Il y a 106 ans... Le Figaro redoutait l'arrivée des gratte-ciel à Paris

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RÉTRO IMMO - Alors qu’à New-York, les tours se multiplient, une commission interministérielle se donne pour mission de préserver la beauté de Paris. Et en 1909, pour Le Figaro, cela passe par une limitation de la hauteur des constructions.

En ce début de XXe siècle, les colonnes du Figaro évoquent régulièrement les «folles constructions», ces immeubles vertigineux qui commencent à pousser en Amérique et à New York en particulier. En l’absence de mot français désignant ces bâtiments, les journalistes retiennent l’expression anglaise skyscraper qu’ils traduisent par «gratte-ciel» voire «gratte-cieux». Ainsi, le 23 août 1904, le quotidien évoque un cyclone ayant fait s’écrouler à Minnéapolis «une de ces maisons d’une hauteur démesurée que l’on appelle en Amérique des gratte-ciel». Le 9 août 1908, il rappelle: le record des «gratte-ciel» appartient actuellement à New- York qui possède une maison haute de 200 mètres pour quarante et un étages.»

Le journal évoque ces constructions avec un mélange de fascination et de dégoût, en écrivant notamment: «En Amérique, il est de ces sky-scrappers (gratte-cieux) géants, dont la monstruosité n’est pas, à en croire Paul Adam, sans quelque grandeur ni sans quelque beauté». Une chose est sûre, ce genre de bâtiment est vu d’un très mauvais œil dans la capitale. Dans son édition du 2 juin 1909, Le Figaro évoque ainsi l’installation d’une «commission interministérielle chargée de centraliser l’action des divers services concernant le maintien des perspectives monumentales de Paris, et de la coordonner en vue de mieux assurer la conservation de la beauté de la capitale.»

Or justement la frénésie de construction de nouveaux immeubles plus haut que leurs aînés jusque dans la capitale française effraie bon nombre d’observateurs. «On détruit la noblesse des perspectives, on rompt les lignes harmonieuses tracées jadis par les architectes, au temps où ils avaient du goût ; autour des monuments les plus purs, les plus amples, les plus majestueux, rôde la menace de ceintures qui les étouffent ou d’écrans qui les masquent, s’inquiète l’auteur de l’article, Georges Bourdon. Des façades classiques, que dessina Mansard, intactes après deux siècles de respect, sont, depuis dix ans, barbouillées d’enseignes commerciales ; des maisons colossales, de ces immeubles que l’on a pittoresquement appelés «gratte-ciel», sont édifiés, à la manière américaine, par de forcenés maçons qui ne se soucient pas de tout ce qu’ils gâtent alentour. Laissons passer une génération, et, si une digue solide n’est opposée par les bons citoyens à la marée des destructeurs, que restera-t-il de la grâce, de la distinction, de l’ampleur harmonieuse, de la majesté de telle ou telle de nos places ou de nos avenues, de tout cela dont la synthèse a fait la beauté de Paris? Il en restera des fragments, et la beauté de Paris sera irrémédiablement dissoute.»

Ministres, préfecture et conseil municipal se renvoient la balle

Dans un long réquisitoire, l’auteur explique pourquoi il est perturbé par ces immeubles dépassant la limite traditionnellement autorisée de 20 mètres et flirtant même avec les 30 mètres. «A ces «gratte-ciel», on reproche de boucher des perspectives, de masquer des monuments, de détruire des harmonies, soigneusement étudiées autrefois et jusqu’ici respectées, écrit-il. On désigne en particulier, à titre d’exemples, certains immeubles que tout le monde connaît place de l’Etoile, rue de Rivoli, place de la Madeleine, avenue de l’Opéra, rue de la Paix rue Daunou, rue de Rennes, rue Castiglione, place de la Concorde, rue Richelieu, etc. Les ministres jurent que, si des fautes ont été commises, ce n’est point leur affaire ; la préfecture de la Seine affirme que tout s’est passé selon la règle ; le Conseil municipal, gémissant qu’on ne l’a pas consulté, incrimine la préfecture.» Plus d’un siècle plus tard, ce ne sont pas 30 mètres mais bien 180 mètres qui devraient être atteints par la tour Triangle si jamais elle finit par se construire.

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  • marcsim5 il y a 12 mois

    visionnaire....mais il faut être pragmatique, personne ne veut des parisiens en dehors de Paris.

  • dotcom1 le lundi 7 déc 2015 à 10:24

    Il suffit de visiter Bruxelles pour voir ce qu'aurait été Paris sans cet article du Figaro.

  • mcarre1 le samedi 5 déc 2015 à 11:36

    Pourquoi le bon sens est il si souvent méprisé? La tour triangle serait monstrueuse , hideuse et un préjudice pour tous les habitats dans son ombre.