Homs sous le feu, la communauté internationale se déchire

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LA VILLE SYRIENNE DE HOMS À NOUVEAU BOMBARDÉE
LA VILLE SYRIENNE DE HOMS À NOUVEAU BOMBARDÉE

par Dominic Evans

BEYROUTH (Reuters) - Des affrontements meurtriers se sont poursuivis lundi en Syrie dans la ville de Homs, alors que la communauté internationale se déchire sur l'attitude à adopter face à Bachar al Assad après le veto des Russes et des Chinois à l'Onu.

A Homs, théâtre d'une vaste offensive depuis la semaine dernière, les forces syriennes ont repris leurs bombardements au petit matin, tuant 50 personnes dans plusieurs quartiers de la ville, rapportent des activistes.

"Le décompte que nous avons reçu de la part de différents militants à Homs depuis le début des bombardements ce matin à six heures est de 50 (tués), surtout des civils", a déclaré à Reuters Catherine al Talli, membre du Conseil national syrien.

"Le régime se comporte comme s'il était à l'abri d'une intervention internationale et qu'il avait les mains libres pour faire usage de la violence contre le peuple", a-t-elle ajouté.

L'Observatoire syrien pour les droits de l'homme (OSDH), basé en Grande-Bretagne, dit avoir les noms de 43 des victimes des bombardements de lundi à Homs, au cours desquels les gouvernementaux auraient utilisé des lance-roquettes multiples.

La presse officielle syrienne parle de mise en scène et affirme que ce sont les insurgés qui tirent au mortier sur la ville. La télévision fait état de six morts parmi les forces de sécurité et de "dizaines de terroristes" tués.

A Zabadani, ville tenue par les insurgés près de la frontière libanaise, un bombardement a fait trois morts lundi matin, selon l'opposition.

De nombreuses voix comparent le veto russo-chinois, qualifié de "grave erreur de jugement" par le secrétaire au Foreign Office, William Hague, à un blanc-seing donné par Moscou et Pékin à la répression menée par le régime de Bachar al Assad.

RISQUE DE GUERRE CIVILE

Londres a rappelé pour consultations son ambassadeur à Damas.

"Avec ce veto, deux pays ont pris la responsabilité de la poursuite de la violence et du bain de sang", a dit un porte-parole du gouvernement allemand. "Le président Assad n'a plus rien à faire à la tête de son pays. Nous l'appelons à ouvrir la voie à une transformation pacifique en Syrie", a-t-il ajouté.

La Ligue arabe, à l'origine du projet de résolution du Conseil de sécurité, a de son côté mis en garde contre le risque d'une "guerre civile".

"Nous suivons avec une grande anxiété et beaucoup d'exaspération le développement de la situation en Syrie, l'escalade des opérations militaires à Homs et dans les zones rurales autour de Damas, ainsi que le recours de l'armée syrienne aux armes lourdes contre des civils", souligne dans un communiqué le secrétaire général de la Ligue arabe.

Cette escalade, conclut Nabil Elarabi, réunit les "conditions d'une dérive vers la guerre civile".

La mise en garde de l'organisation panarabe, qui a suspendu le 28 janvier sa mission d'observation en Syrie, fait écho à l'annonce de la constitution par des déserteurs de l'armée syrienne d'un "Conseil suprême révolutionnaire" visant à "libérer" la Syrie.

Cet organe, destiné à remplacer l'Armée syrienne libre, est présidé par le général Moustafa Ahmed al Cheikh, plus haut gradé parmi les déserteurs, qui s'est exilé en Turquie.

Face à la dégradation de la situation, les Etats-Unis ont annoncé la fermeture de leur ambassade à Damas, mais Barack Obama a une nouvelle fois plaidé pour un règlement pacifique de la crise.

"Je pense qu'il est très important pour nous d'essayer de résoudre cela sans recourir à une intervention militaire extérieure et je pense que c'est possible", dit le président américain dans un entretien diffusé par la chaîne NBC.

HYSTÉRIE OCCIDENTALE"

Cette déclaration du chef de la Maison blanche semble avant tout destinée à rassurer Moscou et Pékin, qui se sont employées lundi à justifier leur veto par une volonté de ne pas "prendre parti" dans le conflit.

Mais selon des analystes, cette position est surtout motivée par la crainte des deux pays de voir se reproduire le scénario libyen, où ils accusent les Occidentaux d'avoir outrepassé le mandat de l'Onu en intervenant militairement.

Attendu à Damas pour une mission de médiation, le ministre russe des Affaires étrangères a haussé le ton contre les condamnations occidentales

"Certaines des déclarations que l'on entend en Occident à propos du résultat du vote au Conseil de sécurité des Nations unies sont, il me semble, inappropriées, à la limite de l'hystérie", a déclaré Sergueï Lavrov.

Selon lui, le refus des pays occidentaux de repousser le vote de la résolution montre qu'il était plus important pour eux "de pouvoir rejeter la faute sur quelqu'un plutôt que de parvenir à un consensus au Conseil de sécurité, qui était pourtant tout à fait réalisable".

Sergueï Lavrov a eu un entretien téléphonique lundi avec le secrétaire général de la Ligue arabe. Nabil Elarabi a ensuite dit à Reuters que les Russes pensaient que leur initiative diplomatique, dont rien n'a filtré, pouvait mettre fin à la crise.

Un rapprochement des positions des pays membres du Conseil de sécurité devait être au coeur d'un entretien téléphonique qu'auront dans les prochains jours le président français Nicolas Sarkozy, qui a dénoncé le "scandale" de la répression en Syrie, et son homologue russe Dmitri Medvedev.

Tangi Salaün et Guy Kerivel pour le service français

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