Heurts en Egypte pour le 2e anniversaire de la révolution

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HEURTS EN ÉGYPTE À L'OCCASION DU DEUXIÈME ANNIVERSAIRE DU DÉCLENCHEMENT DE LA RÉVOLUTION
HEURTS EN ÉGYPTE À L'OCCASION DU DEUXIÈME ANNIVERSAIRE DU DÉCLENCHEMENT DE LA RÉVOLUTION

par Ahmed Elshemi et Tom Perry

LE CAIRE (Reuters) - Des milliers de manifestants, jeunes pour la plupart, ont affronté la police vendredi place Tahrir, au Caire, ainsi que dans plusieurs grandes villes d'Egypte qui célébrait le deuxième anniversaire du déclenchement de la révolution contre Hosni Moubarak.

L'opposition laïque et libérale avait appelé à manifester place Tahrir ce vendredi contre le président Mohamed Morsi et les Frères musulmans dont il est issu.

Les affrontements entre policiers et manifestants, qui ont commencé dans la nuit de jeudi à vendredi, ont continué durant la journée dans les rues avoisinant la place Tahrir. Des heurts ont également éclaté à Alexandrie et à Suez.

Au moins 61 civils et 32 membres des forces de sécurité ont été blessés dans les affrontements qui se sont produits dans ces trois villes, a annoncé le ministère de l'Intérieur.

Au Caire, des manifestants ont jeté des cocktails Molotov, des pierres et des pétards contre un barrage de police qui barrait l'accès à des bâtiments gouvernementaux situés près de la place. Dans l'après-midi, l'atmosphère était encore chargée des fumées des gaz lacrymogènes tirés par la police.

La police anti-émeutes s'est emparée de l'un des cocktails Molotov pour incendier au moins deux tentes érigées par les manifestants, a constaté un journaliste de Reuters.

Des ambulances ont transporté à l'hôpital un flux constant de blessés.

En fin d'après-midi, la police a également fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui tentaient de franchir le cordon de sécurité autour du palais présidentiel, rapporte la télévision publique égyptienne.

Des scènes similaires se sont produites à Suez et Alexandrie, la deuxième ville du pays, où manifestants et policiers se sont affrontés près de bâtiments gouvernementaux. Neuf personnes au moins ont été touchées par des tirs de fusils à plomb, a-t-on appris de source médicale et auprès de la sécurité.

A Ismaïlia, sur le canal de Suez, les locaux du Parti de la justice et la liberté, le parti politique des Frères musulmans, ont été mis à sac avant d'être incendiés, rapportent des témoins.

"NON À L'ÉTAT FRÈRES MUSULMANS"

Au Caire, Hamdine Sabahy, candidat de la gauche à l'élection présidentielle du printemps dernier, a prévenu: "Notre révolution se poursuit. Nous rejetons la domination de tout parti sur l'Etat. Nous disons non à l'Etat-Frères musulmans", a-t-il dit.

"Les gens veulent la fin du régime", lisait-on sur des pancartes place Tahrir, comme une réminiscence des slogans de la "révolution du Nil" de l'hiver 2011.

"Nous ne sommes pas là pour faire la fête mais pour forcer ceux qui sont au pouvoir à se soumettre à la volonté du peuple", a déclaré le militant Mohamed Fahmy. "L'Egypte d'aujourd'hui ne doit plus jamais être comme l'Egypte de l'époque de Moubarak", a-t-il ajouté.

"Sauver l'Egypte de la loi du Guide suprême", disait une autre bannière, en référence à Mohamed Badie, Guide suprême des Frères musulmans.

Des milliers d'opposants à Mohamed Morsi sont également descendus dans les rues de Port-Saïd, ville portuaire du canal de Suez, et à Al Mahalla al Koubra, dans le centre du delta du Nil.

Dans un discours prononcé jeudi à l'occasion de l'anniversaire de la naissance du prophète Mahomet, le président Mohamed Morsi a appelé la population à célébrer la révolution "d'une manière civilisée, pacifique, qui préserve notre nation, nos institutions, nos vies".

"Les Frères sont très préoccupés par l'escalade, c'est pourquoi ils ont tenté de ne pas apparaître au premier plan le 25 janvier", analyse Shadi Hamid, directeur de recherches du Brookings Doha Center.

"Il pourrait très bien y avoir le même type d'échauffourées que nous avons vues auparavant, mais je ne vois rien d'important se passer qui soit susceptible de modifier fondamentalement la situation politique", a-t-il ajouté.

"CONCURRENCE UTILE, SÉRIEUSE"

Les laïques et les libéraux rassemblés au sein du Front du salut national (FSN) accusent les Frères musulmans de vouloir dominer le pays et de restreindre les libertés civiques, notamment depuis l'adoption en décembre par référendum d'une Constitution controversée.

"Je participe aux manifestations d'aujourd'hui pour rejeter la constitution déformée, la 'Frérisation' de l'Etat, les attaques contre l'Etat de droit, et le mépris du président et de son gouvernement pour les demandes de justice sociale", a déclaré sur son compte Twitter Amr Hamzawy, un dirigeant de l'opposition laïque.

Les yeux rivés sur les prochaines élections législatives, les Frères musulmans n'ont pas appelé leurs partisans à descendre place Tahrir mais ont fêté le deuxième anniversaire de la révolution en lançant une campagne caritative en faveur des plus démunis.

Ils envisagent de fournir une aide médicale à un million de personnes et de distribuer des denrées basiques à prix accessible.

Dans les colonnes du quotidien gouvernemental Al Ahram, le Guide suprême Mohamed Badie déclare que le pays a besoin d'une "concurrence utile, sérieuse", pour réformer un Etat corrompu laissé par l'ère Moubarak.

"Les différences d'opinion et de vision que l'Egypte traverse est une caractéristique au coeur de la transition pour passer de la dictature vers la démocratie et traduit clairement la diversité de la culture égyptienne", a-t-il déclaré à Al Ahram.

"L'importance de l'anniversaire est de remonter le moral des Egyptiens: plus d'espoir et plus d'emplois", a déclaré quant à lui Ahmed Aref, porte-parole de la confrérie islamiste qui se trouvait place Tahrir pendant les 18 jours qu'a duré le soulèvement contre Moubarak.

L'Egypte traverse depuis deux ans une crise économique dont elle a du mal à se remettre, malgré l'aide financière apportée par le Qatar.

Pouvoir et opposition se rejettent la responsabilité de la crise, alors que la chute de la livre égyptienne a renchéri le coût des denrées à l'importation dont le pays dépend cruellement.

Avec Ashraf Fahim et Marwa Awad au Caire, Abdel Rahman Youssef à Alexandrie et Yousri Mohamed à Ismaïlia,; Julien Dury et Hélène Duvigneau pour le service français, édité par Henri-Pierre André

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