Heurts en Egypte pour le deuxième anniversaire de la révolution

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AFFRONTEMENTS EN ÉGYPTE POUR LE DEUXIÈME ANNIVERSAIRE DE LA RÉVOLUTION
AFFRONTEMENTS EN ÉGYPTE POUR LE DEUXIÈME ANNIVERSAIRE DE LA RÉVOLUTION

par Ahmed Elshemi et Tom Perry

LE CAIRE (Reuters) - Des violences entre manifestants et forces de l'ordre ont éclaté vendredi à travers l'Egypte à l'occasion du deuxième anniversaire du déclenchement de la révolution ayant provoqué la chute d'Hosni Moubarak.

Cinq personnes, dont un membre des forces de sécurité, sont mortes dans une fusillade à Suez, a-t-on appris de sources médicales. Les témoins avancent des versions contradictoires au sujet de cet incident. Certains affirment que les forces de l'ordre ont riposté à des tirs d'hommes masqués.

Le ministère de l'Intérieur annonce pour sa part un bilan de 280 civils et 55 membres des forces de sécurité blessés à travers le pays.

Des milliers de manifestants, jeunes pour la plupart, se sont rassemblés pendant la journée sur la place Tahrir, au Caire, ainsi que dans plusieurs grandes villes d'Egypte à l'appel de l'opposition laïque et libérale au président Mohamed Morsi et aux Frères musulmans dont il est issu.

Les affrontements entre policiers et manifestants, qui ont commencé dans la nuit de jeudi à vendredi, ont continué durant la journée dans les rues avoisinant la place Tahrir. Des heurts ont également éclaté à Alexandrie, à Suez et à Port-Saïd.

Au Caire, avant le lever du jour, des manifestants ont jeté des cocktails Molotov, des pierres et des pétards contre un barrage de police qui barrait l'accès à des bâtiments gouvernementaux situés près de la place. Dans l'après-midi, l'atmosphère était encore chargée des fumées des gaz lacrymogènes tirés par la police.

Des ambulances ont transporté à l'hôpital un flux constant de blessés.

En fin d'après-midi, la police a également fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser quelques dizaines de manifestants qui tentaient de franchir le cordon de sécurité autour du palais présidentiel et aux abords du siège de la télévision publique, ont rapporté des témoins.

Des scènes similaires se sont produites à Suez et Alexandrie, la deuxième ville du pays, où manifestants et policiers se sont affrontés près de bâtiments gouvernementaux.

Des manifestants sont parvenus à pénétrer de force dans les bureaux des gouverneurs de province à Ismaïlia et à Kafr el Cheikh, dans le delta du Nil.

Toujours à Ismaïlia, sur le canal de Suez, les locaux du Parti de la justice et la liberté, le parti politique des Frères musulmans, ont été mis à sac avant d'être incendiés, rapportent des témoins.

"NON À L'ÉTAT FRÈRES MUSULMANS"

Au Caire, Hamdine Sabahy, candidat de la gauche à l'élection présidentielle du printemps dernier, a prévenu: "Notre révolution se poursuit. Nous rejetons la domination de tout parti sur l'Etat. Nous disons non à l'Etat-Frères musulmans."

"Les gens veulent la fin du régime", lisait-on sur des pancartes place Tahrir, comme une réminiscence des slogans de la "révolution du Nil" de l'hiver 2011.

"Nous ne sommes pas là pour faire la fête mais pour forcer ceux qui sont au pouvoir à se soumettre à la volonté du peuple", a déclaré le militant Mohamed Fahmy. "L'Egypte d'aujourd'hui ne doit plus jamais être comme l'Egypte de l'époque de Moubarak."

"Sauver l'Egypte de la loi du Guide suprême", disait une autre banderole, en référence à Mohamed Badie, guide suprême des Frères musulmans.

Des milliers d'opposants à Mohamed Morsi sont également descendus dans les rues de Port-Saïd, ville portuaire du canal de Suez, et à Al Mahalla al Koubra, dans le centre du delta du Nil, où un bâtiment public a été incendié.

Dans un discours prononcé jeudi à l'occasion de l'anniversaire de la naissance du prophète Mahomet, le président a appelé la population à célébrer la révolution "d'une manière civilisée, pacifique, qui préserve notre nation, nos institutions, nos vies".

"CONCURRENCE UTILE, SÉRIEUSE"

Les laïques et les libéraux rassemblés au sein du Front du salut national (FSN) accusent les Frères musulmans, vainqueurs de toutes les élections organisées depuis la chute d'Hosni Moubarak, de vouloir dominer le pays et de restreindre les libertés civiques, notamment depuis l'adoption en décembre par référendum d'une Constitution controversée.

"Je participe aux manifestations d'aujourd'hui pour rejeter la Constitution déformée, la 'frérisation' de l'Etat, les attaques contre l'Etat de droit, et le mépris du président et de son gouvernement pour les demandes de justice sociale", a déclaré sur son compte Twitter Amr Hamzawy, un dirigeant de l'opposition laïque.

Les yeux rivés sur les prochaines élections législatives, qui pourraient débuter en avril, les Frères musulmans n'ont pas appelé leurs partisans à descendre place Tahrir mais ont fêté le deuxième anniversaire de la révolution en lançant une campagne caritative en faveur des plus démunis. Ils envisagent de fournir une aide médicale à un million de personnes et de distribuer des denrées basiques à des prix accessibles.

Dans les colonnes du quotidien gouvernemental Al Ahram, le Guide suprême Mohamed Badie déclare que le pays a besoin d'une "concurrence utile, sérieuse" pour réformer un Etat corrompu laissé par l'ère Moubarak.

"Les différences d'opinion et de vision que l'Egypte traverse est une caractéristique au coeur de la transition pour passer de la dictature à la démocratie, et traduit clairement la diversité de la culture égyptienne", souligne-t-il.

L'Egypte traverse depuis deux ans une crise économique dont elle a du mal à se remettre, malgré l'aide financière apportée par le Qatar.

Pouvoir et opposition se rejettent la responsabilité de la crise, alors que la chute de la livre égyptienne a renchéri le coût des denrées à l'importation dont le pays dépend cruellement.

Avec Ashraf Fahim et Marwa Awad au Caire, Abdel Rahman Youssef à Alexandrie et Yousri Mohamed à Ismaïlia,; Julien Dury, Hélène Duvigneau et Bertrand Boucey pour le service français

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