs, nous ne sommes pas une colonie britannique. Le temps des colonies est terminé", a déclaré le ministre équatorien des Affaires étrangères, Ricardo Patinon dans un communiqué après une entrevue avec le président Rafael Correa.

"Si l'intervention mentionnée dans un communiqué officiel britannique se produit, elle sera considérée par l'Equateur comme un acte inamical, hostile et intolérable, ainsi que comme une agression contre notre souveraineté, ce qui nous obligerait à répliquer par les moyens diplomatiques les plus fermes", a-t-il ajouté.

Quito, qui n'entend pas se laisser impressionner, a annoncé qu'il fera connaître jeudi à 07h00 (12h00 GMT) sa décision sur la demande d'asile présentée par le fondateur du site WikiLeaks.

L'Equateur, qui se range dans le bloc des pays de gauche en Amérique latine, a demandé une réunion des ministres des Affaires étrangères de la région ainsi que de l'Organisation des Etats américains (OEA) pour soutenir sa position.

Sur son site internet, l'ambassade équatorienne à Londres affirme que la menace brandie par la Grande-Bretagne "constitue une violation évidente du droit international et des protocoles prévus par la Convention de Vienne".

MISE EN DEMEURE

Un porte-parole du Foreign Office à Londres a expliqué que "suivant le droit britannique, une mise en demeure devait être donnée une semaine avant l'intervention et dans ce cas l'ambassade ne se trouverait plus sous protection diplomatique".

"Mais la décision n'a pas encore été prise. Cela sera fait au cours de la nuit. Nous voulons insister sur le fait que nous souhaitons une solution diplomatique acceptable", a ajouté le porte-parole.

Des partisans d'Assange, répondant à un appel lancé sur le réseau social Twitter, se sont rassemblés devant l'ambassade située près du célèbre magasin Harrods pour demander sa libération.

La justice suédoise a requis l'extradition de Julian Assange pour l'entendre sur des accusations de viol et d'agression sexuelle portées contre lui par deux anciennes bénévoles du site internet.

Il s'est soustrait aux conditions de son assignation à résidence en Grande-Bretagne et s'est réfugié le 19 juin dans l'ambassade de l'Equateur à Londres après le rejet de son appel contre une demande d'extradition vers la Suède.

"Le Royaume-Uni a l'obligation d'extrader M. Assange vers la Suède pour qu'il réponde d'accusations d'agressions sexuelles et nous demeurons déterminés à honorer cette obligation", avait déclaré auparavant le porte-parole britannique.

Assange redoute, s'il est extradé, d'être transféré aux Etats-Unis où il pourrait répondre de faits de trahison pour avoir publié sur son site des dizaines de milliers de documents confidentiels émanant notamment du département d'Etat américain.

Si l'Equateur accorde l'asile à Assange, une incertitude demeure sur la manière dont l'Australien pourra quitter les locaux de l'ambassade à Londres placée sous étroite surveillance et se rendre jusqu'à un aéroport sans être appréhendé par la police britannique.

Jose Llangari, Pierre Sérisier, Julien Dury et Marine Pennetier pour le service français

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  • dresden le jeudi 16 aout 2012 à 11:10

    Incroyable : même pendant la guerre froide, les ambassades étaient respectées. Il n'y avait que des états comme l'Iran pour attaquer les ambassades. Assange doit avoir beaucoup de valeur vu les efforts conjoints des USA, du Royaume-Uni et de la Suède pour l'arrêter. J'espère que l'Equateur résistera à cette menace.