Hollande renonce à 2017 : quel bilan économique pour sa présidence ?

le , mis à jour à 15:41
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François Hollande l'a annoncé jeudi soir : il ne sera pas candidat à sa réélection en 2017. S'il ne brigue pas de second mandat, le chef de l'État a pourtant pris le soin de défendre point par point son action depuis quatre ans et demi à l'Élysée, notamment en matière économique. Le président a vanté son bilan sur les comptes publics et la Sécurité sociale et assuré que les "résultats sur le chômage arrivent". Décryptage.

François Hollande, le 17 octobre 2016 à Florange (Moselle). ( AFP/Archives / FREDERICK FLORIN )
François Hollande, le 17 octobre 2016 à Florange (Moselle). ( AFP/Archives / FREDERICK FLORIN )

"Je suis conscient des risques que ferait courir une démarche, la mienne, qui ne rassemblerait pas largement autour d'elle. Aussi, j'ai décidé de ne pas être candidat à l'élection présidentielle", a annoncé le chef de l'État jeudi soir à l'Élysée. Élu en 2012 face à Nicolas Sarkozy, François Hollande devient le premier président de la Ve République à renoncer à briguer à sa succession, exception faite de Georges Pompidou, décédé en fonctions en 1974.

Évolution de la courbe de popularité de François Hollande.
Évolution de la courbe de popularité de François Hollande. ( AFP / Paz PIZARRO, Thomas SAINT-CRICQ )

► CHÔMAGE : DES "RÉSULTATS" TARDIFS ET FRAGILES

"L'engagement majeur que j'ai pris devant vous était de faire baisser le chômage (...) Les résultats arrivent plus tard que je ne les avais annoncés, j'en conviens, mais ils sont là", a déclaré François Hollande jeudi soir. Le chef de l'État avait rapidement fait de l'"inversion durable" de la courbe du chômage l'une des conditions à sa candidature pour 2017.

Si l'on s'appuie sur les derniers chiffres, la fameuse "courbe du chômage" s'est finalement inversée. Mais cela très tardivement et assez timidement. Sur l'année écoulée, 100.000 chômeurs en catégorie A ont quitté les listes de Pôle emploi et l'Insee a vu le taux de chômage baisser de 0,4 point. Mais malgré cette baisse récente, le chômage reste massif, avec 3,48 millions de chômeurs inscrits sur les listes de Pôle emploi en métropole, soit 556.000 de plus qu'au début de son quinquennat. Le fléau touche 9,7% de la population active. Un chiffre reparti légèrement à la hausse au troisième trimestre (+ 1 point).

Évolution mensuelle du nombre de chômeurs de catégorie A en France métropolitaine depuis janvier 2
Évolution mensuelle du nombre de chômeurs de catégorie A en France métropolitaine depuis janvier 2008. ( AFP / Paz PIZARRO, Sophie RAMIS )

Le président, qui vantait en 2013 sa "boîte à outils" anti-chômage, a pourtant fait feu de tout bois : baisse du coût du travail grâce au Pacte de responsabilité, contrats aidés, primes aux très petites entreprises (TPE), réforme du code du travail avec la très contestée loi El Khomri.

► POLITIQUE DE L'OFFRE ET CROISSANCE MOLLE

Bien loin des prévisions de départ, la croissance est restée terne en France sous le quinquennat de François Hollande : +0,4% en 2013, +0,6% en 2014, +1,2% en 2015 et espérée à +1,3% en 2016 (+0,6% au 1er trimestre, -0,1% au 2e, +0,2% au 3e). Conscient de la nécessité de relancer l'activité, le gouvernement a décidé fin 2013 de modifier sa stratégie, avec des baisses d'impôt pour les ménages modestes mais aussi 41 milliards d'euros d'allègements de charges pour les entreprises. Cette "politique de l'offre", incarnée par le Crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE) et le Pacte de responsabilité, a permis un redressement progressif de l'économie, en rétablissant les marges des entreprises. Mais ce redressement reste fragile.Ssurtout la croissance française reste inférieure à celle de ses principaux concurrents européens sur la période.

Indicateurs de l'économie française à la mi-octobre selon l'Insee.
Indicateurs de l'économie française à la mi-octobre selon l'Insee. ( AFP / Frédéric HUGON, Kun TIAN, Alain BOMMENEL )

► AMÉLIORATION DES COMPTES PUBLICS

"Depuis mai 2012 (...) j'ai agi avec les gouvernements de Jean-Marc Ayrault et de Manuel Valls pour redresser la France et la rendre plus juste. Aujourd'hui, au moment où je m'exprime, les comptes publics sont assainis, la Sécurité sociale est à l'équilibre et la dette du pays a été préservée", a plaidé le chef de l’État. À son arrivée au pouvoir, François Hollande s'était en effet attaché à assainir les finances publiques, en augmentant massivement les impôts payés par les entreprises et les ménages aisés. Contrat à moitié rempli : le déficit était de 4,8% du PIB en 2012, il est revenu à 3,5% en 2015, selon l'Insee. Mais avant son élection, François Hollande promettait de faire mieux (à savoir 3% du déficit dès 2013) et même d'arriver à l'équilibre à la fin de son quinquennat.

