Huit policiers tués à Koumanovo, dans le nord de la Macédoine

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(Actualisé, 14 "terroristes" tués) par Matt Robinson KOUMANOVO, Macédoine, 10 mai (Reuters) - Des tirs sporadiques ont encore retenti dimanche matin dans un faubourg albanophone de la ville de Koumanovo, dans le nord de la Macédoine, après une journée de combats samedi entre les forces de sécurité et un groupe armé. Le calme est revenu dimanche en début d'après-midi. Les affrontements ont fait huit morts et 37 blessés parmi les policiers, a annoncé lors d'une conférence de presse le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Ivo Kotevski, qui a également fait état de 14 "terroristes" tués. Aucun mort n'est à déplorer parmi la population civile, a-t-il dit. La région de Koumanovo, à une quarantaine de kilomètres au nord de la capitale Skopje, a été le théâtre d'affrontements entre forces gouvernementales et séparatistes albanophones en 2001. Depuis, le gouvernement a accusé des groupes armés venus du Kosovo de mener des incursions en territoire macédonien. Fin avril, des hommes vêtus d'uniformes de l'ex-Armée de libération du Kosovo (UÇK) avaient retenu des policiers en otage pendant plusieurs heures dans le nord du pays. Le gouvernement macédonien a décrété deux jours de deuil national et le président Gjorge Ivanov, qui a écourté samedi sa visite à Moscou pour le 70e anniversaire de la capitulation nazie, a convoqué une réunion du conseil de sécurité nationale, à laquelle l'opposition et les principaux partis albanophones ont été invités. Les forces spéciales de la police appuyées par des véhicules blindés et des hélicoptères sont intervenues samedi à l'aube contre "un groupe armé" non identifié qui préparait des "actes terroristes" et s'était infiltré en Macédoine à partir d'un pays voisin, a dit le ministère de l'Intérieur. "DIVERSION" Des habitants chargés de sacs ont fui samedi le secteur, parfois escortés par des policiers. "Je ne pensais pas que cela allait recommencer", a dit un albanophone interrogé par la télévision macédonienne, faisant allusion aux violences de 2001. "C'est terrifiant, je ne peux pas rester ici." Les Albanais de souche représentent un tiers des deux millions de Macédoniens et leurs relations avec les Slaves, majoritaires, restent tendues depuis le conflit de 2001. Mais la Macédoine traverse également une crise politique, l'opposition sociale-démocrate accusant le gouvernement d'abus de pouvoir. Des manifestants qui réclamaient la démission du Premier ministre conservateur Nikola Grouevski ont affronté la police cette semaine et l'opposition veut organiser de grandes manifestations le 17 mai. Le dirigeant de l'opposition Zoran Zaev a accusé samedi le gouvernement de vouloir créer une "diversion" en lançant une opération de police à Koumanovo. "Je demande à Nikola Grouevski d'expliquer sans attendre qui cherche à déstabiliser la Macédoine, pourquoi et dans quel but", a-t-il dit. "Ce sombre scénario va échouer car les citoyens savent à qui il profite." Des habitants albanophones de Koumanovo ont également contesté la version du gouvernement. "C'est une pure manipulation", a estimé l'un d'eux, Elham Mourad, un chômeur de 40 ans. "C'est un coup de Grouevski qui veut faire oublier les attaques et les révélations de Zaev." (Avec Kole Casule à Skopje, Guy Kerivel pour le service français)

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