"Il faudra négocier avec l'Etat islamique", dit un médiateur

le
0

par Alex Whiting LONDRES, 15 décembre (Reuters) - Quand Padraig O'Malley suggère d'essayer de négocier avec les djihadistes de l'organisation Etat islamique, qui a déclaré un califat en Irak et en Syrie, il parle d'expérience. Depuis plus de quarante ans, cet Américano-Irlandais qui enseigne à l'Université de Boston, dans le Massachusetts, a été impliqué dans de nombreuses négociations de paix, d'Irlande du Nord à l'Irak, en passant par l'Afrique du Sud. En Irlande du Nord, il a joué un rôle déterminant dans les préparatifs de l'accord de partage du pouvoir du Vendredi saint, qui a mis fin à 30 ans de guerre civile, en 1998. Dix ans plus tard, en Irak, il a encore été en première ligne pour obtenir la signature à Helsinki, en Finlande, d'un accord de réconciliation entre les communautés chiites et sunnites qui, à défaut de résoudre les problèmes du pays, a temporairement mis fin au bain de sang. Aujourd'hui, que cela plaise ou non, Padraig O'Malley est convaincu qu'il faudra en passer par des discussions pour venir à bout du phénomène djihadiste. "Il faudra trouver un moyen de parler à l'Etat islamique. Il n'est pas possible de simplement l'éliminer. Il réapparaîtrait sous une forme différente", estime ce médiateur chevronné. "Je ne pense pas que l'Occident, ni peut-être qui que ce soit, d'ailleurs, comprenne parfaitement le phénomène de l'Etat islamique et le degré d'attrait qu'il exerce sur les jeunes dans le monde entier", ajoute-t-il. Or, souligne Padraig O'Malley, persuader un groupe armé de négocier avec son ennemi n'est jamais simple. Dans le cas de l'EI, il faudrait selon lui commencer par identifier des intermédiaires proches du groupe - de riches Saoudiens, Qataris ou d'autres Arabes qui le financent, par exemple - pour établir un premier contact. Puis nouer des relations de confiance avec des membres des échelons inférieurs du groupe avant de monter progressivement dans l'organigramme. LONG PROCESSUS Tout cela prend du temps. Beaucoup de temps, rappelle ce vétéran du processus de paix nord-irlandais, qui a duré près de 30 ans. "Une partie de notre problème, en Occident, vient du fait que l'on pense que ces sujets peuvent être résolus rapidement. L'ennui, c'est que les autres ne pensent pas comme nous, ou à tout le moins qu'on sous-estime l'ampleur des divisions entre eux", souligne-t-il en citant l'exemple des musulmans sunnites et chiites. En Irak, où il a mesuré les limites de la réconciliation après l'accord d'Helsinki - "ça n'a pas marché", admet-il, "comme presque tout là-bas à cette époque" -, Padraig O'Malley sait la difficulté de la tâche. Il s'attend d'ailleurs à ce que l'Irak n'existe plus dans ses frontières actuelles d'ici une dizaine d'années en raison, notamment, d'une probable sécession des Kurdes. Mais il voit néanmoins la nomination du Premier ministre Haïdar al Abadi comme une opportunité de réunir à nouveau les signataires de l'accord de réconciliation - les dirigeants actuels et les chefs de tous les partis - pour les mettre devant leurs responsabilités. "J'insisterais sur quelque chose qui est très important pour les Arabes: leur honneur. Allez-vous honorer votre signature ou non?" Padraig O'Malley a un autre conseil, qu'il a lui-même mis en oeuvre en impliquant des négociateurs sud-africains dans le processus de paix en Irlande du Nord, puis des représentants des deux pays dans les pourparlers en Irak: il n'y a pas mieux placé, dit-il, qu'une société divisée pour en aider une autre. (Tangi Salaün pour le service français)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant