Il y a 131 ans... une tour en granit de 300 m pour concurrencer la tour Eiffel

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RÉTRO IMMO - En 1885, alors que le projet de Gustave Eiffel pour l’Expo universelle de 1889 venait d’être présenté, Le Figaro s’émerveille devant une audacieuse alternative de tour-phare. Audacieuse mais peu réaliste.

En cette année 1885, les constructions de 300 mètres de haut font rêver les Français. Gustave Eiffel avait présenté il y a peu son monumental projet pour l’Expo universelle de 1889 et voici que l’architecte Jules Bourdais veut frapper un plus grand coup encore avec son projet concurrent. Il rêve d’une tour en granit qui culminerait à 355 mètres grâce à un éclairage monumental de 55 mètres de haut (baptisée «lanterne-soleil» ou «pseudo-lune») fixée à son sommet.

Dans Le Figaro du 7 janvier 1885, Pierre Giffard ne cache pas son enthousiasme dans un article titré «Le rétablissement des Tours... de Babel». «C’est à qui formulera le projet le plus grandiose ou le plus «épatant». M. Eiffel, le grand constructeur de ponts en fer, a imaginé quelque chose «d’épatant», c’est la pyramide de 300 mètres échafaudée tout en fer, dont parlait hier même ici Jean de Paris. On peut dire de ce projet, s’il se réalisait, qu’il réaliserait l’apothéose de la serrurerie. M. Bourdais, qui construisit en 1878 le palais du Trocadéro, vient de mettre au jour un autre projet qui mérite, lui, l’épithète de grandiose.»

Poursuivant sa description, l’auteur rappel que le projet peut évoquer la tour de Pise... «Elle se différencierait de la célèbre tour toscane par une rectitude absolue, et par une élévation telle qu’aucun monument élevé par la main de l’homme n’atteindrait au tiers de sa hauteur. En effet, les tours actuelles du Trocadéro mesurent 60 mètres, les tours Notre-Dame 66 mètres, la grande pyramide de Chéops atteint 142 mètres, la flèche de la cathédrale de Strasbourg 152 mètres, les flèches de la cathédrale de Cologne vont jusqu’à 155 mètres; c’est le nec plus ultra des constructeurs d’autrefois.»

Musée de l’électricité et cure aérothérapiques

Evidemment, les observateurs s’interrogent sur la capacité d’un tel édifice à tenir debout. «M. Bourdais fera, le 23 janvier, à la Société des ingénieurs civils, une communication sur le plan général qu’il se propose de réaliser, ainsi que sur les travaux mathématiques fort originaux auxquels il s’est livré pour arriver à une conclusion pratique, défiant, paraît-il, toute contestation dans la géométrie ou dans l’arithmétique aussi bien que dans là maçonnerie.» L’article nous apprend également que la tour accueillera dans ses soubassements un musée dédié à l’électricité tandis que l’accès au sommet «permettra aux malades de faire à grande hauteur des cures aérothérapiques».

Par ailleurs, la tour devait être entièrement construite en granit («les calculs de M. Bourdais l’autorisant à fonder sur le granit des espérances que tromperaient d’autres matériaux») pour un diamètre total de 30 mètres et un intérieur vide de 18 mètres de diamètre. «Les murs n’auront que deux mètres d’épaisseur à la base et 0,80 mètre au sommet.» Par ailleurs, le vide de la tour serait mis à profit et servirait «comme autrefois le vide de la tour de Pise à faire des expériences scientifiques nouvelles et autrement considérables».

Installée idéalement du côté du Pont-Neuf ou du Carrousel du Louvre, la tour serait accessible par 4 ascenseurs et devrait pouvoir contenir 2000 personnes. Quant au phare géant du sommet, il promet d’éclairer tout Paris tandis que «pour les quartiers un peu éloignés, où l’agglomération des toits intercepterait la lumière venant directement de la tour, l’architecte compte employer une série de miroirs paraboliques qui seront placés sur divers points élevés de Paris, et qui restitueront aux rues la lumière».

Au final, les calculs de l’architecte n’ont pas convaincu le jury sur la faisabilité du projet, notamment du fait du poids du granit employé, et c’est bien sûr le projet présenté par Gustave Eiffel qui a été retenu. La capitale aura néanmoins droit à son phare tournant. A défaut d’éclairer toute la ville comme promis par Jules Bourdais, son faisceau est aujourd’hui visible jusqu’à 80 kilomètres de la tour.

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