Hollande pressé par certains à gauche de remanier, Ayrault pas impressionné

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Conspué lors des commémorations du 11 novembre, au plus bas dans les sondages, François Hollande fait face à une situation politique tendue, quelques voix de son propre camp réclamant un changement de gouvernement, ce qui "n'impressionne pas" le Premier ministre.

Dans un entretien au Parisien mardi, Malek Boutih estime qu'il "faut remplacer Jean-Marc Ayrault d'urgence". "Il faut envoyer un signal d'urgence aux Français afin de rétablir le dialogue. Cette urgence doit se traduire par un remaniement gouvernemental", ajoute le député PS de l'Essonne.

Dimanche, sur Europe 1, Anne Hidalgo, candidate PS à Paris, avait déjà plaidé pour une équipe gouvernementale "plus resserrée, plus à la tâche, plus mobilisée".

"J'ai une tâche difficile à accomplir, rien ne m'impressionne", a répondu le chef du gouvernement, ne doutant pas du "soutien des parlementaires" PS comme de "toute la majorité", a-t-il ajouté, ovationné par les députés lors de la réunion du groupe PS.

Intervenant pas moins de quatre fois lors de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, il a assuré que "la justice sera(it) ferme" face aux atteintes "à l'ordre public" et "aux droits de la République", lançant par ailleurs un appel au "sursaut" pour défendre les valeurs républicaines.

Il a aussi accusé le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, de "remettre en cause la légitimité" de l'élection de François Hollande et de vouloir faire "croire" à une "crise institutionnelle".

De Frédéric Cuvillier (ministre des Transports) à Ségolène Royal en passant par Elisabeth Guigou, socialistes et membres du gouvernement ont fait bloc pour défendre Jean-Marc Ayrault.

"Les attaques contre le Premier ministre sont contre nous", a jugé le patron des députés PS, Bruno Le Roux, en concédant que "la majorité aurait tout à gagner à être plus solidaire (...) et à ne paraître pas (...) aussi génératrice de couacs qu'elle l'est aujourd'hui".

Pour l'historien Nicolas Lebourg, les huées subies par le chef de l'Etat lors des commémorations du 11 novembre expriment, dit-il dans un entretien à l'AFP, un "mouvement de déliquescence de la légitimité républicaine".

"C'est l'aboutissement d'une désacralisation de la fonction présidentielle", abonde un proche du président, selon lequel, "on a atteint un sommet".

"Ne pas se tromper de cible"

Le président réfléchit-il à remanier son gouvernement ? M. Boutih a souligné avoir "simplement exprimé quelque chose que d'autres disent dans les couloirs", à l'approche des élections municipales. Il s'est félicité d'avoir "crevé un abcès" car la gauche, "au pied du mur", doit "se remettre en mouvement" sous peine de perdre.

"M. Hollande réfléchit à toutes les hypothèses", souligne à l'AFP un responsable socialiste, se gardant du moindre pronostic. Si remaniement il devait y avoir, Manuel Valls, le ministre le plus populaire, tiendrait alors la corde pour Matignon.

"On ne va pas changer d'équipe dans la tourmente", confie un ministre proche du chef de l'Etat, un autre estimant que ce n'est pas à l'ordre du jour, surtout en plein débat budgétaire.

"Je ne suis pas certain que ce soit la question du moment", a estimé le député PS de Paris Jean-Christophe Cambadélis, qui demande de ne "pas se tromper de cible".

Le fait que la maire de Lille, Martine Aubry, ait déjeuné mardi à l'Elysée, a alimenté la rumeur d'un remaniement. "Faire le lien entre les deux est très hasardeux", a cependant assuré un proche de Mme Aubry. Celle-ci avait, au menu de ce déjeuner prévu, le dossier des suppressions d'emplois à La Redoute.

Deux tiers des Français souhaitent que François Hollande nomme un nouveau Premier ministre, selon un sondage Clai-Metronews-LCI réalisé par Opinionway et publié lundi. Selon cette étude, sa cote de popularité baisse de 4 points en novembre à 22%.

Autre possibilité offerte par les institutions: dissoudre l'Assemblée nationale, une solution réclamée par le Front national, et envisagée par certains à l'UMP et par le président de l'UDI, Jean-Louis Borloo.

A droite, les propos sont alarmistes: "situation politique dramatique" pour Benoit Apparu (UMP), "sentiment profond d'illégitimité du chef de l'Etat", pour Hervé Morin (NC), "climat de fin de règne pour Christian Jacob (UMP). Mais aussi au PCF, où on estime que le gouvernement "va vers le crash".

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