Hissène Habré conduit de force à son procès à Dakar

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DAKAR, 7 septembre (Reuters) - L'ex-président tchadien Hissène Habré a été conduit de force au tribunal spécial de Dakar, la capitale sénégalaise, où son procès pour crimes contre l'humanité a repris lundi. Le procès avait été suspendu le 21 juillet, au deuxième jour des débats, les trois avocats commis d'office de l'ancien président ayant demandé du temps pour préparer sa défense. L'ancien homme fort du Tchad, au pouvoir entre 1982 et 1990 à N'Djaména, refuse de reconnaître les Chambres africaines extraordinaires (CAE), une juridiction créée en 2013 par le Sénégal et l'Union africaine pour le juger. "Taisez-vous, taisez-vous !", a-t-il lancé lundi alors qu'on lisait l'acte d'accusation. Trois policiers portant des cagoules l'ont forcé à se tenir tranquille sur son siège, ont montré les images de la chaîne de télévision publique RTS. "Hissène Habré peut faire tout le bruit qu'il veut mais ce n'est pas lui qui décide s'il doit être jugé", a déclaré Reed Broody, conseiller de l'ONG Human Rights Watch (HRW) qui assiste les parties civiles depuis 1999. "Hissène Habré était le roi absolu du Tchad. Il jetait les gens en prison, il les faisait torturer quand cela lui chantait, et aujourd'hui il se conduit comme un enfant gâté", a déclaré Fatimé Sakine, 53 ans, une secrétaire emprisonnée et torturée pendant quinze mois entre 1984 et 1986. "Il a peur de nous et peur de la vérité". Hissène Habré, qui aura 73 ans dans six jours, a été arrêté en 2013 à Dakar, où il s'est exilé en 1990 après avoir été renversé par Idriss Déby, l'actuel président. Il est accusé de crimes de guerre, crimes de torture et crimes contre l'humanité et risque une peine de réclusion à perpétuité. Le procès devra déterminer s'il a ou non personnellement ordonné la mort et la torture de milliers d'opposants politiques ou de membres d'ethnies rivales. Une commission de la vérité au Tchad a rassemblé les preuves de près de 4.000 meurtres et évalué le total des morts à 40.000. Une enquête de HRW en 2001 a permis la découverte de milliers de documents au siège abandonné de la DDS (Direction de la documentation et de la sécurité), la police politique tchadienne, rendant compte à Hissène Habré de l'état des détenus. (Daniel Flynn; Guy Kerivel pour le service français)

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