Hollywood-sur-Seine affiche son ambition internationale

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LA CITÉ DU CINÉMA DE LUC BESSON AFFICHE SON AMBITION INTERNATIONALE
LA CITÉ DU CINÉMA DE LUC BESSON AFFICHE SON AMBITION INTERNATIONALE

par Gwénaëlle Barzic et Elena Berton

SAINT-DENIS, Seine-Saint-Denis (Reuters) - Le réalisateur-producteur Luc Besson a inauguré vendredi sa Cité du cinéma, un gigantesque complexe dédié au septième art en Seine-Saint-Denis dont l'ambition est de permettre à la France de rivaliser avec les grands studios de ses voisins européens.

Implanté sur le site d'une ancienne centrale électrique à Saint-Denis, l'ensemble de 62.000 mètres carrés rassemble neuf studios de tournage, des ateliers de fabrication de décor, des bureaux, une salle de projection et une école de cinéma.

Le projet, qui constitue le plus grand complexe dédié au cinéma jamais construit en France, a mis plus de dix ans à se concrétiser. Ce petit Hollywood avec vue sur Seine a nécessité quelque 170 millions d'euros d'investissements et l'implication des pouvoirs publics par le biais de la Caisse des dépôts.

Après deux ans de travaux réalisés par Vinci et une première inauguration reportée, le site a finalement ouvert ses portes vendredi avec l'ambition de faire jeu égal avec ses alter ego européens: Pinewood à Londres, Babelsberg à Berlin et Cinecitta à Rome.

Ironisant sur l'appel du Premier ministre britannique David Cameron aux contribuables français à venir s'exiler outre-Manche, Luc Besson a invité les Britanniques à venir découvrir les studios de la Cité du cinéma.

"Les derniers plateaux de Monsieur Cameron sont des années 1960, ceux-ci sont d'aujourd'hui", a-t-il lancé sur une estrade installée dans la nef monumentale de 220 mètres du bâtiment.

Très ému, le réalisateur de "Léon" et du "Grand Bleu" a raconté avoir eu l'idée du projet lorsqu'il a été contraint de partir en Grande-Bretagne pour le tournage du "5e élément" faute d'avoir trouvé des studios adaptés en France.

PARI À RISQUE

Le cinéma français affiche une santé éclatante, illustrée par les succès récents de "the Artist" ou d'"Intouchables". Pourtant, le pays ne capte que 3% à 5% du marché européen des productions étrangères, estimé à deux milliards d'euros quand Londres en attire près de la moitié.

La faute à des infrastructures insuffisantes pour accueillir des productions à gros budget, notamment en provenance des Etats-Unis.

La Cité du cinéma espère bien pallier cette absence avec ses bâtiments flambants neufs situés à quelques kilomètres seulement de Paris et bien desservis par les transports.

"La Cité du cinéma rajoute un type d'infrastructure qui n'existait pas chez nous, qui sont ces plateaux un peu à l'américaine avec beaucoup de place, la proximité des hôtels de luxe, d'infrastructures de transports", a déclaré à Reuters Patrick Lamassoure, délégué général de Film France, qui promeut les tournages et la post-production en France.

Le pari n'est toutefois pas sans risque, comme l'illustrent les déboires actuels des mythiques studios Cinecitta.

Les plateaux, fondés en 1937, ont été endommagés par un incendie puis pénalisés par des grèves et un sous-investissement dans les nouveaux équipements, ce qui leur a fait perdre d'importantes productions, tournées dans des studios moins chers en Europe de l'Est ou mieux équipés à Londres et à Berlin.

"Cinecitta est un studio complètement vétuste, absolument plus compétitif. Il faudrait investir beaucoup d'argent pour le remettre à la page", a déclaré à Reuters Christophe Lambert, le directeur général d'EuropaCorp, la société de production et de distribution cofondée par Luc Besson.

CONCURRENCE FISCALE

Outre ses équipements, le complexe mise sur l'attractivité de Paris ainsi que la compétence des techniciens français, très recherchés à l'étranger, pour séduire les productions étrangères, cruciales pour la viabilité du projet.

"Il faut qu'on accueille une grosse production étrangère par an qui généralement occupe les studios quatre, cinq mois de l'année et qu'on fasse une dizaine de films français", a expliqué Christophe Lambert.

Les Studios de Paris, la société qui gère les studios de tournage et dont EuropaCorp est actionnaire, espèrent atteindre l'équilibre dès la deuxième année avec un taux d'occupation de 60%, a-t-il dit.

La Cité du cinéma a déjà accueilli trois tournages, dont la production américaine "Les Schtroumpfs" et plusieurs sociétés de production ont rejoint EuropaCorp à Saint-Denis, parmi lesquelles celles de Jamel Debbouze et d'Ariel Zeitoun. Une importante société d'animation française pourrait également prochainement signer, a précisé Christophe Lambert.

Le complexe devra toutefois réussir à tirer son épingle du jeu dans une Europe où sévit une rude concurrence fiscale, les Etats ayant chacun mis au point des dispositifs particuliers pour attirer des productions étrangères.

En France, un crédit d'impôt international a été mis en place il y a deux ans, qui a contribué à la réalisation de plusieurs projets, mais certains professionnels regrettent son plafonnement à quatre millions d'euros.

"Nous réfléchissons avec le ministère de la Culture et les autres ministères à l'idée d'améliorer ce crédit d'impôt", a déclaré à Reuters Eric Garandeau, président du Centre national du cinéma (CNC).

Edité par Dominique Rodriguez

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