Immo : les prix à Paris, quartier par quartier

le
1
Si les adresses de prestige ne connaissent pas la crise, les prix sont en cours d'ajustement dans la plupart des quartiers de la capitale.

o Ier, IIe, IIIe et IVe: les petites surfaces toujours aussi demandées

o Ve, VIe et VIIe: les biens avec défauts font grise mine

o VIIIe, XVIe et XVIIe: les grandes surfaces à la peine

o IXe et Xe: les prix s'ajustent

o XIe et XIIe: des prix fortement négociés

o XIIIe, XIVe et XVe: toujours prisés par les familles

o XVIIIe, XIXe et XXe: le grand écart

La capitale n'échappe plus à la règle. La chute des volumes de vente a fini par faire baisser les prix de la pierre parisienne. Cette tendance, certes modérée (- 0,7 % entre octobre et fin janvier), se poursuivra dans les prochains mois, estiment les notaires. Ces derniers tablent sur un recul d'environ 4,5 % entre le point haut d'août 2012 et mai prochain. Les appartements familiaux, et notamment ceux avec défauts, sont les plus touchés par le retournement du marché. Et les biens surévalués ne reçoivent pas d'appels. En revanche, les petites surfaces résistent mieux, même si les investisseurs, échaudés par le durcissement de la fiscalité sur les plus-values, ont quasiment disparu. Quoi qu'il en soit, les acquéreurs ont repris la main et négocient fermement les prix avec des vendeurs qui peinent souvent à s'ajuster. «Le dialogue de sourds entre les vendeurs et les acquéreurs persiste. Les premiers estiment souvent leur bien à un prix supérieur au marché, alors que les seconds tablent sur une baisse des prix généralisée en 2013, de 10 à 15 %, qui ne se produira pas», estime Sébastien de Lafond, président de Meilleursagents.com.


Ier, IIe, IIIe et IVe: les petites surfaces toujours aussi demandées

Dans l'hypercentre de la capitale, petites surfaces et petits budgets restent une denrée rare qui se vend toujours aussi vite et toujours aussi cher. «Je n'ai quasiment rien dans les budgets très demandés, entre 300.000 et 400.000 ¤, avoue Mehdi Bourgeois, directeur d'agence associé à la Boutique de l'Immobilier. A ce prix-là, les surfaces de 30 à 40 m2 trouvent preneur quels que soient l'état, les qualités et les défauts.» Même chose pour les petits studios: l'agence vient de vendre en vingt-quatre heures un 14 m2 dans le IVe, moyennant 160.000 ¤.Les choses se compliquent et se décantent pour les plus grandes surfaces. «Nous avons vraiment deux marchés très différents actuellement, explique Nathalie Naccache, directrice des agences Century 21 Fortis Immo. D'un côté, les biens impeccables qui ne baissent pas, voire qui augmentent légèrement, et de l'autre, ceux qui ont un défaut. Au pire des cas, pour un logement très sombre, un sanibroyeur qu'on ne peut remplacer, un mauvais plan, etc., même en baissant le prix, il n'y a plus de demande.» Illustrations de ce marché à deux vitesses: ses agences ont vendu au prix affiché, en 11 jours, un 4 pièces de 67 m2, rue Montmartre (IIe) moyennant 800.000 ¤ (11.940 ¤/m2) ; même chose pour un 2 pièces de 23 m2, rue Saint-Martin (IIIe), parti pour 259.000 ¤ en seize jours (11.260 ¤/m2). En revanche, un grand 4 pièces de 115 m2 rue Lescot (Ier) a mis pas moins de cinq mois et demi pour se vendre finalement 940.000 ¤ (8170 ¤/m2), après une baisse de prix de 13 %. Côté volume de transactions, les quatre agences de Nathalie Naccache n'ont enregistré qu'un recul de 2 % par rapport à l'an dernier. «Au coeur de Paris, nous sommes un tout petit marché, explique-t-elle. Structurellement, nous en profitons moins que les autres quand cela marche très bien, mais nous sommes aussi plus à l'abri quand le vent tourne.»Depuis la mi-janvier, le marché se fait un peu plus actif dans les agences des IIe et IVe arrondissements de la Boutique de l'Immobilier. «Nous quittons enfin la zone des 11.000 ¤/m2, note Mehdi Bourgeois. Il faut que les vendeurs arrêtent de rêver et de se caler tous sur le prix maximal. Il n'est plus rare maintenant de vendre des biens à 9000 ¤/m2.» C'est à ce prix que son agence a vendu, en trois mois, un 94 m2 en bon état situé au 1er étage sur cour, rue de Rivoli vers l'Hôtel de Ville, négocié 852.000 ¤. Avec des acheteurs de plus en plus informés et le climat anxiogène qui règne, les prix gonflés ne trouvent plus preneurs, mais le message semble passer peu à peu. «Je suis plus confiant sur l'évolution du marché qu'il y a quelques mois», admet Mehdi Bourgeois.

