Heurts meurtriers à Bangui, l'Onu vote l'intervention française

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AFFRONTEMENTS MEURTRIERS À BANGUI AVANT LE FEU VERT DE L?ONU À UNE INTERVENTION FRANÇAISE
AFFRONTEMENTS MEURTRIERS À BANGUI AVANT LE FEU VERT DE L?ONU À UNE INTERVENTION FRANÇAISE

par Emmanuel Braun Paul-Marin Ngoupana

BANGUI/NATIONS UNIES (Reuters) - Le Conseil de sécurité de l'Onu a donné jeudi son feu vert à une intervention militaire de la France en Centrafrique alors que des affrontements faisaient rage à Bangui entre ex-rebelles de la Séléka, miliciens "anti-balaka" et fidèles du président déchu François Bozizé.

Selon un bilan établi par l'agence Reuters et l'ONG Médecins Sans Frontières, au moins 105 personnes ont été tuées dans la journée dans la capitale.

Un journaliste de Reuters a dénombré 53 corps dans une mosquée du faubourg du Point kilométrique 5 (PK5). La plupart des victimes semblaient avoir été tuées à l'arme blanche ou à la suite de coups de bâton. De son côté, Samuel Hanryon, qui travaille pour MSF à l'Hôpital communautaire de Bangui, a fait état de 52 autres corps.

Les anciens rebelles de la Séléka, qui contrôlent la capitale après le coup d'Etat du 24 mars, disent être tombés sous le feu de milices d'autodéfense "anti-balaka" et de combattants restés fidèles à François Bozizé.

"Nous avons reçu de nombreuses informations émanant de sources très crédibles sur des exécutions extrajudiciaires", a déclaré sur place Joanne Mariner, une spécialiste des situations de crise pour Amnesty International. "La situation part en vrille et risque d'échapper à tout contrôle."

SOUS CHAPITRE VII

A New York, les 15 membres du Conseil de sécurité ont été unanimes à accorder un mandat d'intervention d'un an aux troupes de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (Misca) et de six mois renouvelable aux forces françaises.

La résolution 2127, présentée par Paris et placée sous le chapitre VII de la Charte de l'Onu, autorise l'usage de la force pour protéger les civils. Le texte impose aussi un embargo sur les ventes d'armes à la RCA.

Au total, 1.200 soldats français vont se déployer en Centrafrique, a précisé le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius. "Dès que le président de la République aura donné le top, les choses vont aller très vite", a déclaré le chef de la diplomatie française sur BFMTV.

Un conseil restreint de défense se tenait en début de soirée à l'Elysée autour du chef de l'Etat en présence des ministres des Affaires étrangères, de la Défense, de l'Intérieur et du chef d'état-major des armées. François Hollande fera une déclaration à l'issue de cette réunion.

Le Premier ministre centrafricain, Nicolas Tiangaye, a appelé de son côté au déploiement immédiat des soldats français.

"Ce que je demande à la communauté internationale, c'est de passer immédiatement à l'acte, c'est-à-dire de mettre en acte le déploiement des forces de la Misca et des forces françaises pour stabiliser la situation", a-t-il dit à Reuters à Paris, qui organisera samedi un mini-sommet sur la Centrafrique à l'issue du sommet franco-africain qui s'ouvre vendredi.

"TRES PRÉOCCUPANT"

Environ 250 militaires français, sur les 650 déjà présents à Bangui dans le périmètre de l'aéroport, se sont déployés jeudi dans les rues de Bangui pour assurer la sécurité des Français et "des points sensibles". Un demi-millier de Français résident en RCA.

L'état-major français a précisé que 350 soldats étaient positionnés à Douala, au Cameroun voisin, dans l'attente d'un ordre d'intervention.

"Des groupes armés ont lancé une offensive sur la ville. Les forces de l'ex-Séléka ont répliqué. Il y a des cadavres dans les rues", a précisé de son côté Thomas Curbillon, chef de la mission de MSF à Bangui.

Un autre témoin a fait état de dizaines de corps à Ouango, un marché du sud-est de la capitale.

Des soldats de la force africaine chargés de protéger des centaines de civils réfugiés dans leur base de Bossangoa, à 220 km au nord-ouest de la capitale, ont essuyé jeudi des tirs nourris de la part de l'ancienne rébellion, rapporte un témoin présent sur place.

Interrogé par BFMTV, le président par intérim de la RCA et chef de la Séléka, Michel Djotodia, a nié qu'une tentative de renversement soit en cours. "Non, ce n'est pas un coup d'Etat, ce sont des éléments de Bozizé, les anti-balaka. (...) Ils espèrent nuire ainsi au bon déroulement du sommet qui doit se tenir demain à Paris", a-t-il dit.

Huit mois après avoir renversé François Bozizé, Michel Djotodia ne parvient pas à contrôler ses combattants de la Séléka, dont beaucoup sont originaires du Tchad et du Soudan voisins. Des milices chrétiennes appelées "anti-balaka" se sont constituées en réaction aux violences commises par les anciens rebelles désormais au pouvoir.

Selon le général Arda Hakouma, un ancien rebelle responsable de la sécurité personnelle du président Djotodia, les forces "anti-balaka" sont passées à l'attaque jeudi matin. "Ils sont nombreux. Certains sont bien armés avec des fusils et des lance-roquettes. D'autres, en civil, ont des machettes."

"La situation est très préoccupante", a déclaré le général camerounais Martin Tumenta Chomu, responsable de la Misca.

Avec Elizabeth Pineau, Marion Douet et Emmanuel Jarry à Paris, Michele Nichols et Louis Charbonneau à l'Onu; Danielle Rouquié, Henri-Pierre André, Tangi Salaün et Jean-Loup Fiévet pour le service français; édité par Gilles Trequesser

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