Il est urgent d'attendre avant de demander une aide, dit Madrid

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par Fiona Ortiz

MADRID (Reuters) - L'Espagne est prête à repousser tranquillement sa demande d'aide internationale pendant des semaines, voire des mois, en attendant la levée des obstacles politiques en Allemagne, ainsi que des précisions sur le plan de rachat d'obligations souveraines de la BCE, selon des analystes et des sources.

Entretemps, le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy s'attelle à réformer le marché du travail et favoriser la mise en place de l'Union bancaire européenne, qui contribuerait à rétablir la confiance dans le secteur bancaire du pays.

Les coûts d'emprunt espagnols ont atteint des pics en juillet, le rendement de l'obligation souveraine à 10 ans ayant alors atteint le seuil de 7% jugé intenable à long terme, mais ils sont nettement retombés depuis la présentation par le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi d'un programme d'achats d'obligations des États en difficulté.

Madrid doit présenter sa demande de plan de sauvetage à l'Europe pour déclencher les rachats d'obligations de la BCE.

Vu le niveau de son endettement, le gouvernement espagnol estime toujours que cette démarche est inévitable, mais la pression des marchés est moins forte maintenant que les investisseurs savent que la BCE se tient dans les coulisses.

INFINIE PATIENCE

Berlin de son côté à envoyé des messages clairs incitant Madrid à l'attentisme, dans la mesure où la chancelière Angela Merkel est réticente à présenter à son Parlement une nouvelle demande d'aide, soulignent des responsables de la zone euro.

Des sources proches de Mariano Rajoy ajoutent qu'il souhaite également que la BCE soit plus précise quant au but qu'elle poursuit avec son programme de rachats. L'idée est-elle d'éviter que des phases de volatilité reviennent régulièrement ou bien de définir un niveau raisonnable de la prime de risque sur la dette espagnole? disent-ils.

"On y viendra, avec une action de la BCE, mais la BCE est encore en train de concevoir cet instrument de façon plus précise", souligne une source proche du gouvernement. "Les marchés ont compris que nous disposions de l'extincteur. Nous verrons comment les choses évoluent dans les semaine à venir."

Des problèmes pour la Grèce, une nouvelle envolée des rendements espagnols ou un abaissement de la note de la dette espagnole au statut 'junk' (rang spéculatif) pourraient accélérer le processus, mais pour l'instant Madrid ne voit pas d'inconvénient à prendre son temps, précise la source.

Les dirigeants politiques espagnols estiment qu'il serait plus risqué d'avancer rapidement sans être assuré du soutien de l'Allemagne, que de repousser la demande d'aide internationale.

En attendant, ils estiment que les choses avancent dans la bonne direction. Les critiques vis-à-vis du plan de Mario Draghi par exemple se sont calmées après les objections virulentes exprimées par Jens Weidmann, membre du conseil des gouverneurs de la BCE, qui dirige la Bundesbank allemande.

"Nous pensons que la période actuelle d'indécision pourrait durer pendant plusieurs mois en l'absence d'évènement (déclencheur)", écrit Alex White, économiste chez JP Morgan in London, dans une note de recherche.

L'économiste ne voit rien venir non plus qui soit susceptible de changer la position de Berlin, qui souhaite éviter de faire voter le Bundestag sur l'Espagne à court terme. Il y a aussi la personnalité de Mariano Rajoy à prendre en compte. "Rajoy a une patience infinie pour supporter la tension là où d'autres craqueraient", souligne une banquier en Espagne.

Juliette Rouillon pour le service français, édité par Wilfrid Exbrayat

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