Hollande donne des gages avant le vote des militants socialistes

le , mis à jour à 16:00
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* Les militants socialistes aux urnes pour leur congrès * Les frondeurs veulent priver Cambadélis de majorité absolue * Hollande promet une phase de redistribution * Pour Cambadélis, le PS peut peser sur le gouvernement par Julien Ponthus PARIS, 21 mai (Reuters) - "La redistribution, c'est maintenant" : tel est en substance le message formulé ces derniers jours par François Hollande et la direction du Parti socialiste pour convaincre les militants de résister aux sirènes des "frondeurs" lors de leur vote ce jeudi. "J'ai considéré que le temps d'une forme de redistribution était venu", a déclaré mardi le président devant des centaines d'élus de l'Aude réunis à Carcassonne pour un discours qui a pris des allures de meeting de campagne. Il y a défendu son bilan et ce que ses proches appellent un "quinquennat inversé", c'est-à-dire un mandat qui, à l'inverse de celui François Mitterrand en 1981, commence par une phase d'efforts budgétaires avant une période de redistribution. Le président, qui a mis en avant les baisses d'impôts pour 9 millions de ménages cette année, en a profité pour critiquer les frondeurs, "ceux qui auraient voulu distribuer ce qu'on n'avait déjà pas" en début de mandat. "C'était un bon discours pour la motion A", défendue par le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis, sourit un député "loyaliste", selon qui François Hollande a prononcé à Carcassonne le discours qu'il aurait pu prononcer au congrès du PS qui aura lieu à Poitiers du 5 au 7 juin. Avant ce grand rassemblement, les militants socialistes sont appelés aux urnes ce jeudi pour définir la ligne du parti et trancher le débat entre "frondeurs" et "loyalistes" au gouvernement, dans un scrutin interne dont l'enjeu pour François Hollande est de conserver un parti en ordre de marche pour 2017. "UNE NOUVELLE PÉRIODE" "Nous sommes donc dans une nouvelle période", s'est félicité Jean-Christophe Cambadélis dans les colonnes du Parisien jeudi. Pour le premier secrétaire, François Hollande et Manuel Valls ont déjà infléchi leur politique et sont plus à l'écoute des idées du PS, comme le prouve selon lui la volonté d'avancer vers le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu, même si le ministre des Finances Michel Sapin s'est voulu prudent. Les réserves exprimées jusqu'alors par le gouvernement exaspéraient nombre de militants pour lesquels l'exécutif tenait un double langage en soutenant la motion de la direction où figure cette réforme, sans pour autant prévoir son introduction. "Les ministres signent les motions pour des propositions qu'ils ne mettront pas en oeuvre", expliquait lundi un proche du chef de l'Etat pour expliquer la lassitude de militants. Pour Jean-Christophe Cambadélis, seule une majorité franche pour sa motion permettra au PS d'influencer le gouvernement. "Plus il y aura au PS une majorité forte, plus le gouvernement prendra en compte ce que dit le PS", a-t-il dit dans Le Parisien. CAMBADÉLIS VEUT LA MAJORITÉ ABSOLUE Donnée archi-favorite après le ralliement de la maire de Lille Martine Aubry, la direction du PS a pourtant placé la barre d'un résultat satisfaisant à la seule majorité absolue, un objectif qui illustre l'incertitude qui pèse sur le scrutin. Les "frondeurs" rassemblés autour de la motion B de Christian Paul rêvent de faire passer la direction sous la barre symbolique des 50% et de la forcer à composer avec elle avant le 28 mai, quand les premiers signataires des motions arrivées en tête s'affronteront pour la direction du parti. "En dessous, c'est catastrophique", reconnaît un député "loyaliste". La participation et le score de la motion "D" de Karine Berger restent les grandes inconnues du scrutin. La volonté de la députée de renouveler le fonctionnement du PS parti et le caractère "non aligné" de sa motion pourraient séduire les militants qui, sans vouloir désavouer le gouvernement en votant pour les frondeurs, souhaitent faire entendre leur voix. Outre les risques d'un désaveu, la direction du PS joue aussi sa crédibilité en organisant un scrutin dont les préparatifs ont été pollués par des craintes de fraudes, récurrentes dans les consultations du parti. Une contestation des résultats pourrait déclencher une crise et aurait des effets dévastateurs pour François Hollande. Or, à moins de deux ans de l'élection présidentielle, le président socialiste a besoin d'un parti acquis à sa cause s'il veut espérer, dans un deuxième temps, rassembler le reste de la gauche autour de sa candidature. (Avec Elizabeth Pineau, édité par Yves Clarisse)

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