Quant aux biens d'exception, ils continuent à se vendre dans des fourchettes hautes. «Nous n'observons pas vraiment de baisse de prix, simplement des réajustements, relève Jessie Amanou à l'agence District Immobilier de l'île Saint-Louis. Nous faisons beaucoup plus d'estimations qu'avant pour déboucher sur des ventes, mais elles se concluent souvent très près des prix estimés.» Parmi les transactions les plus récentes, l'agence a notamment vendu un 66 m2 de 2 chambres, rue Le Regrattier, au 1er étage, moyennant 1,15 M¤ (17.400 ¤/m2), tandis qu'un logement de 90 m2 sur le quai de Bourbon, sans vue, s'est négocié à un tarif similaire: 1,54 M¤, soit 17.100 ¤/m2.«En 2012, les prix affichés sont tellement montés que bon nombre d'acheteurs ne voulaient plus suivre, explique Robin Calligaris chez Connexion Immobilier, qui dispose de deux agences dans les IIIe et IVe. Finalement, le marché a perdu beaucoup de temps et les vendeurs n'ont rien gagné. La règle d'or, c'est que les produits moyens doivent être vendus à des prix moyens.» Et par produits moyens, il entend des étages élevés sans vue particulière, des rez-de-chaussée, 1er ou 2e étage sans attrait spécial, des duplex ou des logements bas de plafond. Dans cette catégorie, il note que bon nombre de biens affichés autour de 10.000 ¤/m2 restent toujours invendus, même s'ils ont démarré leur commercialisation à des prix plus élevés encore. C'est ainsi le cas d'un appartement de 84 m2, rue de la Tacherie, au 5e étage, avec ascenseur, mais nécessitant un rafraîchissement, et qui ne trouve pas preneur pour 860 000 ¤. Même chose pour un duplex de 140 m2 au sol, avenue Victoria, dans le Ier, dont le prix (1,4 M¤) rebute les acheteurs. En revanche, un 72 m2 au 1er étage, sans travaux, rue Notre-Dame-de-Nazareth, un secteur moins coté du IIIe, s'est vendu rapidement 538.000 ¤ De même un coquet 41 m2 dans le prolongement de la rue de Bretagne, habitable tout de suite, s'est négocié sans difficulté à 395.000 ¤. Comme ses collègues, Robin Calligaris note que les petites surfaces échappent encore à ces réajustements de prix. Selon lui, le petit 2 pièces de 25 m2 à refaire, rue du Carreau-du-Temple, devrait trouver rapidement preneur à 225.000 ¤.

