Hollande rate la gestion politique de la crise à Florange

le
0
ÉCHEC POLITIQUE AUTOUR DE LA CRISE DE FLORANGE
ÉCHEC POLITIQUE AUTOUR DE LA CRISE DE FLORANGE

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - La gestion du dossier Florange par l'exécutif français a provoqué déceptions et malentendus, à la mesure du flou entretenu par François Hollande lui-même sur la question de la nationalisation d'un site symbolique de l'industrie.

Le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, Bruno Le Roux, a évoqué dans un entretien à Reuters les failles de la communication gouvernementale et la presse était sévère vendredi sur ce "ratage" de l'exécutif.

"Florange : Ayrault l'enfumeur", titrait le quotidien de gauche Libération à propos du Premier ministre.

Dans son édition datée de samedi, Le Monde évoque le triple "échec" du président de la République, du Premier ministre et du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, qui signe "la première véritable crise politique de l'ère Hollande".

Au terme de près trois semaines de trouble sur un dossier important de sa campagne électorale, François Hollande a tenté jeudi soir d'éteindre l'incendie en se portant garant des promesses faites pour sauver l'emploi par le géant de l'acier ArcelorMittal, objet de toute la méfiance des sidérurgistes.

Le président français a été directement interpellé par les salariés et les élus de Florange, qui ne sont pas satisfaits des explications du Premier ministre.

VALSE-HÉSITATION SUR LA NATIONALISATION

Le chef de file des députés socialistes a évoqué vendredi une "erreur de communication" du gouvernement qui a laissé penser qu'une nationalisation pouvait être la solution, alors que l'accord préservant l'emploi constitue selon lui un succès.

"L'erreur, ça a pu être à un moment donné de faire que ce qui nous apparaissait comme un moyen de pression soit vécu comme l'unique solution", a déclaré Bruno Le Roux.

"C'est pour ça que Jean-Marc Ayrault a repris vendredi soir, de façon peut-être même un peu brutale, la main sur ce dossier", a-t-il expliqué.

La sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, tenante de l'aile gauche du Parti socialiste, a dit à Reuters être "consternée" par ce "gros cafouillage".

"Jean-Marc Ayrault a mal piloté cette affaire", dit l'élue, qui soupçonne le gouvernement d'avoir voulu préserver le Medef en pleine négociations sur la sécurisation du travail, et les agences de notation "qui menacent de dégrader encore la note de la France en janvier s'il s'y a pas de réformes substantielles".

Elle approuve par ailleurs le choix d'Arnaud Montebourg de ne pas quitter le gouvernement. "En restant, il montre qu'il est au combat. L'accélération de l'histoire lui donne plutôt raison", ajoute-t-elle, alors que le ministre du Redressement productif grimpe dans les sondages d'opinion.

Bousculé dans cette affaire, désavoué à Matignon au point de mettre sa démission dans la balance, Arnaud Montebourg avait évoqué une nationalisation temporaire, le temps de trouver un repreneur pour l'ensemble du site de Florange.

La présidence de la République avait fait savoir dans un premier temps que cette option était effectivement sur la table.

"La leçon, c'est que la nationalisation est un outil dédiabolisé", déclarait-on ainsi dans l'entourage de François Hollande au soir de l'annonce de l'accord, vendredi 30 novembre, semblant ainsi prendre le parti d'Arnaud Montebourg.

Une semaine plus tard, le discours élyséen est sensiblement différent et "colle" à celui de Jean-Marc Ayrault, qui a estimé que cette option n'était pas viable et aurait coûté "au moins un milliard d'euros" à l'Etat.

"On sait très bien que ce n'aurait pas été la solution à court terme", dit-on. "La nationalisation n'aurait pas permis de sauver les hauts fourneaux parce qu'il faut un repreneur et on sait très bien qu'un appel d'offres après une nationalisation, ça aurait été très long".

"DÉCEPTION TERRIBLE"

Le mot "nationalisation" avait suscité de vifs espoirs en Moselle. D'où une "déception terrible" pour les salariés de Florange mais aussi pour une partie des députés socialistes, a concédé Bruno Le Roux.

Des ambiguïtés ont aussi entouré l'avenir des hauts fourneaux, lié au projet européen Ulcos de captage et de stockage de CO2 sur le site de Florange.

Les syndicalistes ont laissé éclater leur colère après avoir appris jeudi qu'ArcelorMittal retirait la candidature du site pour le premier appel d'offres du projet européen.

Peu de temps après, le géant de l'acier et le gouvernement assuraient que le projet Ulcos n'était pas abandonné à long terme malgré le retrait de cette candidature.

"La filière chaude n'a d'avenir que s'il y a Ulcos, s'il n'y pas Ulcos il n'y a pas d'avenir pour les hauts fourneaux, chacun le sait, il faut faire des millions d'euros d'investissement", expliquait-on jeudi soir à l'Elysée.

A Matignon on se déclarait vendredi "déçu" par la réaction des syndicats, expliquant que Jean-Marc Ayrault avait prévenu lui-même mercredi soir les syndicalistes que le projet Ulcos serait retiré par ArcelorMittal, mais que ce dernier s'était engagé à financer en partenariat avec l'Etat un "Ulcos 2".

"Il faudrait plutôt qu'ils nous soutiennent", souligne un conseiller.

Avec Emmanuel Jarry et Julien Ponthus, édité par Sophie Louet

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant