Hollande avocat de l'Ukraine en un "D-Day" diplomatique

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HOLLANDE AVOCAT DE L'UKRAINE EN UN "D-DAY" DIPLOMATIQUE
HOLLANDE AVOCAT DE L'UKRAINE EN UN "D-DAY" DIPLOMATIQUE

par Elizabeth Pineau et John Irish

CAEN/COLLEVILLE/OUISTREHAM Calvados (Reuters) - François Hollande a favorisé vendredi l'amorce d'un dialogue entre la Russie et l'Ukraine à l'occasion des commémorations du Débarquement allié de 1944, qu'il a voulues comme un rendez-vous diplomatique "utile" pour la paix en Europe.

Petro Porochenko s'est brièvement entretenu avec Vladimir Poutine, une première entre des dirigeants ukrainien et russe depuis l'annexion de la Crimée par Moscou, en mars.

Parrainée par François Hollande et Angela Merkel, la rencontre d'un quart d'heure a permis d'engager un dialogue favorable à la "désescalade" souhaitée par les Occidentaux, ravivant l'espoir d'un cessez-le-feu.

Selon le récit de l'entourage du président français, les questions économiques ont aussi été abordées lors de cet échange "normal et grave" organisé en secret depuis plusieurs jours, la discrétion étant selon Paris "une condition du succès".

"Ça a duré peu de temps mais suffisamment pour que les messages soient passés, c'est-à-dire la reconnaissance par la Russie de ce que va être l'Ukraine avec ce nouveau président, et puis la désescalade", s'est félicité François Hollande sur TF1 et France 2, invitant les intéressés à "être à la hauteur".

"Si nous avons pu faire franchir cette étape-là, le 6 juin 2014 aura été une date importante", a-t-il ajouté, parlant d'une journée "utile".

Cette avancée couronne une semaine d'intenses manoeuvres diplomatiques orchestrées de Paris à Bruxelles, où s'est tenue une réunion du G7, en passant par les célébrations du 25e anniversaire de la Pologne démocratique à Varsovie.

"CE JOUR-LÀ NOUS ÉCLAIRE ENCORE"

Vladimir Poutine a mandaté un ambassadeur pour assister samedi à Kiev à l'investiture de Petro Porochenko, ce que les Occidentaux veulent considérer comme une marque de respect envers le vainqueur du scrutin présidentiel du 25 mai.

La réduction des tensions en Ukraine dépend de cette reconnaissance, a déclaré Barack Obama à son homologue russe, selon des propos rapportés par la Maison blanche après un entretien d'une quinzaine de minutes entre les deux dirigeants, jusqu'ici en complet désaccord sur la question ukrainienne.

Vladimir Poutine a quant à lui soufflé le chaud et le froid, saluant les propositions de Petro Porochenko pour mettre fin aux hostilités tout en menaçant l'Ukraine de mesures protectionnistes si elle tentait un rapprochement avec l'Union européenne.

Le dossier ukrainien a constitué la toile de fond de cette journée du souvenir du "D-Day" en Normandie, où 21 chefs d'Etat et de gouvernement, dont la reine d'Angleterre, ont rejoint quelque 3.000 anciens combattants dans ce haut-lieu d'où partit la vague qui allait libérer l'Europe du nazisme.

"Il y a 70 ans, le 6 juin, le jour se levait sur la Normandie. Et ce jour-là nous éclaire encore", a déclaré François Hollande devant le Mémorial de Caen.

Chaque cérémonie a été l'occasion de rappeler le courage des 150.000 hommes débarqués sur les plages normandes le 6 juin 1944, engageant une bataille qui allait faire quelque 110.000 morts, dont plus de 20.000 civils.

Une reconstitution symbolique mêlant danse, vidéo et pyrotechnie sur la plage de Ouistreham s'est conclue sur une accolade émue entre un membre du commando Kieffer, fusiliers marins de la France libre, et un ancien parachutiste allemand, tandis que les avions de la Patrouille de France peignaient le ciel en bleu, blanc et rouge.

"LE SOUVENIR DES MORTS OBLIGE LES VIVANTS"

François Hollande a demandé le classement des plages au Patrimoine mondial de l'Unesco et rendu un vibrant hommage aux "vétérans", parfois centenaires, assis au premier rang.

"Vous serez toujours là, ici présents, par votre esprit, sur les plages du Débarquement", a dit le président. "Le souvenir des morts oblige à chaque instant les vivants".

L'émotion était aussi au rendez-vous en fin de matinée au cimetière militaire américain de Colleville-sur-Mer, qui surplombe la plage d'Omaha Beach.

"A chaque fois que le monde vous rend cynique, arrêtez-vous et pensez à ces hommes", a dit Barack Obama devant un alignement de tombes blanches.

Après un hommage aux vétérans assis autour de lui, il a salué la "génération 9-11", en référence aux soldats partis faire la guerre en Afghanistan après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.

François Hollande a insisté pour sa part sur l'amitié entre la France et les Etats-Unis, "deux pays qui affirment la force des droits de l'Homme face à la haine et à la tyrannie".

"Encore aujourd'hui nous sommes unis face à d'autres périls que l'on croyait à jamais disparus : le fondamentalisme, l'extrémisme, le racisme, le terrorisme", a-t-il dit, achevant son discours par ces mots : "Vive l'Amérique, vive la France et vive la mémoire de ceux qui sont tombés ici pour notre liberté".

(Avec Service France, Jeff Mason et Alexeï Anishchuk, édité par Sophie Louet)

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