Ve, VIe et VIIe: les biens avec défauts font grise mine

La rive gauche n'est pas épargnée par la correction des prix. Bon nombre d'acquéreurs refusent purement et simplement de visiter des biens avec défauts ; ou sinon, il faut les appâter avec des tarifs sérieusement revus à la baisse, à en croire Jean-Yann Verderosa, manager au sein de l'agence Era Lutèce. Il se souvient ainsi d'avoir fait baisser fortement le prix d'un 67 m2, avenue des Gobelins, sans travaux mais peu lumineux, du fait de sa situation au 1er étage. Le propriétaire rêvait d'en tirer 690.000 ¤, il a finalement dû se contenter de 580.000. Même chose pour un 54 m2 dans le quartier du Val-de-Grâce qui a débuté à plus de 620.000 ¤ pour finalement se vendre 100.000 ¤ moins cher. Cela n'empêche pas les biens réunissant plusieurs atouts de continuer à tirer les prix vers le haut. Un logement de 94 m2, rue Gay-Lussac au 5e étage avec ascenseur disposant d'une vue et d'un balcon filant très appréciés, n'a pas eu grand mal à se vendre pour 1,4 M¤ (14.900 ¤/m2). Selon cet agent, les biens les plus difficiles à vendre actuellement, dans le Ve, sont les logements au 1er dont personne ne veut. «A la limite, pour les rez-de-chaussée, il y a une clientèle qui recherche un accès facile, mais les 1er sombres, aux prix actuels, ça ne se vend pas.»De son côté, Hugues de La Morandière, directeur associé de l'agence Varenne, relève un certain assainissement du marché. «Clairement l'offre est actuellement plus abondante, estime-t-il, et les plus grosses agences en bénéficient car les vendeurs opportunistes, sans vrai projet, ont pour une bonne part quitté le marché.» Selon lui, les vendeurs sont désormais bien plus à l'écoute du marché et les acheteurs se retrouvent en position de force. Comme toujours dans ces cas-là, les petites surfaces sont les moins impactées tandis que les grands appartements familiaux dépassant les 120 m2 souffrent le plus. «Il ne faut pas surestimer cette baisse non plus, rappelle Hugues de La Morandière. Les gens parlent souvent de 15 à 20 %, mais c'est par rapport à un pic. Si vous lissez les prix sur 2 ou 3 ans, la baisse serait plutôt de 10 %.» En bon commercial, il n'oublie pas de rappeler que c'est un bon moment pour vendre si l'on souhaite racheter autre chose dans un marché intéressant.Quant aux adresses les plus prestigieuses, elles ne connaissent pas la crise, continuant à faire rêver les acheteurs capables de faire des folies. L'agence District Immobilier vient ainsi de vendre un 85 m2, place Furstenberg, disposant d'un espace extérieur privatif de 20 m2, moyennant 1,8 M¤ (21.200 ¤/m2).

VIIIe, XVIe et XVIIe: les grandes surfaces à la peine

«Le marché est difficile», lâche Richard Tiberghien, directeur de l'Etude Wagram (réseau Fnaim), qui travaille à la fois dans le VIIIe, le XVIe et le XVIIe arrondissement. «Il y a moins d'acheteurs, pratiquement plus du tout d'investisseurs et les prix trop chers sont fortement négociés à la baisse», justifie-t-il. Les acquéreurs étant beaucoup plus exigeants qu'il y a un an et demi, les biens avec défauts partent avec une décote par rapport au prix affiché en vitrine de 10 à 15 %, voire de 20 %. «Les délais de vente ont doublé en un an», constate de son côté Baptiste Espinet, manager de l'agence Century 21 rue des Moines. Dans le quartier plus populaire des Epinettes, certains biens à rénover sont désormais vendus 6000 ¤/m2. Aux Batignolles, les prix des appartements standards subissent aussi une correction. «Dans ces deux quartiers, les prix baissent de 5 à 10 %, même si les biens de grande qualité résistent mieux», estime Baptiste Espinet. Certains appartements peuvent aussi susciter des coups de coeur, à l'image de ce 36 m2 situé avenue de Clichy, parti à 299.000 ¤ (8300 ¤/m2).Dans le quartier de Villiers, il faut désormais compter 9000 et 10.000 ¤ pour devenir propriétaire d'un bel appartement. «A l'Etoile, place des Ternes ou encore avenue Victor-Hugo dans le XVIe, ou boulevard de Courcelles, près du parc Monceau dans le VIIIe, les beaux appartements sont vendus entre 9000 et 12.000 ¤/m2», constate Richard Tiberghien. Mais, à Chaillot, au nord du XVIe, les prix médians se négocient à 10.940 ¤. En 2012, ils ont d'ailleurs grimpé de 5,9 %, selon les notaires. Mais ce quartier fait un peu exception, car les prix ont baissé dans presque tout l'arrondissement l'an dernier: La Muette (- 3,4 % à 10.000 ¤/m2), Porte Dauphine (- 2,8 % à 10.000 ¤/m2) et Auteuil, (- 2,9 % à 8620 ¤/m2).Dans le XVIe, mais aussi dans le XVIIe, la demande porte surtout sur des 2 ou 3 pièces et les petits appartements familiaux, aux budgets plus abordables. A contrario, les grands appartements, mis en vente à 1,2 ou 1,3 M¤ partent difficilement, alors que l'offre s'est étoffée notamment dans le XVIe. Ainsi, quartier de l'Europe dans le VIIIe, un 138 m2 ne trouve pas preneur. Proposé initialement à 1, 47 M¤, son prix est récemment descendu à 1,42 M¤. Mais, ce n'est pas suffisant. «Il y a un an, il serait parti à 1,47 M, aujourd'hui son prix devrait descendre à 1,35 M», estime Marc Habrioux, directeur de l'agence Era Villiers. Toutefois, «les appartements qui offrent un bon rapport qualité-prix trouvent preneur», note Martine Kuperfis, fondatrice de l'agence Junot Investissements. Entre les stations de métro Passy et Trocadéro, un 7 pièces de 230 m2, avec 2 chambres de service, s'est vendu 1,8 M¤, soit 7.900 ¤/m2!

