Ils logent place Vendôme pour 200 euros par mois

le
3

EN IMAGES - La société Camelot Europe installe à travers la France des résidents temporaires dans des immeubles vacants moyennant une redevance minime. Une formule légale qui arrange propriétaires et occupants.

Sur cet immeuble cossu, à deux pas de la place Vendôme à Paris, les petites affichettes «Protection par occupation» fleurissent les vitres. Dans ces locaux vides en attente de travaux, une vingtaine d'occupants ont été installés dans des logements provisoires. Moyennant le paiement d'une «redevance» de 200 euros par mois charges comprises, ils logent dans d'anciens bureaux d'une vingtaine de mètres carrés et disposent de vastes parties communes (cuisine, salon, salle de bains) dans l'un des quartiers les plus chers de la capitale. Seule contrainte: ils ne savent pas combien de temps ils resteront (douze à dix-huit mois en moyenne) et le préavis n'est que d'un mois.

Des contraintes qui n'effraient aucun des occupants du lieu, ravis de cette opportunité inespérée dans un quartier où l'Observatoire des loyers de l'agglomération parisienne estime les loyers entre 35 et 40 euros le mètre carré. «Si j'avais passé une annonce pour recruter des occupants à cette adresse, je me serai retrouvé avec 1000 ou 2000 candidats», avoue Olivier Berbudeau, directeur du développement de Camelot Europe pour la France. Lancée aux Pays-Bas dès les années 1990, la gestion des locaux vacants (bureaux, cliniques, châteaux...) inventée par cette société a mis du temps à s'implanter en France. Après avoir essaimé en Grande-Bretagne, Irlande, Belgique et Allemagne, Camelot s'est intéressée au marché français en 2011. Avec près de 4,5 millions de mètres carrés de bureaux vacants rien qu'en Île-de-France (selon la société de conseil Cushman&Wakefield), il est vrai que le travail ne manque pas.

S'appuyant sur le succès de ses opérations à l'étranger, Camelot Europe (30 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2013) a réussi à se faire tailler un cadre juridique sur mesure pour intervenir dans l'Hexagone. L'article 101 de la loi de mobilisation pour le logement et la lutte contre l'exclusion permet aux bailleurs disposant de locaux vacants de les confier jusqu'à trois ou six ans maximum à des sociétés qui se chargeront d'y placer des «résidents temporaires» en échange d'une indemnité ne pouvant dépasser 200 euros. Ce dispositif «expérimental» a été reconduit fin 2013 pour cinq ans.

Si cette formule fait hurler les associations de lutte contre le mal-logement qui y voient un statut de «locataire jetable» et une exploitation des plus démunis, Olivier Berbudeau a évidemment une autre analyse. «Des locaux vides se dégradent rapidement ou peuvent être squattés et tout cela coûte très cher au bailleur, souligne-t-il. L'occupation temporaire est une formule bon marché pour le propriétaire, elle continue à faire vivre l'immeuble et son quartier et, enfin, elle arrange les occupants.»

Mais pas question de les choisir à la légère. Les familles sont interdites et les couples tout juste tolérés dans quelques logements doubles. Le profil idéal? Un salarié, voire un apprenti, plutôt jeune et disposant d'un revenu suffisant. «Il ne s'agit pas de donner un ballon d'oxygène temporaire à des gens qui couleront ensuite quand ils n'auront plus ce logement», explique Olivier Berbudeau.

Tournages de cinéma

Les travailleurs de nuit, tels que les serveurs, sont les bienvenus car ils assurent une présence dans l'immeuble en journée. Les fêtards, eux, sont proscrits et le règlement interdit de recevoir plus de 2 invités par occupant. Parmi les adeptes de la formule, on trouve beaucoup de fonctionnaires: enseignants et policiers notamment. La plupart des adeptes de ce logement atypique se cooptent entre eux, voire récupèrent le tuyau auprès d'un syndicat de fonctionnaires. On retrouve, enfin, quelques étudiants bénéficiant de garanties et qui profitent de ce type d'habitat pour ce rapprocher de leur lieu d'études.

Avec seulement 20.000 mètres carrés en gestion et 200 résidents temporaires, Camelot France est encore un nain et se refuse à communiquer son chiffre d'affaires précisant simplement qu'il a grimpé de 100 % en 2014. Les choses pourraient évoluer. La société vient de conclure un contrat pour les agences vacantes de GDF Suez et une importante agglomération devrait lui confier son immobilier vacant. Et si la région parisienne offre de vastes perspectives, la société est également présente à Lyon, Alençon, Chatellerault et même de petites villes telles que Chauny dans l'Aisne. Quant aux types de bâtiments, ils sont tout aussi variés: hôpitaux, écoles, châteaux, maisons de retraites, locaux d'entreprises ou d'insitutions religieuses... Des locaux en attente de vente, démolition, rénovation, ou encore de réaffectation.

Camelot ne manque pas d'idées pour rentabiliser les mètres carrés vides: la société multiplie les locations pour des soirées événementielles, pour des tournages de cinéma et installe aussi, fort logiquement, de jeunes entreprises dans des bureaux inoccupés.

Lire la suite de l'article sur lefigaro.fr

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • M3182284 le mardi 7 avr 2015 à 11:48

    Si ça fonctionne bravo; fignar pose de bonnes questions...

  • fignar le mardi 7 avr 2015 à 08:36

    et si ces gentils locataires refusent de partir quand le propriétaire leur demandera de quitter les lieux ?j'imagine qu'il faudra un jugement ,puis intervention de la force publique et bien entendu en dehors de la trêve hivernale .Soit deux bonne années .

  • M7166371 le lundi 6 avr 2015 à 20:00

    Enfin une idée intelligente dans notre pays , de la souplesse réglementaire , encore de la souplesse et la France est sauvée !