Il y a 150 ans, Le Figaro se gaussait de la surélévation des toits de Paris

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RETRO IMMO - La surélévation des immeubles, solution d'avenir au manque de logement à Paris ? En septembre 1856 déjà, Le Figaro se moquait de cette frénésie visant à gagner quelques étages supplémentaires.

«La surélévation est la toquade du moment.» Ce n'est pas un opposant d'Anne Hidalgo qui le dit, mais le chansonnier Alexandre Flan qui l'écrit dans les colonnes du Figaro en ce 16 septembre 1856. «L'immeuble qui aujourd'hui, n'a que deux ou trois étages, en comptera bientôt six, voire sept et huit, si les agents voyers (fonctionnaires chargés de la voirie NdlR) le tolèrent», prévoit-il visionnaire.

Et pourquoi donc en est-on arrivé là? «Ce que les percements de rues ont fait perdre en largeur aux maisons, elles veulent le retrouver en hauteur», explique l'auteur. Et de se désoler: «En même temps que la mansarde, la surélévation supprime le grenier. Où chanteront les amoureux? Où mourront les poètes?» Alors même que la maire du IXe arrondissement, Delphine Bürkli, se bat actuellement pour la préservation des toits en zin de la capitale et leur classement au patrimoine mondial de l'Unesco, Alexandre Flan était plus circonspect à l'époque. «La surélévation abolit les toits, écrit-il. Plus de tuile, plus d'ardoises! Partout des terrasses de zinc», craint-il.

L'humour du chansonnier reprend le dessus. «Cette fureur de surélévation s'étend du propriétaire aux autres classes de la société. Le savetier fait faire un premier à son échoppe. L'écrivain public, un belvédère à la sienne. Mon portier vient d'exhausser la cabane de ses lapins (...). Heureusement que cette épidémie n'a pas encore gagné les architectes du gouvernement. Voyez qu'on nous surélève tous les monuments publics? Le Louvre, les Tuileries, l'Hôtel-de-Ville, Notre-Dame, la porte Saint-Martin, les bibliothèques, les casernes, les arcs de triomphe. Ouf! - impossible de respirer dans la capitale. Tout Paris émigre à Montmartre, histoire de se surélever afin d'y chercher un peu d'air.»

Pour lui, pas de doute, cette manie traduit les travers de l'époque. «Nos aïeux qualifiaient la surélévation morale d'une façon toute gauloise, conclut-il. Essayons de la traduire: il ne faut pas chanter plus haut qu'on a... la voix. Bref! la surélévation exagérée, c'est l'écroulement. Nous avons vu s'écrouler de grands hommes. Ne surélevons pas trop, de peur de voir s'écrouler de grandes maisons.» L'avenir nous dira si les 11.000 immeubles parisiens susceptibles d'être surélevés selon l'Atelier parisien d'urbanisme, sont oui ou non le fruit d'une exagération.

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