IXe et Xe: les prix s'ajustent

«Il y a peu d'acquéreurs et les prix s'ajustent», constate Patrick Jubault, responsable de l'agence Minclert Immobilier dans le IXe. Dans cet arrondissement central, les appartements situés dans les rues à la mode, comme la rue des Martyrs, ou plus largement dans le quartier Saint-Georges, sont toujours recherchés. Mais les acquéreurs sont exigeants. «Depuis janvier, les prix baissent de 2 %/mois», estime Patrick Jubault. Les très beaux appartements se négocient entre 9500 et 9600 ¤/m2 contre 10.000 à 10.500 il y a un an. Rue La Bruyère, un bel appartement familial de 108 m2, avec cheminée et boiseries, a trouvé preneur à 1 M¤ (9300 ¤/m2).Les logements de bonne qualité partent, eux, à 8500 ou 9000 ¤/m2 (au lieu de 9 200 à 9 500 ¤ il y a un an). Mais gare aux défauts. Le prix des biens jugés «médiocres» descend, en effet, à 7500 ou 8000 ¤/m2. «Dans une même rue, il peut y avoir des écarts de prix atteignant 2000 ¤/m2», précise Patrick Jubault. La demande pour les petites surfaces reste forte. «Les appartements qui sont en bon état se vendent vite et cher», note Martine Kuperfis. Avenue Trudaine, un 54 m2 rénové, avec balcon filant et vue sur le Sacré-Coeur a trouvé preneur à 547.000 ¤.Le marché du Xe arrondissement voisin est un peu différent. En 2012, les prix ont augmenté un peu partout selon les notaires. Aux abords de l'hôpital Saint-Louis, ils ont même grimpé de 13,3 % (7560 ¤/m2), et de 3,6 % porte Saint-Martin (8290 ¤/m2). Le début de l'année est resté relativement animé. «Nous avons eu beaucoup d'acquéreurs en janvier et février, mais mars est calme», explique Muriel Goldberg, responsable de l'agence L'Adresse du Canal. Jusqu'à présent, les prix des beaux appartements situés près du canal Saint-Martin ont assez bien résisté, les baisses de prix par rapport aux prétentions des vendeurs n'excédant pas 5 à 7 % (entre 9000 et 10.000 ¤). Quai de Jemmapes près de République, un 91 m2 à rénover, initialement mis en vente à 890.000 ¤, est parti à 850.000. Mais «le marché est en train de se retourner. Les acquéreurs sont indécis et nous avons 30 % de biens en plus à vendre. Les baisses de prix pourraient bientôt atteindre 10 %», estime Muriel Goldberg. Comme ailleurs, les petites surfaces tirent leur épingle du jeu. Il peut même arriver, comme récemment près du boulevard de la Villette, qu'elles se vendent plus cher qu'il y a un an.

