Hôpital afghan de MSF-Pas un crime de guerre pour les USA

le , mis à jour à 23:28
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 (Complète réaction de MSF) 
    par Idrees Ali 
    WASHINGTON, 29 avril (Reuters) - Le bombardement par 
l'aviation américaine d'un hôpital tenu par Médecins sans 
frontières (MSF) à Kunduz, l'an dernier en Afghanistan, n'est 
pas assimilable à un crime de guerre et s'explique par une 
succession d'erreurs, conclut un rapport d'enquête militaire 
présenté vendredi par le Pentagone.  
    Quarante-deux personnes ont été tuées et 37 autres blessées 
dans la destruction de l'établissement le 3 octobre dernier dans 
la ville du nord de l'Afghanistan. 
    "L'enquête a conclu que certains membres du personnel 
n'avaient pas respecté les règles de l'engagement et le droit 
des conflits armés. Cependant, l'enquête n'en conclut pas que 
ces manquements constituent un crime de guerre", a déclaré à la 
presse le général Joseph Votel, commandant de l'US Central 
Command, le Commandement central américain qui couvre notamment 
le Moyen-Orient.  
    L'officier a expliqué qu'il ne s'agissait pas d'un crime de 
guerre parce qu'aucun militaire ne savait qu'un hôpital était 
visé. Selon les conclusions de l'enquête, l'incident a été causé 
par des "erreurs humaines non intentionnelles, des erreurs de 
procédure et des défauts d'équipement".  
    Le rapport ajoute la fatigue et "un rythme élevé 
d'opérations" comme autres facteurs explicatifs.  
    Dans un rapport d'enquête préliminaire diffusé en novembre, 
le Pentagone avait dit que les forces américaines avaient cru 
prendre pour cible un autre bâtiment de la ville en raison d'un 
problème technique du système de cartographie embarqué dans 
l'appareil qui a mené l'attaque, un AC-130. 
     
    INCOMPRÉHENSIBLE 
    Réagissant à la publication du rapport, la présidente de MSF 
Meinie Nicolai a déclaré qu'il revenait à reconnaître "qu'une 
opération militaire hors contrôle aurait été menée dans une zone 
urbaine densément peuplée, lors de laquelle les forces 
américaines ne seraient pas parvenues à suivre les règles de 
base de la guerre".  
    "Il est incompréhensible que dans les circonstances décrites 
par l'armée américaine, l'attaque n'ait pu être avortée", 
a-t-elle ajouté.  
    Le général Votel a déclaré que des indemnités avaient été 
versées à 170 individus et familles, à raison de 6.000 dollars 
par personne tuée et 3.000 dollars par blessé, et qu'une somme 
de 5,7 millions de dollars avait été approuvée pour reconstruire 
l'hôpital de MSF.  
    Jeudi, à la veille de la publication du rapport, le 
gouvernement américain avait fait savoir que seize militaires, 
dont un général, avaient écopé de sanctions disciplinaires, 
allant de la suspension à des lettres de réprimande. Cinq 
d'entre eux, qui sont revenus aux Etats-Unis, font l'objet 
d'investigations menées par le général Votel. 
    MSF a jugé que ces sanctions étaient trop faibles, "hors de 
proportion avec la destruction d'une installation médicale 
protégée".  
    "Il est inenvisageable pour nous de renvoyer nos équipes 
-dont les collègues qui ont survécu à l'attaque - travailler à 
Kunduz sans avoir obtenu des parties au conflit qu'elle 
s'engagent à tout mettre en œuvre pour que ce type d'événement 
n'arrive plus", a encore déclaré Meinie Nicolai. 
    L'organisation a réclamé par le passé une enquête 
indépendante et douté que les raids sur son hôpital aient été 
une erreur.  
    "L'attaque a eu lieu malgré le fait que MSF ait fourni les 
coordonnées GPS de l'hôpital à la coalition et aux autorités 
militaires et civiles afghanes, pas plus tard que le jeudi 29 
septembre. L'attaque s'est poursuivie plus de 30 minutes après 
que nous avons alerté les autorités militaires américaines et 
afghanes à Kaboul et à Washington que l'hôpital était frappé", 
avait déclaré l'ONG en décembre dernier.  
 
 (Jean-Stéphane Brosse pour le service français) 
 
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