Hollande plaide à Londres pour une Europe à plusieurs vitesses

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FRANÇOIS HOLLANDE PLAIDE À LONDRES POUR UNE "EUROPE À DEUX VITESSES"
FRANÇOIS HOLLANDE PLAIDE À LONDRES POUR UNE "EUROPE À DEUX VITESSES"

par Julien Ponthus

LONDRES (Reuters) - Prenant acte de l'accélération de l'intégration de la zone euro, François Hollande a plaidé mardi à Londres pour une Europe à "plusieurs vitesses" dans laquelle le Royaume-Uni aurait toute sa place même sans adhésion à la monnaie unique.

Pour sa première visite officielle à Londres, Le chef de l'Etat français a expliqué que la France et le Royaume-Uni avaient tous deux intérêt à ce que les futures réformes du Traité européen permettent des niveaux d'intégration différents.

"Nous devons concevoir l'Europe à plusieurs vitesses, chacun venant à son rythme, prenant ce qu'il veut dans l'Union, dans le respect des autres pays", a proposé François Hollande au cours d'une conférence de presse commune avec le Premier ministre britannique David Cameron.

Ce dernier, insatisfait des structures institutionnelles actuelles, avait évoqué début juin un possible référendum sur les liens entre son pays et l'UE.

"La Grande-Bretagne n'entend pas devenir membre de la zone euro, la France souhaite une intégration solidaire dans la zone euro mais en même temps nous pouvons parfaitement comprendre la position respective de la Grande-Bretagne et de la France", a dit François Hollande

"La Grande-Bretagne n'entend pas empêcher, freiner - au contraire même - ce que doivent faire les pays de la zone euro. Et la France (...) n'entend pas obliger qui que ce soit à venir nous rejoindre", a-t-il ajouté.

François Hollande s'est d'ailleurs félicité du rôle joué par le Royaume-Uni lors du sommet européen du 28 et 29 juin dernier et de sa volonté de voir la zone euro se doter d'une véritable union bancaire.

David Cameron a confirmé que la Grande-Bretagne souhaitait voir la zone euro disposer d'une monnaie "forte et stable" et s'est prononcé pour une application rapide des décisions prises lors du Conseil européen des 28 et 29 juin.

ACCORD SUR L'UNION BANCAIRE

"Nous sommes d'accord sur la nécessité de mettre rapidement en oeuvre les pas en avant effectués à Bruxelles le mois dernier (et) sur la nécessité pour les pays de la zone euro d'instaurer sans délai une union bancaire avec la Banque centrale européenne comme superviseur commun", a-t-il expliqué.

Les deux hommes ont aussi montré leur convergence de vues sur le dossier européen en rejetant les projets de la Commission européenne en matière d'augmentation du budget de l'Union.

L'intervention militaire en Libye en 2011 a été l'occasion d'une lune de miel entre Londres et Paris sur nombre de dossier internationaux et les deux leaders ont rappelé qu'ils partageaient actuellement des positions très similaires sur la Syrie, le nucléaire iranien ou les troubles au Sahel.

D'un point de vue strictement bilatéral, François Hollande et David Cameron ont rappelé que l'étroite coopération militaire engagée depuis les accords de Lancaster House en 2010 se poursuivrait.

Les ambitieux projets franco-britanniques en matière de défense signés sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy ont cependant été revus à la baisse après la décision du gouvernement de David Cameron d'opter pour un avion de chasse incompatible avec le porte-avions Charles-de-Gaulle.

Le président français a cependant pu annoncer que le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, se rendrait à Londres le 24 juillet afin de signer des accords de coopération sur les drones.

François Hollande a également indiqué que le couple franco-britannique avait d'autres projets, notamment dans l'industrie nucléaire que Londres entend développer, et l'espace.

TÊTE À TÊTE SANS INTERPRÈTE

Les relations détendues entre les deux capitales ont été illustrées par un tête-à-tête sans interprète entre François Hollande et la reine Elizabeth II au château de Windsor, un privilège normalement limité aux visites d'Etat - et il ne s'agit ici que d'une visite officielle.

François Hollande a aussi minimisé des propos du Premier ministre britannique, qui avait dit vouloir "dérouler le tapis rouge" pour accueillir les entreprises françaises désireuses de fuir les augmentations d'impôts en France.

"Quand la France instituera un taux de 75% pour la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu, nous déroulerons le tapis rouge et nous accueillerons plus d'entreprises françaises, qui paieront leurs impôts au Royaume-Uni", avait-il déclaré. "Cela paiera nos services publics et nos écoles et tout le reste."

Prié de dire mardi s'il pardonnait cette sortie de David Cameron, François Hollande a répondu par l'humour.

"Je ne m'étais pas du tout senti offensé par un trait d'humour", a-t-il dit. "Moi j'apprécie beaucoup l'humour, et surtout l'humour britannique."

"Donc j'étais très heureux qu'on puisse m'offrir un tapis pour les prochains mois et les prochaines années. Et je ne pense pas que ça aura de conséquences ni sur les mouvements de capitaux ni sur nos relations", a-t-il ajouté.

Avec Emmanuel Jarry à Paris, édité par Patrick Vignal

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  • NYORKER le mardi 10 juil 2012 à 20:21

    Sourire, Vaseline et Tapis Rouge ...

  • NYORKER le mardi 10 juil 2012 à 20:20

    Enfin une photo du premier millionnaire Français exilé fiscal qui passe en Angleterre !! reçu en grand pompe par le premier ministre anglais. Hollande avait bien reçu le message...

  • mlaure13 le mardi 10 juil 2012 à 16:58

    Nous y sommes !. une Europe à deux vitesses, permettant d'accélérer l'harmonisation budgétaire des pays majeurs, et c'est aussi une façon élégante de faire comprendre à ses partenaires que l'Allemagne ne rasera plus gratis. Le choix est clair : soit vous respectez les règles et lâchez du lest sur la souveraineté nationale, soit vous serez relégués en deuxième division. La zone euro à 27 est déjà un souvenir…DEVINETTE…quelle place la France va t-elle choisir ?