XIe et XIIe: des prix fortement négociés

Dans ces deux arrondissements, qui avaient attiré ces dernières années de nombreuses familles, les acquéreurs restent peu nombreux et les délais de vente continuent à s'allonger. Les appartements familiaux, aux prix élevés, sont les plus touchées par cette désaffection et restent parfois de longs mois sur le marché. Ainsi, dans le XIIe, place du Colonel-Bourgoin, un grand bien situé dans un immeuble récent (2000), mis en vente en septembre dernier à 935.000 ¤, ne trouve toujours pas preneur à 890.000 ¤. Idem dans le XIe voisin. Près du métro Parmentier, un 4 pièces de 92 m2, avec 20 m2 de balcon, est sur le marché depuis la fin de l'été dernier. Bien que le prix demandé soit passé en six mois de 780.000 à 720.000 ¤, les appels sont rares. Dans ces arrondissements, le marché de la revente se bloque. Certains vendeurs retirent leur bien du marché, faute d'avoir trouvé acquéreur au prix convoité. Ce qui les contraint à différer leur propre projet d'achat, car, dans la capitale, les banques accordent plus difficilement des crédits relais, selon les agents immobiliers. «Ces dernières années, le XIe arrondissement a un peu joué le rôle d'arrondissement de report où venaient s'installer les familles qui ne parvenaient pas à acheter dans l'Ouest parisien», justifie Bernard Vuong, directeur de l'agence Foncia République. «Maintenant que les prix commencent à baisser dans toute la capitale, ces familles préfèrent s'installer ailleurs que dans le XIe, où le prix moyen est de 8300 ¤/m2», constate-t-il dans son agence.En revanche, les petites surfaces résistent mieux. Les studios ou les 2 pièces correctement valorisés partent toujours assez vite. Ainsi, un 2 pièces de 34 m2, situé rue Jean-Pierre-Timbaud, au 4e étage d'un immeuble sans ascenseur, est parti en moins d'une semaine à 275.000 ¤. Et rue du Chemin-Vert, près du métro Voltaire, un 2 pièces de 27 m2 situé au 3e étage sans ascenseur a été vendu 230.000 ¤.Dans le XIIe limitrophe aussi, «la demande reste soutenue pour les petits appartements. Les biens mis en vente au bon prix partent toujours en deux semaines», constate Mikhael Azancot, directeur de l'agence Foncia Coulée Verte. D'une façon générale, les prix sont âprement négociés. Les décotes par rapport aux prix de départ, généralement surévalués, atteignent 10, 15, voire 20 %. Certains quartiers de l'arrondissement continuent aussi à tirer leur épingle du jeu. C'est le cas notamment de la gare de Lyon et des abords de la place d'Aligre. «Près de la gare, les beaux appartements haussmanniens se négocient encore à 10.000 ¤/m2», explique Mikhaël Azancot. Ainsi, rue Legraverend, un 116 m2 à rénover s'est vendu 960.000 ¤ après négociation (le prix de départ était de 1.090.000 ¤). Place de la Nation, les beaux biens partent à 8500 ou 9000 ¤/m2. Rue du Rendez-Vous, un 63 m2, à rénover, situé au 1er étage, s'est en revanche vendu en deux semaines à 485.000 ¤ (7 700 ¤/m2). Mais certains quartiers commencent à vraiment pâtir de la nouvelle donne du marché parisien. Rue de Reuilly, Montgallet ou encore Daumesnil, certains appartements avec défauts partent à moins de 7000 ¤/m2, ce qui est nouveau.

