Hollande promet de pousser les feux de l'intégration européenne

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FRANÇOIS HOLLANDE PRÔNE UNE VÉRITABLE POLITIQUE DE CHANGE POUR STABILISER L'EURO
FRANÇOIS HOLLANDE PRÔNE UNE VÉRITABLE POLITIQUE DE CHANGE POUR STABILISER L'EURO

STRASBOURG (Reuters) - François Hollande a affiché mardi devant un Parlement européen tout acquis à cette cause sa volonté de pousser les feux de l'intégration européenne dans tous les domaines, même s'il reste flou sur les contours de l'étape ultime, l'union politique.

Les députés européens, très majoritairement fédéralistes, ont réservé un accueil enthousiaste au président français, qui a prononcé à Strasbourg un discours dans lequel il les a soigneusement caressés dans le sens du poil.

"Je vous le dis tout net, le sursaut sera collectif ou ne sera pas", a-t-il déclaré devant un hémicycle plein à craquer.

"Ce qui nous menace aujourd'hui n'est plus la défiance des marchés, mais c'est celle des peuples", a-t-il dit. "L'intérêt national est en train de prendre le pas sur l'intérêt européen."

Le député écologiste Daniel Cohn-Bendit a résumé le sentiment de l'ensemble des députés après le discours.

"François, je t'ai compris. Le changement, c'est maintenant", a-t-il ironisé. "Chiche !"

Pour le chef du groupe libéral-démocrate du Parlement européen, Guy Verhofstadt, le fédéralisme est la seule voie.

"La France a la vocation, même le devoir de pousser maintenant cette unification au niveau de notre continent", a-t-il dit en saluant le volontarisme affiché par François Hollande.

Ce dernier a d'abord abordé les dossiers brûlants, à deux jours de l'échéance majeure que constitue le Conseil européen de Bruxelles qui doit décider du budget de l'UE de 2014 à 2020.

HOLLANDE VEUT UNE POLITIQUE DE CHANGE DE L'EURO

Le président français, qui plaide pourtant pour une limitation des dépenses en période de crise, même s'il ne va pas aussi loin que le Royaume-Uni, s'est présenté comme un allié des députés européens favorables à un budget très ambitieux.

"Un compromis est possible mais il doit être raisonnable et donc il va falloir raisonner ceux qui veulent amputer le budget européen au-delà de ce qu'il est possible d'accepter", a-t-il dit, allant jusqu'à proposer "de véritables ressources propres" pour le budget européen, ce qui est refusé par plusieurs pays.

Pour autant, il n'entend pas être à Bruxelles le porte-parole du Parlement européen, qui menace de ne pas ratifier l'accord si les dirigeants de l'UE parviennent à un compromis trop chiche, ce qui ouvrirait une grave crise.

Mais il a expliqué devant des députés européens majoritairement conservateurs qu'il serait utile qu'ils fassent pression sur leurs gouvernements, également majoritaires.

"On demande à un socialiste d'empêcher que des conservateurs fassent un mauvais budget", a ironisé François Hollande.

Le président français a également estimé qu'il fallait parachever les instruments de gestion de l'euro, qui reste vulnérable même si le pire de la crise semble passé.

"S'il est vrai que la crise de la zone euro est désormais largement derrière nous, nous sommes loin d'en avoir tiré toutes les conséquences", a-t-il estimé.

Il a même enfourché un cheval de bataille que la France avait laissé à l'écurie depuis plusieurs mois en demandant que la zone euro se dote d'une véritable politique de change afin de stabiliser les cours de la monnaie unique.

L'euro s'échangeait mardi contre 1,35 dollar, proche de son plus haut niveau depuis fin 2011, une parité qui menace les exportations et la croissance de l'économie française.

"Une zone monétaire doit avoir une politique de change", a-t-il dit en estimant qu'elle devait se traduire par une action combinée de la Banque centrale européenne et des gouvernements.

POUR L'UNION POLITIQUE

Or, il s'agit là d'un chiffon rouge pour l'Allemagne, qui est attachée à l'indépendance de la BCE et estime que c'est la compétitivité d'une économie qui détermine le taux de change.

"L'objectif doit être d'accroître la compétitivité et pas d'affaiblir la monnaie", a dit mardi le ministre allemand de l'Economie, Philipp Roesler, après avoir rencontré à Paris le ministre français des Finances Pierre Moscovici.

François Hollande s'est en revanche montré plus flou sur les contours et le calendrier de l'union politique.

"Je suis pour l'intégration, donc je suis pour l'union politique", a-t-il expliqué lors d'une conférence de presse.

Mais il doit tenir compte du calendrier de l'Allemagne, où auront lieu cette année des élections législatives qui l'empêchent de s'engager sur une réforme des traités.

Le débat est donc reporté à 2014.

"Je souhaite que les élections européennes l'année prochaine soient l'occasion d'un grand débat sur l'avenir de l'Europe qui permettra de déterminer une politique (...) et l'architecture."

Il n'est toutefois pas question de détricoter l'UE, comme l'exige le Premier ministre britannique David Cameron, qui a annoncé l'organisation d'un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans le groupe s'il gagne les élections en 2015.

Il entend, pour espérer le gagner, rapatrier des compétences à Londres et obtenir des dérogations qui, schématiquement, verraient Londres adhérer au seul marché unique sans se soumettre aux instruments de régulation.

"Je pense que nous devons aller vers une intégration différenciée", a conclu François Hollande, tout en soulignant que l'on ne pourrait avoir une "Europe à la carte".

Yves Clarisse, avec Gilbert Reilhac, édité par Sophie Louet

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