Hermès relance les hostilités face à LVMH

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PLAINTE D'HERMÈS CONTRE LVMH SUR SON ENTRÉE AU CAPITAL
PLAINTE D'HERMÈS CONTRE LVMH SUR SON ENTRÉE AU CAPITAL

par Pascale Denis et Thierry Lévêque

PARIS (Reuters) - Hermès a déterré la hache de guerre contre LVMH en déposant une plainte visant les conditions d'entrée du géant mondial du luxe dans son capital et réveillant le contentieux avec un actionnaire toujours jugé indésirable.

Hermès a tiré la première salve en déposant le 10 juillet dernier une plainte contre LVMH où elle accuse le groupe dirigé par Bernard Arnault de manipulation de cours, délit d'initié, complicité de délit d'initié, a déclaré mardi le parquet de Paris.

Dans le cadre de cette plainte qui, selon Hermès constitue "la suite logique des interrogations du groupe sur les conditions d'entrée de LVMH à son capital", le procureur a saisi pour avis l'Autorité des marchés financiers (AMF) avant de statuer sur l'éventuelle ouverture d'une enquête pénale.

Le numéro un mondial du luxe a immédiatement riposté en annonçant à son tour le dépôt d'une plainte contre Hermès pour chantage, dénonciation calomnieuse et concurrence illicite.

LVMH "réaffirme avec force que les conditions de son entrée au capital d'Hermès ont été parfaitement régulières", a souligné le groupe dans un communiqué.

Le numéro un mondial du luxe, qui détient à ce jour 22,6% du capital du sellier, avait fait irruption chez son concurrent en octobre 2010, à la surprise générale, en y prenant d'abord une participation de 17%.

Cette opération s'était faite sans déclaration de franchissement de seuil auprès d'Hermès comme de l'Autorité des marchés financiers (AMF), LVMH ayant eu recours à des achats d'instruments financiers avec un dénouement en numéraire qui n'étaient, alors, pas rendus obligatoires par la législation boursière .

Seuls les instruments financiers dont le règlement était effectué en actions étaient pris en compte par les règles sur les franchissements de seuils.

L'AMF avait cependant, dans la foulée, ouvert une enquête sur les modalités de cette prise de participation.

Interrogée par Reuters, une porte-parole de l'AMF n'a pas voulu dire si cette enquête était bouclée, ni s'exprimer sur une éventuelle transmission d'éléments de l'enquête au parquet.

LES ANALYSTES SURPRIS

LVMH estime qu'avec cette plainte, "Hermès cherche à se substituer au Gendarme de la Bourse pour, sans attendre le résultat de l'enquête et dans la plus complète ignorance du résultat du travail de l'AMF, porter des accusations graves et dénuées de tout fondement sur de prétendus dysfonctionnements de marché".

Il ajoute qu'il ne fait selon lui "pas de doute qu'au terme de cette procédure, il sera fait justice de propos calomnieux qui ne peuvent avoir d'autre objet que de porter une atteinte illicite à un concurrent".

Ulcérés par l'intrusion jugée hostile de LVMH, les actionnaires familiaux d'Hermès avaient riposté en sanctuarisant une majorité du capital du groupe dans une holding non cotée, dénommée H51, après y avoir été autorisés par la cour d'appel de Paris en septembre 2011.

Depuis lors, la tension semblait être retombée, LVMH se faisant discret et les dirigeants d'Hermès assurant que la guerre était finie.

Aussi l'offensive d'Hermès a-t-elle surpris le marché, les analystes financiers s'interrogeant sur les raisons de cette plainte comme sur le calendrier choisi.

"Les choses semblaient revenues au calme entre les deux groupes", commente l'un d'eux, tandis qu'un autre se dit "vraiment très surpris par le timing (...), comme s'ils avaient un élément nouveau qui leur permette d'attaquer sous un autre angle", tout en jugeant "extrêmement difficile de tirer quelque conclusion que ce soit à ce stade".

Un troisième analyste, qui rappelle que ce genre de bataille juridique peut durer des années, estime que cela va dans l'immédiat "à nouveau envenimer les rapports entre les deux groupes".

Le titre LVMH a clôturé en baisse de 1,69% à 127,80 euros à la Bourse de Paris et celui d'Hermès de 1,0% à 227,90 euros, dans un marché en repli où l'indice SBF 120 cédait 1,46%.

Avec la contribution de Blandine Hénault, édité par Marc Angrand

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  • apellet le mardi 4 sept 2012 à 15:48

    Cela voudrait-il dire qu'Hermes pense que LVMH continue de faire ses achats de titres ?

  • M8869453 le mardi 4 sept 2012 à 15:02

    Tout prédisait que cette histoire reviendrait... Il y avait eu à l'époque un parallèle avec l'affaire Wendel / Saint-Gobain. Le rapporteur de la commission des sanctions de l'AMF (Jalenques de Labeau) prétendait blanchir Wendel, mais il avait ensuite été contredit par la commission des sanctions elle-même : http://www.francesoir.fr/il-faut-sauver-baron-ernest-antoine-seilliere-62253.html