Hollande sur France 2: une prestation pas convaincante

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Le grand oral télévisé du chef de l'Etat, jeudi soir sur France 2, a suscité l'ironie et de nombreuses critiques, à droite et à la gauche du PS, au moment où de nouveaux indicateurs économiques avertissent que le pays s'enfonce un peu plus dans la crise.

Quelques heures seulement après l'intervention du président de la République, de nouveaux mauvais résultats ont été rendus publics: selon l'Insee, la dette publique a atteint, en 2012, le record de 90,2% du PIB et le déficit public a dérapé à 4,8% du PIB, des chiffres plus mauvais que prévu.

Pour de nombreux journaux, le chef de l'Etat ne s'est pas montré à la hauteur de la situation car, comme le résume Le Midi Libre, il lui "manque encore l'essentiel pour vaincre la crise: l'audace du combattant".

Son intervention, regardée par près de 8 millions de téléspectateurs selon Médiamétrie, s'est révélée "souvent fade, presque banale" et a été marquée par une "absence de pédagogie" et "une étonnante confiance" au regard de la situation économique et sociale, a regretté l'éditorialiste de Libération, quotidien qui ironise, en titre: "Jusqu'ici, tout va mal".

Dans l'entourage du président vendredi, on reconnaissait un côté "un peu trop techno" à la partie économique et sociale de son intervention, "mais en même temps ce sont des sujets techniques où il faut donner des précisions sinon on vous reproche d'être flou". "C'est vrai qu'il n'y pas eu assez de questions sur la sécurité", a-t-on ajouté.

Hormis au PS et au gouvernement, sa prestation a continué vendredi de s'attirer les critiques.

Jean-François Copé, président de l'UMP, a vu un "terme affreux" dans l'expression "boîte à outils" utilisée par M. Hollande. "C'est quoi le président de la République maintenant' Quelqu'un qui est dans un garage pour réparer une carrosserie'".

François Fillon a estimé que François Hollande n'était "pas un président qui combat la crise mais un président qui l'aggrave" et a regretté qu'il dise "qu'il ne changerait rien à la politique qu'il a conduite".

L'ancien ministre UMP Xavier Bertrand l'a accusé de "faire semblant" de comprendre la crise et de réformer. "Ceux qui étaient inquiets le sont davantage, ceux qui étaient en colère, notamment ceux qui avaient voté François Hollande, le sont encore plus ce matin", selon lui.

A gauche de la gauche, Jean-Luc Mélenchon (PG), a jugé que "l'Elysée (était) enlisé", en regrettant que M. Hollande, "désincarné, presque déshumanisé", ait dit ne pas être un président socialiste, tandis que le PCF qualifiait de "simplement choquante" la prestation de M. Hollande.

"On ne peut pas apporter des petites réponses sorties d'une petite boîte à outils de bricolage", a aussi dit la présidente du FN Marine Le Pen.

Sans surprise, Harlem Désir, numéro un du PS, a au contraire vu en le chef de l'Etat "le point d'appui des peuples" européens qui refusent l'austérité. La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a salué son "autorité tranquille".

Pour Frédéric Dabi (Ifop), interrogé par l'AFP, "ce n'est pas une émission de télévision qui peut inverser une tendance" dans les sondages. Brice Teinturier (Ipsos) a vu un "discours consensuel et plutôt central que à droite ou à gauche".

Le chef de l'Etat a réitéré son objectif d'une inversion de la courbe du chômage, appelant à "utiliser pleinement" les mesures développées depuis 10 mois par le gouvernement: pacte de compétitivité, contrats d'avenir ou de génération...

Passant très vite aux travaux pratiques, le chef de l'Etat, qui recevait vendredi matin à l'Elysée préfets et directeurs d'administration, leur a demandé d'accélérer la mise en oeuvre sur le terrain des réformes en faveur de la croissance et de l'emploi.

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