Pour réduire le déficit, François Hollande a également conduit une politique de baisse des dépenses publiques, même si certains secteurs de la fonction publique ont été protégé (éducation, sécurité, justice...). Une politique d'"austérité" jugée contre-productive par une partie de la gauche. "La grande erreur de François Hollande et de ce quinquennat c'est de ne pas avoir renégocié le traité budgétaire européen de 2012", a lui déclaré l'économiste Thomas Piketty ce vendredi sur France Inter. "La décision de François Hollande qui était celle d'ailleurs aussi de Nicolas Sarkozy dans sa dernière année de mandat, de vouloir réduire les déficits à marche forcée, avec d'énormes augmentations d'impôts à la fin de 2011 et en 2012 et 2013, ça a tué la croissance", a-t-il estimé.

Évolution du déficit cumulé du régime général et des branches de la Sécurit&
Évolution du déficit cumulé du régime général et des branches de la Sécurité sociale depuis 2012. ( AFP / Kun TIAN, Thomas SAINT-CRICQ )

Sur les comptes de la Sécurité sociale, la situation est également complexe : le chef de l’État peut se targuer d'avoir réduit le déficit du régime général de la Sécurité sociale de plus de moitié par rapport à 2012. Pour la première fois depuis 12 ans, la branche retraite affiche également un léger excédent, mais ces résultats sont essentiellement dus à la réforme de 2010. La promesse d'un retour dans le vert en 2019 semble également fragile sans d'autres réformes supplémentaires.

► LES EFFETS DE LA LOI TRAVAIL ATTENDUS

Deux grandes lois marquent le quinquennat. En 2013, la loi sur la sécurisation de l'emploi, découlant d’un accord signé par le patronat et trois syndicats (CFDT, CFE-CGC et CFTC), mais refusé par la CGT et FO, vise à renforcer l'arsenal de mesures anti-chômage en accordant une flexibilité accrue à l’entreprise sur de nombreux sujets en échange de nouveaux droits pour les salariés.

Imposée aux forceps par le recours au 49.3 à l’Assemblée et après 13 journées de manifestations dans toute la France de mars à septembre 2016, la loi travail prévoit de faire primer les accords d’entreprises sur les accords de branche en matière de temps de travail. La loi comporte de nombreux autres aspects, de la remise à plat des motifs de licenciement économique à la création du compte personnel d’activité, au référendum d’entreprise ou au droit à la déconnexion. Ses effets ne sont pas encore connus et le seront sans doute après la fin du mandat de François Hollande.

François Hollande avait promis en 2012 de mieux "considéré" et associé les partenaires sociaux. Une promesse également à demi-tenue. Deux grands textes - réforme du marché du travail et celle de la formation professionnelle - ont été élaborés par les partenaires sociaux et fidèlement retranscrits dans la loi. Hollande a par ailleurs fait adopter une loi sur le dialogue social et l'emploi qui offre de nouveaux droits aux représentants du personnel. En revanche, la loi travail, non consensuelle, a provoqué la colère des organisations syndicales en 2016.

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  • MIKE3000 il y a 4 heures

    Mis à part le mariage pour tous, le néant, il a tout raté!

  • mlaure13 il y a 4 heures

    ce redressement reste fragile, surtout la croissance française reste inférieure à celle de ses principaux concurrents européens sur la période.?...POURQUOI...il y a bien la, un problème franco-français ???...:-(((

  • laurus il y a 5 heures

    Le mec croyait entrer dans l'Histoire, c'est gagné : il restera comme le plus pitoyable incompétent qui ait été élu à la présidence, juste parce que certains se sont laissés manipuler par la campagne médiatique anti-Sarko de 2010-2012. De quoi vous faire regretter le suffrage universel...

  • herve953 il y a 5 heures

    L'économie socialiste ne marche nulle dans le monde et les pays qui s'en sont débarrassé retrouvent de la prospérité et la liberté en plus. Il n'y a qu'en France que les intellectuels forcément de gauche vénèrent les Cuba , le Vénèzuela et hier encore la chine de Mao, la Corée du Nord ou le régime de Pol Pot : N'est ce pas Serge July et Jean Luc Mélenchon ?

  • wilsonet il y a 5 heures

    Soyez sympathiques, il aurait pu nous le faire savoir avec un simple SMS, ben non, il s'est armé de courage et vous la dit les yeux dans les yeux. Bizarre, il ne regrette même pas les vacheries débitées sur ses copains, dans le fameux torche machin. Personne ne relève ce gros travers.

  • M140210 il y a 5 heures

    Pitoyable

  • M7034327 il y a 6 heures

    Il n'a pas renoncé à 2017. Il a tout simplement abdiqué. C'est le seul Président de la Vème République qui quitte le pouvoir la queue entre jambes. Dommage qu'en tant qu'ex-Président on finit au moins au Conseil d'Etat, plutôt qu'à Pole Emploi avec les Sans-Dents.

  • M7097610 il y a 7 heures

    il faut fusionner les régimes privé et public tout simplement.

  • M3366730 il y a 8 heures

    Avec une dette de 2 279 milliards d'euros il serait temps de s'y mettre http://www.contribuables.org/ soit + de 500 milliards pour SAVAMIEU et son équipe. Rappelons également qu'en son temps Rocard avait indiqué qu'il fallait réduire le nombre de fonctionnaires d'1 million !

  • M940878 il y a 8 heures

    il fanfaronne déjà moins le Moi Président !! quel charlot !