Hollande se pose en héritier du "réformiste" Mauroy

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HOLLANDE SE POSE EN HÉRITIER DU "RÉFORMISTE" MAUROY
HOLLANDE SE POSE EN HÉRITIER DU "RÉFORMISTE" MAUROY

PARIS (Reuters) - "Réformisme" et "rigueur". François Hollande a revendiqué mardi l'héritage politique de Pierre Mauroy, adressant un signal politique à sa turbulente majorité lors de la cérémonie d'hommage à l'ancien Premier ministre de François Mitterrand.

Le président français a salué la fidélité aux idéaux socialistes mais aussi le "réalisme" dont a su faire preuve l'ancien maire de Lille, décédé vendredi dernier à l'âge de 84 ans après une longue vie de militant de la gauche.

"Pierre Mauroy assuma le sérieux budgétaire, le blocage des prix et des salaires, les restructurations industrielles, des décisions qui lui coûtèrent, surtout quand lui, l'homme du Nord-Pas-de-Calais, il lui fallut fermer le dernier puits de mine", a rappelé François Hollande aux Invalides.

Confronté à des difficultés économiques qui ne sont pas sans rappeler celles auxquelles la France faisait face en 1983, le chef de l'Etat a semblé répondre à ceux qui critiquent sa politique économique et sociale jugée pas assez à gauche.

"Pour Pierre Mauroy, réformer ce n'était pas renoncer, c'était réussir, réformer c'était se défaire de l'illusion des mots pour passer à la vérité des actes, réformer ce n'était pas céder à la réalité mais la saisir à la gorge pour la transformer", a-t-il ajouté.

Critiqué par son aile gauche pour une politique économique jugée sociale-démocrate et faisant la part belle à l'austérité, François Hollande a défendu la politique de Pierre Mauroy, seule à même de réussir le changement selon lui.

"La rigueur, c'était la condition pour poursuivre les réformes, le changement", a dit François Hollande, lui aussi confronté à des critiques sur le rythme, trop soutenu pour certains, du redressement budgétaire.

"CAVALCADE SANS LENDEMAIN"

François Hollande a défendu le choix de redresser les comptes fait par Pierre Mauroy en 1983 plutôt qu'une nouvelle dévaluation qui aurait poussé la France vers la sortie du serpent monétaire européen et torpillé le rêve de monnaie unique.

"Il sut convaincre François Mitterrand avec le concours de Jacques Delors (ministre des Finances) pour rester dans le système monétaire européen et ainsi de préparer la création de l'euro", a rappelé François Hollande.

"Il avait surtout compris que le destin de la France passait par l'Europe, que faire cavalier seul pourrait finir dans une cavalcade sans lendemain", a encore lancé le président français à ceux qui le critiquent sa politique européenne jugée trop libérale et accommodante avec l'Allemagne.

Ce double message sur le réformisme et la rigueur intervient à quelque jours d'une convention nationale sur l'Europe du Parti socialiste qui risque d'être tendue.

Le texte soumis par la direction du PS à ses militants a obtenu près de 90% des voix mais la gauche du parti conteste ces résultats et les qualifie de "manipulation".

Une première version du document sur la construction européenne avait jeté le trouble entre Paris et Berlin : il dénonçait "l'intransigeance égoïste de la chancelière Merkel" et prônait la confrontation politique avec l'Allemagne.

Le texte a été édulcoré mais n'en appelle pas moins à la "confrontation avec les droites européennes", accusées d'avoir "abîmé l'Europe et précarisé les Européens", notamment en imposant à l'UE une politique d'austérité.

Pierre Mauroy, qui était hospitalisé dans un établissement de la région parisienne, avait été opéré d'une tumeur cancéreuse au poumon en avril 2012.

Né en 1928 à Cartignies (Nord), il est nommé Premier ministre en 1981 et dirige le premier gouvernement socialiste de la Ve République jusqu'en 1984.

Son passage à Matignon est notamment marqué par la semaine de travail de 39 heures, la cinquième semaine de congés payés, la retraite à 60 ans et l'abolition de la peine de mort.

Julien Ponthus, édité par Yves Clarisse

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