Heurts sanglants à Bangkok, la chef du gouvernement inculpée

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HEURTS ENTRE POLICE ET MANIFESTANTS ANTIGOUVERNEMENTAUX À BANGKOK
HEURTS ENTRE POLICE ET MANIFESTANTS ANTIGOUVERNEMENTAUX À BANGKOK

par Athit Perawongmetha et Damir Sagolj

BANGKOK (Reuters) - Des fusillades ont éclaté mardi à Bangkok entre police et manifestants, causant la mort de trois personnes et faisant des dizaines de blessés en marge d'une vaste opération des forces de l'ordre pour reprendre le contrôle de plusieurs sites de la capitale thaïlandaise occupés depuis un mois par l'opposition.

Parallèlement, l'organe thaïlandais de lutte contre la corruption a annoncé l'inculpation de la chef du gouvernement, Yingluck Shinawatra, pour des irrégularités dans le programme gouvernemental d'aide à la riziculture.

Les affrontements sont les plus intenses qu'ait connus la capitale thaïlandaise depuis le début, en novembre, de ce nouveau bras de fer entre pro et anti-Shinawatra qui s'opposent depuis huit ans en Thaïlande.

Des journalistes de Reuters ont entendu des coups de feu et vu des policiers tirer à l'arme à feu dans le quartier de Phanfa Bridge, dans la vieille ville. La police dit avoir riposté à un tireur juché sur un toit, ajoutant que des grenades avaient également été jetées.

"Un policier a été tué et 14 autres ont été blessés", a déclaré le chef de la police nationale, Adul Saengsingkaew. "Le policier a été touché d'une balle dans la tête. Il est mort sur le chemin de l'hôpital", a-t-il précisé.

Selon le centre médical Erawan, qui coordonne les informations en provenance des hôpitaux, deux manifestants âgés de 52 et 29 ans ont également trouvé la mort. Le centre fait aussi état de 59 blessés, sans faire de distinction entre civils et policiers.

15.000 POLICIERS MOBILISÉS

Selon des sources sécuritaires, quelque 15.000 policiers anti-émeute ont été mobilisés pour mener à bien cette opération appelée "Mission Paix pour Bangkok".

L'objectif des autorités est de débloquer l'accès aux principaux bâtiments officiels situés dans le centre et le nord de la capitale thaïlandaise. Les autres points de rassemblement de la contestation, dans les quartiers d'affaires ou commerçants, n'ont pas été ciblés par la police.

Yingluck a été contrainte d'abandonner il y a plusieurs semaines ses bureaux dans la Maison du gouvernement sous la pression des manifestants, qui bloquent également les grands carrefours de la capitale depuis la mi-janvier.

Les autorités ont déclaré avoir repris un des cinq sites qu'elles visaient, près du ministère de l'Energie, où une centaine d'opposants ont été interpellés.

En milieu d'après-midi, la police s'était en grande partie retirée des sites et les rues avaient retrouvé leur calme.

Les opposants accusent l'ancien Premier ministre Thaksin Shinawatra, renversé par un coup d'Etat en 2006 et qui vit aujourd'hui en exil volontaire après une condamnation pour corruption, de manipuler sa soeur, Yingluck, pour continuer à tirer les ficelles du pouvoir.

Parmi leurs sujets de mécontentement figure le programme de subventions à la riziculture, instauré en 2011, qui permet aux cultivateurs de recevoir un prix bien supérieur à celui du marché mais coûte cher à l'Etat.

INCULPATION

La Commission anticorruption thaïlandaise (NACC), qui a ouvert le mois dernier une enquête sur le financement de ce programme, a annoncé qu'elle avait décidé d'inculper Yingluck et de la convoquer le 27 février pour lui signifier ses charges.

"Alors qu'elle avait été alertée par de nombreuses personnes sur la corruption de ce programme, elle l'a poursuivi. Cela montre son intention de faire subir des pertes au gouvernement. Nous avons donc convenu à l'unanimité de l'inculper", a déclaré Vicha Mahakhun, un membre de la NACC.

La crise politique a pesé sur l'économie comme le montrent les statistiques publiées lundi, montrant un fort ralentissement de la croissance au quatrième trimestre.

Yingluck a tenté de dénouer la crise en convoquant des élections anticipées mais le scrutin, qui a eu lieu le 2 février mais que l'opposition a boycotté, n'a rien résolu.

Le gouvernement, hanté par le souvenir de la répression sanglante des chemises rouges pro-Thaksin en 2010 à Bangkok, qui avait fait des dizaines de morts, a jusqu'à présent tenté d'éviter au mieux une confrontation généralisée.

Mais le bilan s'élève tout de même désormais à 14 morts et à des centaines de blessés depuis le début de la crise.

Panarat Thepgumpanat; Tangi Salaün et Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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