Il y a 136 ans... le boycott est inventé pour punir un agent immobilier

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RÉTRO IMMO - En 1880, Le Figaro évoque les soucis de Charles Boycott en Irlande. Le quotidien s’indigne que la population locale ait inventé une nouvelle forme de protestation contre cet agent immobilier anglais en le mettant totalement à l’écart.

En ce 17 novembre 1880, Le Figaro s’émeut de la situation en Irlande dans ce que le quotidien appelle «L’incident Boycott». Le terme se réfère à Charles Cunningham Boycott (1832-1897), agent immobilier pour le compte d’un riche propriétaire terrien britannique, Lord Erne. Ce dernier possédait de vastes terres dans le comté de Mayo, à l’ouest de l’Irlande. Depuis 1879, les récoltes étaient mauvaises en Irlande et les paysans réclamaient une baisse substantielle de leurs loyers. Alors que Lord Erne leur propose une ristourne de 10%, ils veulent une réduction de 25%, poussés à s’unir dans cette revendication par le leader indépendantiste Charles Parnell. Ce chef de la Ligue agraire souhaite notamment voir l’Irlande se défaire de la tutelle britannique.

Alors forcément, lorsque Boycott, un ancien capitaine de l’armée anglaise, commence à expulser les paysans mauvais payeurs, la population se ligue contre lui dans une nouvelle forme de protestation. «Il y a dans ce moment, à Ballinrobe, petite ville du comté de Mayo, en Irlande, à peu près sept mille hommes de troupes -infanterie, cavalerie et police régulière- qui n’ont d’autre mission que celle de protéger un seul homme, le capitaine Boycott, lequel depuis longtemps tient courageusement tête à la Ligue agraire», écrit Le Figaro.

Paresse, ivrognerie et malpropreté

Suit la description des malheurs de l’agent immobilier: «Le capitaine Boycott fut mis en interdit absolu, aucun ouvrier ne consentit à travailler pour lui, aucun marchand ne voulut lui vendre la moindre provision. Lettres et dépêches furent interceptées et pour sauvegarder sa vie, il ne put sortir de chez lui qu’armé jusqu’aux dents et accompagné d’une escouade d’agents de police.»

Loin de s’émouvoir des rudes conditions de vie des paysans, le quotidien penche clairement du côté des Britanniques. «Si dans l’ouest de l’Irlande, c’est-à-dire dans cette partie du pays où règnent la paresse, l’ivrognerie et la malpropreté à un degré unique dans le monde entier, M. Parnell est tout-puissant, dans le nord où l’Irlandais travaille et paye ses loyers, on s’est ému de la situation du capitaine Boycott. Là, une ligue s’est formée pour lui venir en aide et cinq cents volontaires armés et équipés se sont offerts pour rentrer les moissons qui pourrissaient sur pied.»

Baïonnette au bout du fusil

Évoquant le risque d’incident sanglant, le journaliste poursuit: «C’est un singulier spectacle que celui de ces ouvriers qui se rendent aux champs le revolver à la ceinture, la carabine sur l’épaule, escortés par l’infanterie de ligne en tenue de guerre et portant la baïonnette au bout du fusil. Les habitants du comté de Mayo assistent au défilé et jusqu’à présent se sont bornés à des injures (...). Les provisions pour les hommes, le fourrage pour les chevaux viennent de Dublin; on ne peut rien acheter dans le pays. Le négociant qui vendrait quoi que ce soit serait probablement assassiné, ou au moins le feu serait mis à sa maison. Lorsque la moisson du capitaine Boycott sera terminée, s’il ne quitte pas le pays avec le dernier soldat, on l’a charitablement prévenu qu’il n’aurait pas cinq minutes à vivre.»

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