XIIIe, XIVe et XVe: toujours prisés par les familles

Même si les acquéreurs sont moins nombreux, la demande reste relativement soutenue dans le XIVe et le XVe, deux arrondissements prisés par les familles. «Nous avons connu un très bon début d'année», confirme David Queillé, de l'agence Century 21 de la rue Lecourbe, dans le XVe. Un peu partout dans cet arrondissement, les prix ont commencé à baisser en 2012 (- 2,9%). C'est dans le quartier de l'hôpital Necker, que la baisse a été plus marquée (- 4,8 % à 9000 ¤). Ailleurs, les évolutions ont été plus contrastées: à Grenelle (9300 ¤/m2) et Javel (8410 ¤), les prix n'ont cédé que 0,9 %. Et à Saint-Lambert, ils ont stagné (+ 0,5% à 8390 ¤).En ce moment, les prix sont toujours fermement négociés. Les décotes oscillent entre 5 et 10 % en moyenne. Là aussi, les appartements de plus de 1 M¤ se vendent plus difficilement. Ainsi, il a fallu quatre mois pour vendre un appartement de 147 m2, situé en rez-de-jardin à Convention. Proposé à 1,750 M¤, il est finalement parti 11 % moins cher, à 1,595 M¤.Dans certains quartiers, les prix avoisinent donc toujours les 10000 ¤/m2. C'est surtout vrai pour les studios et les 2 pièces. Près du métro Sèvres-Lecourbe, un 27 m2 situé au 3e étage d'un immeuble sans ascenseur s'est vendu en treize jours à 250.000 ¤. Dans le quartier de Cambronne, un 2 pièces de 35 m2 en très bon état, également dans un immeuble sans ascenseur, est parti en vingt jours à 339.000 ¤. Toutefois, si la tendance actuelle se poursuit, «le marché risque de se couper en deux avec, d'un côté, les biens de qualité qui partiront à un prix élevé, et de l'autre, ceux avec défauts qui subiront une importante correction», estime David Queillé.Dans le XIVe, les délais de vente se sont aussi allongés. Ils atteignent quatre à cinq mois en moyenne pour les appartements familiaux et un à deux mois pour les surfaces plus petites. «Les acquéreurs prennent beaucoup plus le temps de la réflexion. Les biens avec défauts partent avec une décote de 10 à 15 % par rapport au prix demandé», précise Julien Guillaume, responsable d'une agence Orpi dans le XIVe. On constate de forts écarts de prix au sein de l'arrondissement. Dans le quartier de Montparnasse, voisin du très chic et très cher VIe, les prix avoisinent toujours les 10.000 ¤, en moyenne. Aux abords de Denfert-Rochereau, ils se négocient entre 9000 et 10.000 ¤/m2. Récemment, un 42 m2 situé au 5e étage de la rue Daguerre s'est vendu à 400 000 ¤. En revanche, les prix se négocient à 8500 ¤ près d'Alésia ou à Plaisance (8200 ¤), mais à 7000 ou 7500 ¤ Porte de Vanves.Dans le XIIIe voisin, les écarts de prix sont également importants. Il faut compter plus de 6490 ¤ dans le quartier Gare et 7830 ¤ aux abords de l'hôpital de La Pitié-Salpêtrière où les prix ont décroché de 11,9 % en 2012, selon les notaires. Au sud de l'arrondissement, la baisse est actuellement marquée. «Près de la place Rungis, par exemple, les prix sont tombés à 7100 ¤/ m2», constate la responsable de l'agence Orpi Montsouris. Dans le quartier de Croulebarbe, en revanche, il faut compter 8610 ¤ en moyenne. Et plus de 9000 ¤/m2 du côté de la Butte-aux-Cailles. Un beau 2 pièces de 33 m2, entièrement rénové est parti en un mois à 305000 ¤ (9200 ¤/m2). Dans les quartiers limitrophes du Ve, comme les Gobelins, Port-Royal ou encore le boulevard Arago, les prix résistent aussi.

