Il y a 30 ans, la "petite idée" des Restos du Coeur

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Les premiers Restos du Coeur ont ouvert le 22 décembre 1985. (AFP PHOTO / PATRICK KOVARIK)
Les premiers Restos du Coeur ont ouvert le 22 décembre 1985. (AFP PHOTO / PATRICK KOVARIK)

(AFP) - C'était une "petite idée", lancée par Coluche au début de l'automne 1985: 30 ans plus tard, les Restos du Coeur sont devenus l'un des symboles de la solidarité et se sont rendus, au fil des ans, indispensables.

La déclaration a été maintes fois entendue: le 26 septembre 1985 sur Europe 1, l'humoriste s'emporte contre "les excédents de nourriture qu'on détruit pour maintenir les prix sur le marché". "On pourrait les récupérer et on essaiera de faire une grande cantine pour donner à manger à tous ceux qui ont faim".

"J'ai une petite idée comme ça", poursuit-il. "S'il y a des gens qui sont intéressés pour sponsoriser une cantine gratuite (...), nous on est prêts à aider une entreprise comme ça, qui ferait un resto qui aurait comme ambition au départ de faire 2.000 ou 3.000 repas par jour gratuitement". 

Les premiers Restos du Coeur ouvriront le 22 décembre. Trente ans après, ils sont devenus une institution dans le paysage associatif de la solidarité.

"Il y a des anniversaires qui ne se fêtent pas", explique Olivier Berthe, le président des Restos du Coeur. "Mais cette année, cela nous a semblé important de symboliser cette date et de montrer ce que sont les Restos". Opérations portes ouvertes, pique-niques, journée de rencontres et de témoignages sont ce week-end au programme des 2.111 centres que compte l'association, bien au-delà de la centaine des débuts. 

La première année, 70.000 personnes ont bénéficié des 8,5 millions de repas distribués par 5.000 bénévoles. 

"Au départ, on pensait être sur une opération provisoire", se souvient Olivier Berthe, bénévole depuis 1986. "Mais assez rapidement, on a pris conscience qu'il y aura toujours des personnes qui décrochent, qui ont besoin de soutien". 

Trente ans plus tard, près d'un million de personnes ont été accueillies à l'hiver 2014-2015 et 128,5 millions de repas servis, par presque 70.000 bénévoles, dont beaucoup parlent encore avec émotion de Coluche, décédé en 1986. 

 

- 'Ça me sauve' - 

Comme Chantal, 68 ans, dans l'association depuis 15 ans. "Coluche était de Montrouge. Moi aussi. Quand j'ai décidé d'aider les autres, je suis allée aux Restos", raconte-t-elle au centre de distribution du XVe arrondissement. "Ici, on aime les gens, on fait le maximum pour les aider, sans porter de jugement. Il y en a qu'on connaît depuis des années".

Les bénévoles sont devenus "comme ma famille", confie Martine, 65 ans, qui a "une petite retraite et un gros loyer", et vient depuis trois ans. 

"Les Restos du Coeur, ça me sauve. On mange grâce à eux", confirme Saidatou, 38 ans, seule et sans revenu, avec deux enfants en bas âge. Quand elle repart, elle a dans son panier du lait, des yaourts, des boîtes de conserve, du chocolat, des oeufs et du poisson pané.

Plusieurs centaines de personnes, surtout des femmes, défilent pour la distribution. Elles font partie des plus démunis, ceux qui ont droit à une distribution toute l'année. Les autres doivent attendre l'ouverture de la campagne hivernale, le 30 novembre, pour bénéficier des repas.

Au fil des années, les actions des Restos se sont élargies: Restos bébés du Coeur, aide à l'hébergement et au logement, accompagnement scolaire, cours de français, aide à la recherche d'emploi, chantiers d'insertion, etc. 

Et l'association a été au coeur de nombreux combats: distribution des surplus agricoles européens aux plus démunis (concrétisé ensuite dans un programme européen d'aide alimentaire), défiscalisation des dons (dite "loi Coluche") et plus récemment des dons agricoles, lutte contre le gaspillage alimentaire. 

L'association bénéficie d'un fort attachement des Français, renforcé par les Enfoirés, cette bande d'artistes emmenée par Jean-Jacques Goldman, qui chante chaque année au profit des Restos. "Aucune autre mobilisation d'artistes pour une cause n'a eu cette ampleur", souligne Olivier Berthe.

Regrettant que les pouvoirs publics et les collectivités ne jouent pas entièrement leur rôle en matière de solidarité, il conclut: "On a arrêté de croire qu'on n'a pas besoin d'exister. Mais on aimerait être moins indispensable". 

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