Huit ans requis pour un présumé djihadiste breton

le , mis à jour à 19:21
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PARIS, 5 mai (Reuters) - Le parquet de Paris a requis mardi huit ans de prison à l'encontre d'un djihadiste présumé de 60 ans, arrêté en avril 2013 au Nord-Mali et accusé d'avoir participé à la propagande d'Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), à des entraînements armés et à une opération militaire dans le centre du pays. Le Breton Gilles Le Guen, converti à l'islam avant ses 30 ans, a été signalé début 2013 à la justice après la diffusion d'un reportage télévisé sur les Français au sein d'AQMI à Tombouctou. Fin avril de la même année, il était arrêté par l'armée française dans le nord du Mali puis expulsé vers la France. Individu à la personnalité "peu ordinaire" selon l'expert psychiatre qui l'a examiné -- il se définit lui-même comme un "marginal" --, ce père de huit enfants, ancien capitaine de la marine marchande attiré par la vie nomade, a vécu successivement au Maroc, en Mauritanie et au Mali. En juin 2012, il a rejoint les rangs d'AQMI à Tombouctou, selon l'accusation. "Un paumé qui devient terroriste", selon les mots du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. "Même si à un moment j'ai eu un certain enthousiasme, j'ai vite fait marche arrière", a déclaré mardi Gilles Le Guen devant le tribunal correctionnel de Paris. Le Nantais reconnaît s'être "investi" deux mois auprès d'AQMI, mais assure avoir voulu -- en vain -- s'en éloigner après s'être rendu compte que l'organisation "n'avait rien à proposer au peuple". "Je n'embrasse pas leur façon de voir l'islam", a-t-il dit. Une explication qui n'a pas convaincu le procureur, pour qui sa participation "multiforme et intensive" à l'organisation est avérée, tant sur le plan intellectuel que matériel. Il encourt jusqu'à dix ans de prison. Dans une vidéo diffusée en septembre 2012 à la télévision française, Gilles Le Guen déambule dans les rues de Tombouctou une kalachnikov à la main. "Je voulais être armé au cas où ma famille serait menacée", s'est-il justifié devant le tribunal. Un mois plus tard, il apparaît devant un drapeau noir d'AQMI dans une vidéo de onze minutes diffusée sur un site d'information mauritanien, où il rend hommage à Ben Laden et met en garde la France contre une intervention militaire au Mali. "Quand je relis le texte de la vidéo, moi-même je suis un peu choqué", a-t-il déclaré au premier jour d'audience, reconnaissant toutefois son admiration pour Ben Laden, "comme il y a des jeunes qui ont une admiration pour Che Guevara." Accusé d'avoir participé, en mars 2013, à l'offensive d'AQMI sur la ville de Diabali, au nord de Bamako, celui qui se faisait appeler Abdel Jelil reconnaît sa présence sur le théâtre des opérations, mais souligne ne pas avoir pris part aux combats. Il a été approché par la Cour pénale internationale dans le cadre d'une procédure sur des soupçons de crimes contre l'humanité au Nord-Mali et a accepté d'être entendu comme témoin, a indiqué son avocat. (Chine Labbé)

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