XVIIIe, XIXe et XXe: le grand écart

«Après avoir longtemps joué l'Arlésienne, cette baisse des prix est pour nous une délivrance, admet Jacques Gillet, directeur adjoint d'Immopolis, qui compte notamment quatre agences dans le XVIIIe. Depuis la mi-2012, le marché s'était énormément durci, mais les vendeurs tenaient bon et refusaient pour la plupart de vendre en révisant leur prix à la baisse.» Mais dans les arrondissements périphériques plus encore que dans le centre de Paris, les acheteurs ne sont plus prêts à suivre. Désormais, dans les quartiers recherchés du XVIIIe, un bien sans défauts se négocie autour de 10.000 ¤/m2 là où il partait à 11.000 ¤ au plus haut, selon Jacques Gillet. Pour un bien standard, il compte autour de 9000 ¤ (contre 10.000 auparavant), tandis que ceux avec des défauts valent entre 8000 et 8500 ¤, voire bien moins. Jacques Gillet se souvient ainsi avoir vendu récemment un logement dont la cage d'escalier était à refaire, rue Durantin, à 7500 ¤/m2. «Pour les 30 à 50 m2, l'offre et la demande sont assez équilibrées, et un bien affiché à un bon prix part rapidement, souligne-t-il. En revanche, il y a une légère pénurie sur les petits appartements familiaux juste sous la barre des 70 m2. Ensuite, nous commençons à entrer dans les grands budgets, entre 800.000 ¤ et 1 M¤, et lorsqu'on dépasse ce seuil, les choses deviennent très compliquées.» Ainsi un appartement de 90 m2, avec vue dégagée sur la tour Eiffel mais également sur le cimetière de Montmartre, s'est vendu 900.000 ¤ quand son propriétaire en rêvait 1,2 M. Les petites surfaces sont toujours aussi rares et la réforme de l'imposition des plus-values n'a rien arrangé: Jacques Gillet se souvient d'un studio qui a été promptement retiré de la vente lorsque sa propriétaire a pris connaissance de la simulation effectuée par l'agence concernant les taxes qu'elle aurait à régler.Dans le haut de gamme, Martine Kuperfis, de Junot Investissements, note que «les biens entre 80 et 120 m², rares et chers, se vendent assez vite lorsqu'ils cumulent les avantages: vue, terrasse, bel immeuble, bon plan.» Selon elle, ce genre de bien continue à se vendre 14 à 16.000¤/m² et pourrait même atteindre les 20.000 ¤ pour un logement parfait, situé dans le secteur Junot. Perle rare, qui n'existe pas sur le marché actuellement. Comme ses confrères, elle note que le moindre défaut s'accompagne d'une forte décote, d'où un large éventail de prix. Elle a ainsi vendu dans le haut Lepic un duplex de 86 m2 sur jardin privé plein sud, séjour double avec cheminée, pour 1,25 M¤ soit 14 500 ¤/m². Dans le quartier Abbesses, pour un très bel immeuble et de bonnes prestations, le tarif est ainsi tombé à 8.800 ¤/m2 pour un bien rare (164 m2 très bien rénovés, 4-5 chambres) car il était situé au 1er étage. A un niveau intermédiaire, l'agence a vendu, rue Cortot, un logement de 2 chambres, 79 m2, en parfait état, 3e étage et vue dégagée à 10.300 ¤/m2.De son côté, Patrick Chappey, directeur associé du réseau d'agences iMax, note une reprise de l'activité après une fin d'année 2012 et un début 2013 très calmes. «Actuellement, les acquéreurs visitent beaucoup et ils se sentent en position de force», explique-t-il. Dans son réseau, le marché du XVIIIe fonctionne bien, tout comme le XXe où la demande reste forte, tandis que le XIXe semble plus souffrir. Dans le XVIIIe, ses agences ont ainsi vendu un 80 m2 à rénover, situé au 3e étage, rue Vauvenargues. Affiché à 685.000 ¤, il s'est vendu à 650.000 en deux mois (8125 ¤/m2). Sur la rue Championnet, un 2 pièces au 5e étage, avec balcon filant et ascenseur, est quasiment parti au prix: 245.000 ¤ au lieu de 250.000, soit 7900 ¤/m2. Et pour les plus petits prix, un petit 23 m2, avenue de Clichy, en bon état mais avec une copropriété nécessitant des travaux, s'est vendu au prix, 140.000 ¤, soit 6080 ¤/m2; tandis que dans le XIXe, rue Mathis, un 2 pièces de 32 m2 au 6e étage avec ascenseur a trouvé preneur pour 218.000 ¤ (6 800 ¤/m2) après avoir été proposé à 230 000 ¤. Enfin, dans le XXe, rue de Belleville, un 29 m2 à rénover s'est négocié 170.000 ¤, soit 5860 ¤/m2.

Source: Notaires de Paris-Ile de France, Base BIEN. Prix déterminés selon la méthodologie des indices Notaires-INSEE. ns: non significatif.

Illustrations: Olivier Cailleau

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • sade11 le samedi 6 avr 2013 à 23:17

    Je suis propriétaire d'une vingtaine de biens dans Paris et petite couronne.Merci pour ce magnifique résumé.En réalité, les prix sont fous. Mes acheteurs s'endettent pour 20 ans avec un revenu du couple à plus de 10KLes prix devraient être 40% à 50% moins chers pour coller aux revenus normaux.L'hypothèse d'une stagnation sur 15 ans va voler en éclat avec la chute prochaine de l'Italie.