Hôtels : la nuitée à 150 euros taxée ?

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Pour compenser l'abandon de la taxation des parcs à thème, les députés qui se réunissent mardi envisagent une nouvelle taxe sur l'hôtellerie de luxe.

La commission des finances de l'Assemblée nationale a adopté mercredi un amendement supprimant le relèvement du taux de TVA dans les parcs de loisirs à theme. Puis, samedi, Jean-Pierre Raffafin a affirmé que le chef de l'État avait renoncé à cette mesure. Si les professionnels du secteur, et les élus locaux - Jean-Pierre Raffarin et Philippe de Villiers en tête, se sont réjoui, le gouvernement se retrouve quant à lui avec un trou de 90 millions d'euros - gain escompté avec cette hausse de TVA - dans les nouvelles recettes prévue par le plan de rigueur. Il y a en effet peu de chance que la mesure soit rétablie mardi par les parlementaires réunis en session extraordinaires.

Or le gouvernement a été clair: toute mesure supprimée doit être compensée. Interrogé ce dimanche au Grand rendez-vous Europe 1-Le Parisien/Aujourd'hui en France-i-Télé, le ministre du Travail Xavier Bertrand a qualifié la semaine à venir de «semaine des autres choix». Présent à la clôture du Campus UMP à Marseille, le premier ministre François Fillon a assuré que «rien n'est tabou et rien n'est abandonné» dans le plan d'économie. «Le gouvernement est ouvert aux critiques et aux amendements à condition qu'ils ne mettent en cause ni le volume des efforts, ni leur équilibre», a-t-il précisé.

De 0 à 14%

Le rapporteur général du Budget, le député UMP Gilles Carrez travaille donc sur une mesure qui toucherait cette fois-ci l'hôtellerie de luxe, soit les quatre, cinq étoiles et les palaces de France. Depuis les années 1960, le secteur bénéficie d'un taux de TVA à 5,5%. Une niche qui a coûté 930 millions d'euros cette année à l'État. D'où l'idée de soumettre l'hôtellerie de luxe au taux normal de TVA à 19,6%.

Pour des raisons de compatibilité européenne, la création d'une taxe forfaitaire est désormais envisagée. Le député devrait déposer un amendement ce lundi en fin de journée. Celui-ci prévoit que la taxe serait dûe dès lors que le prix des chambres excède 150 euros par nuit. Elle serait progressive, de 0 % à 14 %, entre 150 euros et 300 euros la nuitée ; elle serait fixe, à 14 %, pour un prix supérieur à 300 euros la nuitée.

Politiquement intéressant

La taxation de l'hôtellerie de luxe est jugée politiquement intéressante par certains parlementaires, alors que la taxe sur les hauts revenus, qui sera examinée à l'automne, a été tournée en ridicule par l'opposition et n'est pas assez élevée au goût de certains ténors de la majorité. Mais les professionnels ne sont pas du même avis. Pour Jacques Borel, consultant-lobbyiste, la mesure reviendrait à se «tirer une balle dans le pied».

Le secrétaire d'Etat au Tourisme, Frédéric Lefebvre est du même avis. Il a déclaré vendredi à l'AFP être opposé à toute mesure qui surtaxerait l'hôtellerie de luxe, et qui «porterait un coup à la compétitivité» de l'offre touristique française. «Je suis défavorable à toute mesure qui surtaxerait l'hôtellerie de luxe car c'est justement la qualité et la montée en gamme qui ont sorti le secteur de la crise», a-t-il affirmé. Quant au Synhorcat , syndicat de la profession, il rappelle qu'une taxe de 33% entre 1981 et 1994 sur les hôtels 4 étoiles de l'époque, contre 7,5% pour le reste de l'hôtellerie, avait abouti à ce que «beaucoup de ces hôtels» se déclassent «pour échapper à la hausse de TVA». Dans Le Parisien-Aujourd'hui en France, le directeur du Plaza Athenée exprimait ce week-end sa crainte de voir ses clients aller vers d'autres capitales moins chères comme en Italie ou en Espagne.

Valérie Pécresse, qui fera ses premières armes de ministre du Budget dans l'hémicycle mardi, dit «respecter» le débat parlementaire. Mais celui-ci ne devrait pas s'éterniser afin que tout soit bouclé avant les élections sénatoriales du 25 septembre.

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