Hollande adapte sa stratégie aux coups de Sarkozy

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FRANÇOIS HOLLANDE ADAPTE SA STRATÉGIE AUX COUPS DE NICOLAS SARKOZY
FRANÇOIS HOLLANDE ADAPTE SA STRATÉGIE AUX COUPS DE NICOLAS SARKOZY

par Elizabeth Pineau

PARIS (Reuters) - En proposant sans crier gare de surtaxer les plus riches, François Hollande a instillé une dose de surprise dans une campagne jusqu'ici plutôt lisse, rejoignant sur le terrain de l'attaque un Nicolas Sarkozy qui lâche ses coups.

En meeting à Lyon ce jeudi soir, le candidat socialiste devrait parler économie, pouvoir d'achat, et répondre aux flèches décochées dans la matinée sur France Inter par un chef de l'Etat candidat depuis une dizaine de jours, qui devrait présenter son programme le 11 mars à Villepinte.

"Il faut essayer de ne pas lasser", déclarait François Hollande mercredi en marge d'une visite à Londres où il est largement revenu sur sa décision de créer une tranche d'impôt à 75% pour les quelque 3.000 foyers qui gagnent plus d'un million d'euros par an.

"Ce n'est pas fait pour rapporter, c'est pour marquer les esprits", confiait-il à quelques journalistes en gare de Saint-Pancras avant de reprendre l'Eurostar pour Paris.

Un ancien conseiller gouvernemental proche du PS confirme l'importance de reprendre ainsi l'initiative.

"Il fallait qu'il retrouve de l'impact, a-t-il dit à Reuters. On ne l'entendait plus et Sarkozy faisait beaucoup plus d'impact avec sa stratégie d'arriver tard en campagne et de lancer ses idées une par une."

Sans parler de "gauchisation", la proposition de François Hollande est considérée par Erwan Lestrohan, de l'institut LH2, comme "une piqûre de rappel pas si éloignée du meeting du Bourget", où il s'était dit l'adversaire de la finance.

"Il doit répondre à une séquence médiatique plutôt favorable au président, qui progresse un peu dans les sondages", dit-il.

Désigné candidat par son camp en octobre, auteur de 60 engagements mis sur la table fin janvier, François Hollande distille depuis lors un programme concocté autour d'idées-forces comme la jeunesse, la justice et la lutte contre l'argent-roi.

"INITIATIVES"

Alors que la droite accuse sa campagne de "tourner en rond" même s'il reste en tête des sondages d'opinion, lui veut faire de la pédagogie.

"Vous les journalistes êtes habitués à mes discours mais les gens ont besoin d'être informés", justifie-t-il, considérant son idée de créer 60.000 postes dans l'Education nationale comme celle ayant, pour l'heure, le plus marqué les esprits.

Son objectif : conserver, pour la cinquantaine de jours qui le séparent du premier tour, la tête des intentions de vote qu'il occupe depuis mai dernier dans les sondages.

Les amis de Nicolas Sarkozy affichent, eux, leur confiance.

"Personne ne doutait qu'il serait candidat mais l'atmosphère a tout de suite changé après sa déclaration de candidature. La bipolarisation s'est opérée de suite et il occupe bien le terrain", confiait mercredi un ministre à des journalistes.

"Et la question se répand de plus en plus de savoir si François Hollande est capable", croyait-il savoir.

Quand on l'interroge sur sa tactique, François Hollande répète qu'il ne veut pas être obsédé par son adversaire, comme l'était en 2002 par Jacques Chirac un Lionel Jospin finalement éliminé au premier tour par le candidat d'extrême droite, Jean-Marie Le Pen.

Outre la taxation des plus riches, qui occupe le terrain médiatique depuis trois jours, son positionnement sur la délicate question de la recherche sur les cellules souches de l'embryon humain, annoncé le 22 février à Evry, a surpris.

D'autres "compléments programmatiques" sont possibles d'ici le 22 avril, sourit son entourage.

Réputé indécis, François Hollande cherche aussi à asseoir son statut de chef. Il l'a montré mardi au Salon de l'agriculture à propos de la surprise exprimée par Jérôme Cahuzac, responsable du Budget dans son équipe de campagne, concernant la taxe sur les très riches.

"Maintenant, il est courant", a dit fermement le député de Corrèze. "Il est normal que je prenne un certain nombre d'initiatives. Je suis le candidat."

Pour Erwan Lestrohan, les choses se corseront après l'annonce du programme du président-candidat, "encore trop tributaire de son bilan et de l'impopularité dont il pâtit".

"Une bonne partie de l'électorat prend sa décision dans les dernières semaines", ajoute le politologue, selon qui une personne sur cinq sûre d'aller voter déclare ne pas encore avoir arrêté son choix.

Avec Catherine Bremer et Yann Leguernigou, édité par Yves Clarisse

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  • gde-lamb le jeudi 1 mar 2012 à 18:10

    Le bon flanby pour faire croire qu'il est 1 grand prend des initiatives malheureuses en les sortant de son chapeau sans prévenir. Cela fait sérieux, pense-t-il, mais en fait ça fait désordre et surtout il montre que sa réflexion est un peu courte.Il essaie surtout de rameuter l'extrême gauche dont il aimerait voir se mélanchonner les voies avec celles de la gauche classique. C'est du petit boulot qui ne risque pas de le hisser à un très haut niveau.