Hollande renoue le dialogue avec les frondeurs au nom de l'unité

le
0

* Quatorze parlementaires "frondeurs" reçus à l'Elysée * Hollande veut donner l'image d'un PS de nouveau uni * Il prépare le lendemain des élections départementales par Elizabeth Pineau PARIS, 12 mars (Reuters) - François Hollande a renoué le dialogue avec les "frondeurs" du Parti socialiste en préparation d'une fin de quinquennat où il espère engranger les premiers fruits de l'embellie économique et préserver ses chances pour l'élection présidentielle en 2017. Le score de la droite et du Front national aux élections départementales de fin mars devrait obliger l'exécutif à redoubler d'efforts pour tenter de rassembler la gauche, avec ou sans les Verts, afin d'éviter une dispersion potentiellement mortelle pour le candidat socialiste à la présidentielle. Organisée sur une idée lancée il y a une quinzaine de jours par le député Henri Emmanuelli, la rencontre de mercredi soir à l'Elysée avec 14 élus socialistes a duré près de deux heures trente dans la salle où se tient le conseil des ministres. Qualifiée de "très cash", "sans invective" ni "mise en cause personnelle", l'échange visait à refermer une ère de vives tensions qui a culminé le 17 février avec le passage en force du gouvernement pour faire adopter le projet de loi Macron sur la croissance et l'activité pour écarter la menace des frondeurs. "Le but était d'éviter le dialogue de sourds ou par médias interposés qui s'était installé : on ne peut pas être dans la même majorité et s'interpeller à distance", a expliqué à Reuters le député Christian Paul, présent à l'Elysée. "Il n'y avait pas de courtisans autour de la table mais des députés à qui le président n'a pas fait de procès. Un échange très cash, sans maquillage ni complaisance." "SYMBOLE" Le chef de l'Etat "est conscient que les frondeurs représentent quelque chose", a rapporté pour sa part le député Pouria Amirshahi, évoquant un souci partagé de "rechercher les moyens de rassembler la majorité". Pour un haut responsable socialiste, "c'est une histoire de symbole". "Les amis d'Henri Emmanuelli étaient heureux d'être reçus, et François Hollande n'était pas malheureux de les voir dans un moment où on pilonne une gauche désunie. Il a envoyé un message qui dit le contraire", dit-il. Le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, a relativisé l'évènement, jugeant "normal" que le chef de l'Etat consulte des parlementaires pour "voir remonter ce que chacun de ces députés vit dans sa circonscription". Sur le fond, François Hollande a averti, dans un entretien au magazine Challenge diffusé mercredi, qu'il garderait le cap social-démocrate quoi qu'en dise l'aile gauche du PS. "Il n'y aura pas de changement, ni de ligne, ni de Premier ministre", assure le président. "Pourquoi changerais-je de ligne politique, alors qu'elle est claire, qu'elle commence à porter ses fruits ? Les Français ne le comprendraient pas !" Il n'exclut toutefois pas des gestes pour ressouder son camp, jugeant qu'"il faut bien, en effet, pour partir au combat, avoir une majorité élargie plutôt que rétrécie". REMANIEMENT POSSIBLE La réunion de l'Elysée peut-elle servir de vaccin contre de futurs votes "contre" de socialistes à l'Assemblée nationale ? "Cette réunion n'avait pas pour objet de passer un accord politique mais de parler de notre conception du rassemblement", répond Christian Paul qui réclame, comme d'autres, la mise au point d'un "agenda de réformes qui ne peuvent pas se limiter à celles que Bruxelles tente d'imposer à la France". La gauche du PS a encore l'espoir de faire modifier la loi Macron en deuxième lecture, notamment en ce qui concerne la hausse controversée du nombre de dimanches travaillés. Ils espèrent aussi faire de la future loi sur le dialogue social, attendue avant l'été, "un texte de progrès pour les salariés". Si les prédictions des sondages se vérifient, le PS aura besoin d'unir ses forces au lendemain des départementales des 22 et 29 mars, où la gauche pourrait perdre les deux tiers des quelque 60 départements qu'elle dirige aujourd'hui. Un remaniement ministériel est possible ensuite et la question se pose de faire entrer des "frondeurs", voire des écologistes absents du gouvernement depuis près d'un an. Sur ce dernier point, les divisions sont criantes chez Europe Ecologie-Les Verts, où l'ex-ministre Cécile Duflot a évoqué un rapprochement avec le Front de gauche alors qu'une partie de son camp souhaite un retour au gouvernement. "La crise chez les écologistes est telle qu'on n'en connaît pas encore les conséquences", dit un responsable socialiste. "D'ailleurs on ne sait pas vraiment ce qu'ils veulent." (Avec Chine Labbé, édité par Yves Clarisse)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant