Homs à nouveau pilonné, au moins 80 morts

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par Khaled Yacoub Oweis et Erika Solomon

AMMAN (Reuters) - Les forces de sécurité fidèles au régime de Bachar al Assad ont pilonné la ville de Homs, dans le centre de la Syrie, mercredi tuant plus de 80 personnes, dont deux journalistes occidentaux, le Français Rémi Ochlik et l'Américaine Marie Colvin.

Ces bombardements marquent une nouvelle escalade de la violence alors que l'armée mène une offensive depuis le 3 février pour vaincre l'insurrection lancée il y a près d'un an.

Selon des groupes d'opposants, une soixantaine de corps, incluant des combattants de l'opposition et des civils, ont été retrouvés dans les environs du quartier de Bab Amro après des bombardements durant l'après-midi. Un peu plus tôt dans la journée, 21 personnes avaient été tuées lors de tirs.

"Des hélicoptères ont effectué une mission de repérage, puis le bombardement a commencé", a dit à Reuters l'opposant Abou Abei. Des images diffusées par des groupes d'opposition montrent des bâtiments éventrés, des artères désertes et des médecins tentant de soigner des civils.

Des habitants craignent que Homs ne subisse le même sort que Hama il y a trente ans, lorsqu'une rébellion avait été matée dans le sang par Hafez al Assad, le père de Bachar, faisant 10.000 morts.

"Le président Assad veut que la situation de Homs soit réglée dimanche pour préparer le référendum constitutionnel. Ensuite, il s'occupera d'Idlib", a déclaré à Beyrouth une source libanaise proche du gouvernement syrien à Reuters.

Mercredi matin, des obus ont visé à Homs la maison dans laquelle se trouvaient des journalistes, dans le quartier de Bab Amro, et qui servait de centre de presse.

A la suite de la nouvelle de la mort des deux reporters, le ministère syrien de l'Information a demandé aux journalistes étrangers travaillant illégalement dans le pays à se faire connaître "pour régulariser leur situation".

ARMER L'INSURRECTION

Dans le nord de la Syrie, des soldats et des miliciens soutenant Assad ont mené une série de raids contre plusieurs villages tuant 27 jeunes gens, dit un groupe d'opposants.

Les jeunes gens, tous des civils, ont été pour la plupart abattus de balles dans la tête ou dans la poitrine alors qu'ils se trouvaient chez eux ou dans la rue dans les villages d'Idita, d'Ibline et de Balchone dans la province d'Idlib proche de la frontière avec la Turquie, rapporte le Réseau syrien pour les droits de l'homme.

Ces attaques interviennent au moment où les Etats-Unis, n'étant pas parvenus à faire sanctionner le gouvernement syrien par le Conseil de sécurité de l'Onu, ont pour la première fois laissé entendre qu'ils pourraient armer les insurgés en lutte contre le régime d'Assad.

Cette hypothèse semble correspondre à une inflexion de la position de Washington, qui a toujours dit jusqu'ici que fournir des armes à l'opposition ne faisait pas partie de sa politique.

La secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, doit rencontrer vendredi à Tunis les représentants de 70 pays et organisations pour la première réunion des "Amis de la Syrie" afin de coordonner les prochaines initiatives de la communauté internationale face à la répression

Les analystes politiques estiment qu'un soutien tacite américain aux rebelles armés syriens constitue une stratégie risquée de l'escalade compte tenu de la complexité de la situation ethnique et religieuse dans le pays.

CESSEZ-LE-FEU POUR L'AIDE ?

Le Conseil national syrien (CNS), opposé au président Assad, a fait savoir mercredi qu'il commençait à envisager une intervention militaire comme l'unique solution pour mettre fin aux violences qui durent depuis près d'un an dans le pays.

"Nous sommes vraiment tout près de considérer cette intervention militaire comme la seule solution. C'est un choix entre deux maux, l'intervention militaire et la persistance de la guerre civile", a dit Basma Kodmani, haut responsable du CNS lors d'une conférence de presse à Paris.

Sur le front humanitaire, le Comité international de la Croix-Rouge a annoncé poursuivre ses efforts en vue d'obtenir un cessez-le-feu immédiat en Syrie pour permettre de venir en aide aux civils piégés par les combats et les bombardements.

"La situation est difficile et nous craignons qu'elle ne se détériore", a déclaré à Reuters TV la porte-parole du CICR, Carla Haddad. "Tout le monde a les yeux braqués sur Homs mais il ne faudrait pas ignorer ce qui se passe ailleurs".

Le CICR est la seule organisation humanitaire internationale disposant de personnel d'aide qui livre de l'eau, des vivres et des médicaments dans tout le pays.

La Russie, un des derniers pays alliés du régime, a demandé au gouvernement syrien de garantir un accès sûr aux convois d'aide humanitaire qui tentent de prêter assistance aux civils. Moscou dit travailler sur ce dossier avec les autorités syriennes, les responsables de l'opposition et le CICR.

avec Service France à Paris, Jean-Loup Fiévet, Pierre Sérisier et Benjamin Massot pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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