Il y a 43 ans... s'ouvrait le procès d'un retentissant scandale immobilier

le
2

RÉTRO IMMO - Premier scandale politico-financier des années Pompidou, le procès de la Garantie foncière s’ouvre en 1973. Cette SCPI promettait à ses 14.000 souscripteurs des rendements mirifiques jamais atteints.

Bernard Madoff aurait bien pu s’inspirer de la Garantie foncière pour son arnaque. Cette SCPI (société civile de placement immobilier) créée le 31 décembre 1967 est au cœur d’un immense scandale immobilier du début des années 70. Elle avait su séduire pas moins de 14.000 souscripteurs pour un capital de 220 millions de francs en annonçant des rendements de 10,25%, bien supérieurs à la concurrence.

Mais comme d’autres arnaques de ce type, elle s’appuiyait sur une «chaîne de Ponzi». Comprenez que la société verse des intérêts avec l’argent apporté par les nouveaux souscripteurs. Et pour couronner le tout, afin de couvrir ses agissements, cette Garantie foncière s’associe à un homme d’affaire et homme politique influent de l’époque, André Rives-Henrÿs, député de Paris et militant gaulliste de la première heure.

Ce dernier est inculpé en juillet 1971 avec les fondateurs de la SCPI, les époux Frenkel et Victor Rochenoir, leur avocat-conseil, les suivra un mois plus tard. Et c’est le 18 octobre 1973 que s’ouvre le procès de l’affaire auquel le Figaro consacre une double page, abondamment garnie de publicités de promoteurs immobiliers. «Les inculpations retenues contre les accusés sont nombreuses et graves: escroqueries par publicité mensongère et présentation de faux bilans; abus de confiance, infractions à la loi sur les sociétés anonymes, abus de biens sociaux... Les détournements commis au détriment des souscripteurs sont évalués à plus de 35 millions», précise l’article.

Un monde animal grouillant dont on ne devinait ni la présence ni l’agitation

C’est notamment la publicité de la Garantie foncière qui a attiré l’attention de la Justice, avec son rendement affiché à 10,25%: «un taux fixe et anormalement élevé», souligne l’article rappelant que le bénéfice d’une SCPI «est, par définition, variable». «Selon l’accusation, les expertises ont montré qu’en réalité l’exploitation n’a jamais permis d’atteindre ce taux qui était pourtant le mobile de la publicité», souligne encore Le Figaro. Par ailleurs, «Frenkel est accusé d’avoir acquis des immeubles et de les avoir vendus quelques semaines plus tard à la Garantie foncière beaucoup plus cher, en empochant au passage le bénéfice.»

Mais ce qui a fait le retentissement de ce procès où la défense était notamment assurée par Me Jean-Louis Tixier-Vignancour c’est surtout le beau monde qui y était mêlé. Dans une colonne de cette double page du Figaro, Philippe Sassier résume l’affaire ainsi: «Il arrive parfois qu’au cours d’une promenade, en soulevant une pierre on découvre un monde animal grouillant dont on ne devinait ni la présence ni l’agitation. Le scandale de la Garantie foncière c’est un peu cela.»

«Parmi les 17 inculpés du procès se trouvent un ex-député, un avocat ayant appartenu au Conseil économique et social, un ancien journaliste, deux anciens directeurs de banque et des personnages qui après avoir touché à bien des commerces ont fini par débiter de l’épargne comme on vend des cravates à la criée», poursuit-il. Évoquant l’aplomb des escrocs, il rappelle: «Quel extraordinaire spectacle dont le bouquet fut la croisière méditerranéenne du paquebot «Mermoz». Là, pendant près d’une semaine, MM Rives-Henrÿs et Frenkel ont expliqué la solidité de leur formule aux épargnants, tandis que le champagne coulait à flots et que le jerk reposait des exposés techniques.»

Henri Salvador en tire une chanson

Une assurance qui n’allait pas tarder à s’écrouler avec les poursuites. «Des messieurs hier encore riches, considérés et admirés fuyaient vers l’accueillante Amérique du Sud ou bien encore vers Israël. Ceux-là mêmes qui avaient eu tellement d’arguments persuasifs pour attirer les épargnants tentaient tout à coup de se faire passer pour naïfs, étourdis ou inconséquents.»

Il faudra attendre mars 1974 pour la clôture du procès, les principaux prévenus écopant de peines d’emprisonnement ferme, dont les époux Frenkel condamnés pour avoir détourné pour eux-mêmes 32 millions de francs. Malgré l’ampleur du scandale, les changements politiques (accession au pouvoir de Valéry Giscard d’Estaing) et la fin des Trente glorieuses vont pousser les Français à penser à autre chose. Il reste une trace de cette affaire dans la culture populaire avec une chanson d’Henri Salvador titrée «Ah la Garantie foncière!». Le morceau débute ainsi:

«Dans un journal très documenté

J’avais lu cette publicité

Placement dans des appartements

Gros intérêt de douze pour cent

Ah la garantie foncière

Ça c’était la bonne affaire

Je m’voyais propriétaire

Rien de plus sûr que la pierre

Ah la garantie foncière

Ca c’était l’placement pépère

Mais toutes mes économies

Aux Baléares se sont enfuies»

Lire la suite de l'article sur lefigaro.fr

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • b.renie il y a 10 mois

    Régulation des entreprises recourant à l'épargne publique. Il faut légiférer et placer les Banques centrales au coeur de son application; C'est un point crucial si on veut contrôler sinon éviter l'éclatement de la bulle de la dette qui emportera des conséquences gravissimes

  • jpmay il y a 10 mois

    j'aimerais bien savoir ce que sont devenus ces honnêtes gens ?