Il y a 153 ans... Le Figaro présentait le futur Opéra Garnier

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RÉTRO IMMO - En 1853, le journal consacre une double page à la présentation du nouvel Opéra dont Paris va se doter. Il ne sera finalement inauguré qu’en 1875.

C’est un bâtiment emblématique de la seconde moitié du XIXe siècle. Alors forcément, en mai 1863 lorsque les caractéristiques du futur Opéra de Charles Garnier sont connues, les gazettes s’empressent d’en publier les détails. Le Figaro y consacre plus d’une double page, même si le journal regrette que son concurrent «Le monde illustré» ait décroché l’exclusivité en avant-première, occasionnant au passage «un surplus de cinq mille ventes».

«L’œuvre de M. Charles Garnier, choisie parmi cent cinquante-quatre concurrents pour exécuter le nouveau monument, appartient désormais à la critique, puisqu’un modèle en relief du nouvel Opéra figure à l’Exposition des beaux-arts, écrit Charles Yriarte. Les besoins sont si compliqués, l’œuvre est d’une telle importance, qu’il faut attendre sa réalisation avant de porter un jugement.»

Une chose est sûre: le bâtiment va en imposer, notamment par ses escaliers. «Plaçons-nous donc dans l’axe du monument faisant face au boulevard des Capucines et à la rue de la Paix, et remarquons l’indication d’une nouvelle voie de communication large et splendide partant du boulevard des Capucines pour aboutir à la façade du Théâtre-Français, en passant par la Butte des Moulins percée indispensable à l’effet du monument et son complément nécessaire», précise l’article. Une percée d’autant plus indispensable qu’elle permet au commanditaire de l’opéra, Napoléon III d’accéder directement à son palais des Tuileries.

D’énormes escaliers

«Quant au plan de l’édifice, quoique les gens du monde ne sachent pas toujours lire un plan, il leur sera cependant facile de se rendre compte des grandes divisions que celui-ci présente, détaille l’article dans un style inimitable. L’arrivée, avec une grande salle des pas perdus et des galeries latérales pour la foule qui attend l’ouverture des guichets; les escaliers, qui ont une importance relativement énorme: celui qui occupe le centre, escalier d’honneur réservé aux abonnés et aux premières loges, escaliers latéraux spacieux et commodes, réservés à ceux des spectateurs qui ont pris leurs places aux guichets.»

À la lecture de l’article, on comprend à quel point Napoléon III s’est impliqué dans le projet puisque «le pavillon de gauche est réservé au service de l’Empereur» et que «le service est compris de telle façon, qu’étant reçue une dépêche importante pendant la représentation, l’Empereur pourrait réunir son conseil des ministres dans son foyer».

On apprend également que «l’administration n’a pas cru qu’un nombre de places excédant deux mille lui fût nécessaire; la salle actuelle contient dix-neuf cents personnes, et ce nombre est en proportion avec les besoins de la population qui fréquente l’Opéra. Pourtant, on pourrait porter à trois mille le nombre des places occupées, sans qu’il en résultât la moindre gêne pour le spectateur.»

96 cm d’espace entre deux rangs de fauteuils d’orchestre

Et du côté du confort de la salle, on peut lire que «d’un rang de fauteuils d’orchestre à un autre, l’architecte a prévu un espace de 96 centimètres» ou encore que Charles Garnier a milité pour la conservation du lustre quand les architectes de l’époque lui préféraient un «immense cercle de feu, «sorte de lentille grossissante qui vous menace et vous atteint de ses rayons.»

Quant au chantier à venir et à son coût, l’article apporte également quelques précisions. «La somme dépensée s’élèvera à 20 millions, et nous pensons que le Gouvernement devrait prolonger le temps de l’exécution plutôt que sacrifier à une économie inadmissible pour une telle œuvre.» Chantier high tech avant l’heure, il met en œuvre «tout un système de chemins de fer avec plaques tournantes pour le montage des pierres sur les murs ; huit machines à vapeur de la force de vingt chevaux fonctionnent tous les jours. Une pierre de 10,000 kilogrammes est montée à 18 mètres de hauteur en six minutes, tandis que la force humaine exigerait cinquante minutes.» Malgré cette aide mécanique, la construction durera près de 15 ans de 1861 à 1875.

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