Hollande consulte avant une rencontre délicate avec Merkel

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Hollande consulte avant une rencontre délicate avec Merkel
Hollande consulte avant une rencontre délicate avec Merkel

PARIS (Reuters) - François Hollande a poursuivi jeudi ses consultations pour tenter de dégager un compromis sur l'adoption de mesures susceptibles de stimuler la croissance au niveau européen, quelques jours avant une rencontre délicate avec Angela Merkel.

Après avoir reçu mercredi le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, il a rencontré à son QG de transition le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker.

"On a eu des choses à se dire et vous êtes tous très gentils", a laconiquement déclaré ce dernier à la presse après la réunion, qui a duré un peu moins d'une heure.

Dans la foulée de la passation de pouvoirs avec Nicolas Sarkozy, François Hollande effectuera son premier déplacement de président à Berlin, où il rencontrera le 15 mai une chancelière allemande bien décidée à ne pas accepter une renégociation du traité européen de discipline budgétaire déjà ratifié par trois des 25 pays de l'UE qui l'ont signé début mars.

Angela Merkel a une fois de plus rejeté jeudi les appels à la rupture avec l'austérité lancés par la gauche européenne, même si elle s'est déclarée favorable à une initiative de croissance qui prolongerait le traité budgétaire.

"La croissance par le biais de réformes structurelles est quelque chose de raisonnable, d'important et de nécessaire. Mais fonder la croissance sur le crédit ne ferait que nous ramener au début de la crise. C'est pourquoi nous ne devons pas le faire et que nous ne le ferons pas", a-t-elle dit dans un discours devant le Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand.

Les deux dirigeants ne sont pas vraiment sur la même longueur d'ondes, puisque par réformes structurelles Angela Merkel évoque par exemple la libéralisation du marché du travail ou des allocations de chômage alors que le programme de François Hollande est peu disert sur ce point.

En revanche, certaines pistes évoquées par le président-élu sont déjà acceptées au plan européen.

NÉGOCIATIONS "DIFFICILES"

La mobilisation des fonds structurels européens, le renforcement des moyens de la Banque européenne d'investissement (BEI) et la possibilité d'emprunts obligataires à l'échelle européenne afin de faciliter le financement privé de grands projets, trois de ses revendications, sont déjà acceptées.

Seule la mise en place d'une taxe sur les transactions financières au niveau européen fait débat, Londres y étant opposé.

Mais au-delà du contenu, c'est la volonté affichée de François Hollande de renégocier le traité pour y ajouter des mesures de stimulation de la croissance qui suscite le plus de tiraillements entre le président-élu et son homologue allemande.

Angela Merkel exige que le traité budgétaire, qui prévoit des sanctions contre les pays qui laissent dériver leurs déficits et une "règle d'or" d'équilibre budgétaire, soit ratifié tel quel comme un préalable à toute autre mesure.

Après avoir insisté sur le terme "renégociation" pendant sa campagne électorale, François Hollande a semblé envisager un compromis entre les deux tours de la présidentielle en disant que cette renégociation faisait partie de la négociation.

En clair, un texte séparé sur la croissance pourrait convenir au nouvel exécutif français.

Mais des voix au Parti socialiste continuent de s'élever pour maintenir l'exigence d'une renégociation, évoquant même la nécessité de faire plier l'Allemagne.

"Il y a un rapport de force", a déclaré jeudi Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste. "Mais que Mme Merkel a voulu elle-même, elle qui a anticipé la date de ratification (du traité budgétaire par le) parlement allemand", a-t-il dit.

"(François Hollande) ne changera pas de position pour la simple et bonne raison qu'il a un mandat du peuple français", a ajouté sur BFM TV et RMC ce représentant de l'aile gauche du PS. "Ne doutez pas de la détermination de François Hollande."

Tant Herman Van Rompuy que Jean-Claude Juncker, comme la plupart des autres dirigeants européens, suivent toutefois Angela Merkel sur la nécessité de ratifier le traité budgétaire et d'adopter un texte séparé sur la croissance.

Michel Sapin, qui est pressenti pour être ministre de l'Economie de François Hollande, a été plus nuancé.

"La promesse de campagne, c'est renégocier pour compléter", a-t-il dit en donnant partiellement raison à Angela Merkel.

"Si on pense s'en sortir par plus de dette, on va dans un mur. Si on pense s'en sortir par plus d'austérité, on va dans un mur", a-t-il déclaré sur BFM TV.

Yves Clarisse, avec Sophie Louet, édité par Gilles Trequesser

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