"Il faut monétariser la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) !" par Emmanuel de La Ville (Cercle des analystes indépendants)

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Emmanuuel de La Ville, directeur général d'EthiFinance (agence de notation extra financière)
Emmanuuel de La Ville, directeur général d'EthiFinance (agence de notation extra financière)

"Ce qui ne se mesure pas n'existe pas", cet adage réservé aux spécialistes du chiffre - statisticiens, informaticiens, financiers etc. - est en train de s'étendre au concept du développement durable appliqué aux entreprises et à la finance. Encore faut-il se mettre d'accord sur la pertinence de ce que l'on mesure en matière de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). En dépit de la croissance de données extra financières dans les rapports annuels, la mesure reste en effet incomplète voire inopérante, avec comme conséquence que "tout coûte mais tout ne se paye pas". Nous, financiers ou investisseurs devons en effet mieux prendre en compte les externalités que sont les effets externes, positifs ou négatifs, créés sans contrepartie monétaire.

La tentation d'intégrer ces externalités dans l'économie visible ou dans la fiscalité est forte. Mais les récentes levées de bouclier contre l'écotaxe pour le transport routier montrent que le changement d'attitude des individus et des acteurs économiques peut se heurter à des refus forts de payer ce qu'il n'y avait pas lieu de payer auparavant.

Alors regardons de l'autre coté du miroir, passons au positif, pour chercher les bienfaits que les entreprises et les collectivités contribuent à apporter à la société dans son ensemble.

Par exemple, sur le sujet de la rénovation thermique des bâtiments, une étude interne de l'Institut de la Monétarisation (monetarisation.org) montre qu'en intégrant les bienfaits non énergétiques (réduction CO2, santé, confort, emplois, balance commerciale, etc) le temps de retour sur investissement sociétal global est divisé par 4, c'est-à-dire ramené entre 2 à 4 ans.

L'objection peut être que certains de ces bienfaits sont diffus dans le temps : aujourd'hui pour les économies d'énergie, demain pour les bénéfices sur l'éducation des enfants.

Or, la demande des financiers est croissante sur la matérialité, c'est-à-dire sur les enjeux qui ont un impact direct ou indirect sur la capacité de l'organisation à créer, préserver ou éroder de la valeur pour elle-même, pour ses parties prenantes et la communauté toute entière.

Cette recherche de matérialité met en exergue la nécessité pour les financiers et décideurs de valoriser leurs critères ESG : Environnement - Social - Gouvernance.

Pour aller au-delà de la valorisation qualitative des critères ESG, la monétarisation, c'est-à-dire l'attribution d'un prix interne, déterminé conjointement avec les parties prenantes pertinentes (telles que clients, fournisseurs, salariés, riverains, etc), à chaque externalité socio-environnementale, est un bon moyen pour les rendre plus tangibles et mieux les intégrer dans le système de décision des dirigeants d'entreprises et des financiers.

Par exemple, un industriel a monétarisé les risques amont de son approvisionnement en eau, et aval sur les activités économiques liées aux écosystèmes du bassin où sont rejetées ses eaux usées. Cette évaluation a permis de budgéter le traitement et la réutilisation des eaux.

Cette approche permet d'aller vers les évaluations complètes des projets innovants et créateurs de valeurs économiques et sociétales, qui renforceront la compétitivité et la différenciation et donc la résilience des organisations de demain.

Il nous faut changer de paradigme en passant d'une approche de la mesure de l'extra financier type « Best in class » à une celle de « Best in project ». Cela facilitera l'accès aux financements additionnels des projets nécessaires à la transition énergétique, écologique et sociétale, en démontrant qu'ils créent de la valeur et qu'ils sont rentables.

Comme en témoigne l'enquête de l'Institut de la Monétarisation en septembre 2013 sur « comment mettre en oeuvre et financer les nouveaux modèles économiques ? », il y a une vraie demande de la part des acteurs économiques avec plus de 90 % d'entre eux qui souhaitent « matérialiser la globalité des impacts et des bienfaits des organisations sur la communauté dans son ensemble ».

Autant dire que la monétarisation de la RSE est en marche et qu'elle est - à terme - le sens de l'histoire économique et financière.

Emmanuel de La Ville

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d'analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

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  • M5299935 le vendredi 8 nov 2013 à 09:58

    Ils peuvent bien donner toutes les explications qui leurs passent par la tête .... La seule chose qui compte .......NOTRE POUVOIR D'ACHAT ......

  • faites_c le jeudi 7 nov 2013 à 14:27

    "Cette approche permet d'aller vers les évaluations complètes"Non cette approche permet simplement de justifier sur des faits non avérés aujourd'hui des projets qui n'ont aucune justification ni technique ni financière. Cette approche explique aussi la faillite d'un certain nombre de sites qui ont voulu se faire plus beaux que de raison et que la concurrence qui n'a pas suivi en terme d'investissements a pu économiquement étriller!

  • faites_c le jeudi 7 nov 2013 à 14:23

    "...sur le sujet de la rénovation thermique des bâtiments, une étude interne de l'Institut de la Monétarisation montre qu'en intégrant les bienfaits non énergétiques ... le temps de retour sur investissement sociétal global est divisé par 4, c'est-à-dire ramené entre 2 à 4 ans."Sauf que les bienfaits non énergétiques sont des bienfaits putatifs et absolument non démontrés par une quelconque étude scientifique.

  • M8132495 le jeudi 7 nov 2013 à 12:21

    un article lumineux. De La Ville est surement un des meilleurs analystes actuels. Une vision sincere et claire de la situation

  • HP271279 le jeudi 7 nov 2013 à 12:09

    premier adage faux. orgueil et gourmandise de liquidités de la part des financiers. Ils ne savent plus où ils vont.