Il y a 141 ans... la pose de la première pierre du Sacré-Coeur

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RÉTRO IMMO - En 1875, cinq ans après la guerre franco-allemande et 4 ans après le soulèvement de la Commune de Paris, Le Figaro décrit les cérémonies qui marquent le démarrage du chantier de la basilique de Montmartre.

Pour la pose de la première pierre de l’église votive de Montmartre «toutes les rues qui conduisent au sommet de la butte étaient, dès huit heures du matin, garnies d’une double haie de curieux», à en croire l’édition du 17 juin 1875 du Figaro qui décrit les cérémonies de la veille. Aux premières loges, l’archevêque de Paris, Mgr Guibert, en charge de la construction de cette basilique dite du «Vœu National».

«Le clergé de Saint-Pierre-Montmartre vient le recevoir, écrit Le Figaro. «Permettez-nous d’espérer, Monseigneur, dit le curé, que vous serez appelé à couronner l’édifice dont vous venez poser la première pierre.» Il n’en aura pas le temps. Il décède en 1886 alors que l’intérieur de la nef ne sera inauguré qu’en 1891 tandis que le campanile sera achevé en 1912. Conformément à sa volonté, il repose d’ailleurs dans la crypte du Sacré-Cœur et non dans celle de la cathédrale Notre-Dame.

Quinze ou vingt mille personnes dans l’enceinte

«On pénètre, par une véritable brèche, dans l’immense terrain sur lequel va s’élever la basilique du Sacré-Cœur, écrit Alfred d’Aunay. Quel superbe coup d’œil! Quinze ou vingt mille personnes se pressent dans l’enceinte.» Pour cette réalisation qui doit être entièrement financée par des souscriptions, l’archevêque de Paris «remercie les assistants de leur empressement à venir à cette fête et les souscripteurs de leur générosité. Il remercie le souverain pontife, qui «malgré sa pauvreté a envoyé une riche offrande».

Dans son discours, Mgr Guibert «raconte qu’il a craint un instant qu’on voulût faire un fort de Montmartre. Mais il a dit et répété qu’un fort ainsi placé ne serait pas d’un grand secours contre les ennemis du dehors, et que l’église qu’il projetait protégerait là société bien plus efficacement qu’une bastille contre les ennemis du dedans. Il compare Montmartre à la sainte Montagne, «d’où le divin Maître fit entendre sa parole au peuple de Galilée.»

«Enfin Mgr Guibert appelle la bénédiction divine sur tous ceux qui vont travailler à l’édification de ce temple, ou contribuera à réunir les ressources nécessaires à l’achèvement de ce monument du repentir de la France catholique, de cet hommage de son dévouement.» Quant à Mgr Dupanloup, maniant avec dextérité la truelle et le marteau comme le précise l’article, il précise: «je mets beaucoup de mortier car je désire que l’édifice soit bien solide».

Rappelant que ce chantier démarre quelques années à peine après le soulèvement de la Commune, l’article souligne: «On passe auprès d’un terrain vague, sur lequel s’élevait encore, il y a quelques jours, cette sinistre maison de la rue des Rosiers, dans le jardin de laquelle furent fusillés, le 18 mars 1871, les généraux Clément Thomas et Lecomte.» Ces militaires avaient été chargés de chercher les canons de Montmartre avant que le peuple parisien ne s’y oppose.

«Là, des marchands vendent des médailles commémoratives, et des photographies du projet de l’église, décrit encore le journaliste. Un petit étalage de prières imprimées, est adossé à un vieux mur sur lequel est grossièrement dessinée la tête hideuse de la Marianne, coiffée du bonnet phrygien. Ce mur est tout ce qui reste du corps de garde des fédérés, dans lequel un groupe d’atroces coquins s’érigea en tribunal pour condamner à mort les deux premières victimes de l’insurrection.»

Visionnaire, l’auteur de l’article poursuit: «Demain tous ces souvenirs auront disparu. Les ouvriers travailleront gaiement au bel édifice. Les gens du voisinage, qui il y a quatre ans ont peut-être assisté, témoins impassibles, à ces drames sanglants, sont joyeux. On va dépenser de l’argent sur la butte. On va améliorer ce quartier. On fera de bonnes affaires et on commence déjà.»

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