Hommages de Tutsi à Simbikangwa, accusé de complicité de génocide

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DES TUTSIS PROTÉGÉS PAR PASCAL SIMBIKANGWA, ACCUSÉ DE GÉNOCIDE, TÉMOIGNENT EN SA FAVEUR
DES TUTSIS PROTÉGÉS PAR PASCAL SIMBIKANGWA, ACCUSÉ DE GÉNOCIDE, TÉMOIGNENT EN SA FAVEUR

PARIS (Reuters) - Des Tutsi protégés par Pascal Simbikangwa en 1994 ont exprimé lundi leur reconnaissance envers l'ex-capitaine rwandais jugé à Paris pour complicité de génocide.

Le procès, qui a débuté il y a quatre semaines, se penche cette semaine sur les témoignages de familles Tutsi cachées et exfiltrées de Kigali par ses soins. 

"Je le reconnais comme quelqu'un qui m'a rendu un grand service en sauvant mon fils", a dit Célestin Gahamanyi, haut fonctionnaire à la retraite et voisin de Pascal Simbikangwa. 

Ce Tutsi, dont les trois fils se sont réfugiés chez l'accusé dès les premiers jours du génocide, a dit souhaiter que son témoignage serve à son acquittement.

Son plus jeune fils, Albert, qui a passé cinq jours chez "monsieur Pascal" après que des militaires sont venus attaquer sa maison, s'est également dit reconnaissant.

Pascal Simbikangwa, qui nie toute implication dans le massacre des Tutsi qui a fait 800.000 morts entre avril et juillet 1994, n'a eu de cesse de dénoncer devant la cour des témoignages mensongers, manipulés par l'association des rescapés au Rwanda. 

Lundi, le président lui a demandé comment il expliquait ces déclarations plutôt positives. "Je suis agréablement surpris", a-t-il répondu. 

Ces témoignages de familles cachées par l'accusé sont cruciaux pour la défense, mais aussi pour l'accusation. 

"SAUVETEURS-TUEURS"

Plusieurs personnes réfugiées chez Pascal Simbikangwa, et qui seront entendues dans les prochains jours, disent en effet que des armes étaient stockées à son domicile et racontent avoir vu des miliciens venir se ravitailler, ce qu'il nie.

Elles soulignent par ailleurs l'importance de l'ancien militaire, qui n'avait d'après elles aucun problème à passer les barrières où étaient arrêtés les Tutsi et les Hutu modérés. 

Vendredi, un ancien garde de maison dans le quartier huppé de Kiyou, où habitait Pascal Simbikangwa, a offert à la cour un témoignage ambivalent, disant que celui qui lui avait sauvé la vie à trois reprises avait "le droit sur la vie et la mort." 

Pascal Simbikangwa, qui se décrit comme un Juste, se dit victime d'une "chasse aux sorcières".

"Jamais de ma vie je n'ai même touché une mouche", a-t-il déclaré lors d'une précédente audience, estimant avoir "fait un devoir d'homme respectable" en cachant dans sa maison jusqu'à 50 Tutsi pendant le génocide.

"Je défendais ceux qui n'avaient plus de défense", a-t-il dit lundi. "Tous ceux qui m'ont demandé de l'aide, je l'ai fait."

L'accusation souligne que la protection de Tutsi "n'exclut pas sa participation au génocide".

Les cas de "sauveteurs-tueurs" ne sont "pas marginaux", selon Marcel Kabanda, historien et président de l'association Ibuka, qui représente les victimes du génocide.

"Dans ce génocide populaire, commis par des voisins, je pense que beaucoup de gens se sont retrouvés sur des barrières tout en protégeant deux ou trois Tutsi chez eux", a-t-il dit à Reuters, soulignant toutefois que le phénomène n'a jamais été quantifié et qu'aucune étude n'a été publiée sur le sujet.

(Chine Labbé, édité par Yves Clarisse)

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