Hong Kong reste mobilisé, les cérémonies n'ont pas dégénéré

le
0

* Pas d'incident lors du 65e anniversaire de la République populaire de Chine * Les contestataires exigent le départ du chef de l'exécutif local * Pékin demeure intransigeant, dénonce un mouvement qui recherche la confrontation * Le dernier gouverneur britannique suggère des "consultations véritables" par Donny Kwok et Irene Jay Liu HONG KONG, 1er octobre (Reuters) - Les commémorations du 65e anniversaire de la proclamation de la République populaire de Chine n'ont pas dégénéré mercredi à Hong Kong, où des milliers de manifestants continuent d'occuper les rues de plusieurs quartiers et menacent d'amplifier la contestation s'ils n'obtiennent pas gain de cause. Certains manifestants redoutaient en cette journée forte en symbole une nouvelle intervention des forces de police. Mais celles-ci sont restées en retrait et les chefs de file de la contestation ont veillé à ce qu'aucune provocation ne trouble les cérémonies officielles. Depuis les violents heurts survenus ce week-end, la police anti-émeute se tient à l'écart. En début de journée, les drapeaux de la Chine et de Hong Kong ont été hissés sans incident sur la place Bauhinia, au bord de Victoria Harbour, près de laquelle quelques centaines de manifestants s'étaient rassemblés. Certains contestataires ont sifflé lorsqu'a retenti l'hymne national. "Nous ne célébrons pas le 65e anniversaire de la Chine. Face à l'agitation politique à Hong Kong et les persécutions continues contre les défenseurs des droits de l'homme en Chine, je pense que cette journée n'est pas celle des célébrations, mais un jour de tristesse", a commenté Oscar Lai, porte-parole d'un groupe d'étudiants. En fin de journée, aucun incident n'avait été signalé et, comme les jours précédents, le nombre de manifestants présents dans les rues de plusieurs quartiers de la ville, en majorité des étudiants, a de nouveau gonflé. LE POUVOIR JOUE LA MONTRE Fédérés par le mouvement Occupy Central créé en janvier 2013, les contestataires réclament des élections libres et la démission de Leung Chun-ying, au pouvoir depuis 2012. "Nous accentuerons nos actions si CY Leung ne démissionne pas", a prévenu Lester Shum, un des leaders du mouvement étudiant. "Je pense que le gouvernement essaie de gagner du temps. Ils sont prêts à recourir à certaines manoeuvres, comme infiltrer des individus pour créer le chaos et avoir une bonne raison de disperser la foule", a-t-il ajouté. Face à ce mouvement sans précédent depuis la rétrocession de l'ancienne colonie britannique, en 1997, les autorités chinoises sont confrontées à un dilemme: une répression trop violente inquiéterait les investisseurs sur le marché hongkongais, l'une des plus importantes places financières d'Asie, tandis qu'une absence de fermeté pourrait inspirer des mouvements similaires sur le continent. Leung Chun-ying, qui est apparu tout sourire lors des cérémonies d'anniversaire, répète que Pékin ne cédera pas aux exigences des manifestants, qui réclament un véritable suffrage universel avec liberté de choix des candidats, et assure qu'il n'aura pas besoin d'appeler l'Armée populaire de libération pour seconder la police du territoire. Au sein de l'exécutif de la région administrative spéciale, on rapporte que Leung et ses conseillers seraient enclins à assouplir leur approche de la situation. "Cela prendra peut-être une semaine, un mois. Nous n'en savons rien. Mais à moins d'une situation chaotique, nous n'enverrons pas la police anti-émeutes", dit cette source. "AU FINAL, ILS ASSUMERONT LES CONSÉQUENCES DE LEURS ACTES" Depuis sa restitution à la Chine, après 156 ans de présence britannique, le territoire de Hong Kong est administré selon le principe "un pays, deux systèmes" qui garantit un "haut degré d'autonomie" et le maintien de libertés civiques sans commune mesure avec la situation en Chine continentale. (voir ID:nL6N0RU1SL ) Dans un éditorial au ton très ferme publié mercredi, le Quotidien du peuple, l'organe officiel du Parti communiste, affirme que les organisateurs d'Occupy Central recherchent la confrontation. "Voilà qu'une poignée d'individus sont enclins à contester la loi et à déclencher des troubles. Au final, ils assumeront les conséquences de leurs actes", ajoute-t-il. Le gouvernement central de Pékin, qui censure les informations en provenance de Hong Kong et les commentaires d'internautes, veut éviter par-dessus tout une "contagion" du mouvement. D'après des organisations de défense des droits de l'homme, un certain nombre de militants soutenant sur le continent la "révolution des parapluies" des contestataires hongkongais ont été arrêtés ou ont fait l'objet de pratiques d'intimidation. En Grande-Bretagne, où le gouvernement suit avec inquiétude l'évolution de la situation, le dernier gouverneur britannique du territoire, Chris Patten, a proposé l'ouverture de "consultations véritables". "Le dialogue doit remplacer les grenades lacrymogènes et le gaz au pouvoir", a-t-il dit mercredi au micro de la BBC. "Afin que Pékin et le gouvernement de Hong Kong sauvent la face, je pense que la chose à faire serait d'entamer une nouvelle période de consultations, de consultations véritables, car il y a beaucoup de modérés dans le camp pro-démocrate", a-t-il ajouté. La contestation a enflé après l'officialisation, fin août par le Parlement chinois, des règles qui encadreront l'élection du prochain chef de l'exécutif de Hong Kong. Au lieu de candidatures libres réclamées par les pro-démocrates, les électeurs hongkongais devront choisir entre quelques candidats "patriotes" sélectionnés par une commission nommée par les autorités. (avec James Pomfret, Clare Baldwin, John Ruwitch et Twinnie Siu à Hong Kong et et Stephen Addison à Londres; Pierre Sérisier et Henri-Pierre André pour le service français; édité par Eric Faye)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant